Ce film est une sorte de synthèse de tous les films de Sciamma. Plus épuré, plus tenu, donc mains scolaire que les dissertations polies de Sciamma. Mais c'est encore du cinéma lisse, sans sueur, sans âpreté, du cinéma qui ne dérange personne, ni vraiment divertissant, ni politique, ni fantastique... La ligne fantastique, intéressante lorsqu'elle se glisse dans le récit, se dégonfle en métaphore gentillette du passage à l'âge adulte.
Mais le plus grave, c'est que le film en reste aux clichés : les personnages, filles et garçons noir-e-s, ne restent que ce que l'on voit d'eux quand on les regarde de l'extérieur. Ils n'ont pas d'intériorité, pas d'âme. Ils ne sont que genre, classe et couleur de peau. C'est ce qui fait terriblement penser à Sciamma, qui voulait, pour "bandes de filles", faire un film sur "les filles que je vois chez H&M", avait-elle dit. Ici, pareil, on sent que c'est filmé de l'extérieur, par une blanche, gentille, polie, bourgeoise, hipster qui transforme tout un passé de luttes et de cinéma politique, en images inodores pour hipster de deauville...