Sofiane, c'est un peu l'enfant prodige qui revient au pays, sauf que ce pays, ce sont les grandes tours blafardes des quartiers Nord de Marseille, où sont perchés, comme sur des miradors, les guetteurs qui surveillent les trafics de drogue. "Chouf" est un film de pleine actualité. Il nous emporte dans les cités tragiques du sud de la France où les règlements de compte entre jeunes hommes criminels se multiplient. Ce n'est plus vraiment "La Haine" de Kassovitz, c'est au-delà, même si la domination sociale continue de mettre au ban du monde, ces familles d'origine immigrée, qui tentent de survivre au milieu de la pauvreté, de la violence, et des cages d'escaliers abîmées. Le droit chemin, comme dit le père, est difficile à trouver quand on peut être interrompu en plein repas de famille par un coup de feu meurtrier, d'autant plus quand il s'agit de son propre frère ou fils que l'on vient d'abattre. "Chouf" n'est pas qu'un film social. Il s'inscrit dans la pleine tradition des films policiers des années 70-80, à la manière d'un Jean-Pierre Melville. Le récit est noir, désespérant, avec en bande-son une trompette mélancolique qui appuie l'épouvante des lieux. Le spectateur est emporté dans ce thriller comme un souffle, jusqu'à la scène finale où le désespoir gagne. Le pire, sans doute dans ce film, c'est qu'il n'est pas qu'une histoire, et en cela, à l'heure où les médias nous abreuvent de radicalisme religieux, au risque de faire silence sur ces milliers de vie pauvres dans les cités de France, "Chouf" est un formidable essai politique.