Il s'agit probablement du blockbuster le plus attendu et le moins commercial de l'été, ce qui est déjà un testament à la liberté artistique acquise par Christopher Nolan au fil de ses succès commerciaux ( et critiques ). On est loin du lourd cahier des charges cinématographique que Marvel impose à ses tâcherons ( oui, le terme est dur ), ici on sent bien que Nolan est dans le contrôle absolu de son oeuvre.
Ainsi, aboutit-on à des partis-pris artistiques qui ne peuvent pas plaire à tous, et quelque part c'est tant mieux. Il est devenu tellement rare de voir de telles prises de risque dans le cinéma à ce niveau de budget. Il se murmure que Dunkerque aurait coûté près de 300 millions de dollars, marketing compris, ce qui ne le place pas très loin des habituels mastodontes de l'été comme le énième Transformers ou film de superhéros lambda.
Dunkerque, c'est avant tout une expérience sensorielle, même si je n'ai pas eu la chance de le voir en IMAX. Quand on lit les critiques qui ont été publiées, le mot "expérimental" revient souvent. L'aspect narratif, contrairement aux autres films de Nolan, est ici épuré à son minimum. Il y a peu de dialogues, il s'agit avant tout de nous immerger dans une atmosphère de désespoir. Et en cela, le film est une réussite totale. Il n'y a pas de flashbacks sur la vie passée des personnages, de réunions de généraux dans des salles obscures, rien qui ne puisse nous détourner du sentiment d'immédiateté dans lequel nous sommes plongés.
Autre point clé, l'émotion. Les films de Nolan ont toujours été dotés d'une froideur clinique même si celle-ci est très esthétique ( merci aux directeurs photo Wally Pfister et Hoyte Van Hoytema ). Interstellar, à sa sortie, nous a été présenté comme axé sur l'amour entre un père et sa fille. Mais je n'avais pas été convaincu par cet aspect-là du film, que j'ai trouvé trop artificielle. Ici, on a affaire à un héroïsme plus anonyme, qui ne passe parfois même pas au travers d'une parole. On pense notamment au pilote joué par Tom Hardy et au marin joué par Mark Rylance. Et c'est à travers cette sobriété que le film de Christopher Nolan nous connecte le mieux à ses personnages, dont on conçoit toute la bravoure.
Dans la filmographie de Nolan, je trouve Dunkerque plus réussi que ses deux films précédents ( Interstellar et The dark knight rises ), mais sans égaler le magistral et frénétique Dark Knight de 2008.