''Moi, Daniel Blake'' réalisé par l'anglais Ken Loach, reçut la Palme d'or au Festival de Cannes 2016. Ken Loach rejoint donc le cercle étroit des réalisateurs ayant reçut deux palmes d'or (à savoir Francis Ford Coppola, Shohei Immamura, Bill August, Emir Kusturica, Michael Haneke et les frères Dardenne) : il avait obtenu sa première palme en 2006 pour ''Le vent se lève''. Le film narre la bataille que mène Daniel Blake pour avoir ses allocations chômage (ne pouvant plus travailler à cause de ses problèmes de cœur). Dans le même temps, Daniel se lie d'amitié avec Katie, une jeune femme en difficulté, mère de deux enfants.
Cinéaste très engagé, Ken Loach, fidèle à lui même, a réalisé un film qui l'est tout autant. Pourfendant les services sociaux, le film surprend énormément dans sa manière de dépeindre un monde complètement déshumanisé, où l'on vous juge uniquement sur des papiers. Le début du film annonce bien la couleur : Daniel Blake essaie d'expliquer à une employée qu'il ne peut travailler à cause de ses problèmes de cœur. Cette dernière, faisant la sourde oreille continue de poser ses absurdes questions. L'homme semble oublier au profit d'un monde ultra-administratif et bureaucratique. Sujet d'autant plus passionnant que Loach introduit de véritables scènes de comédie dans sa vision nihiliste et réaliste. C'est la force du film : Loach parvient à nous transmettre son message politique par le rire, de manière claire et simple :
on peut parler de nombreuses scènes comme celle où Daniel se démêne à faire marcher un ordinateur
. Précisons d'ailleurs que Dave Johns, l'acteur principal, vient du comique, et cela se sent. Par ailleurs, le film est habile dans sa manière de n'incriminer aucune personne (individu j'entends). Le problème vient d'ailleurs. Cette idée est incarnée par le personnage de l'employée du Jobcentre. Se confortant aux règles de l'administration, elle tente avec la meilleure volonté du monde d'aider Daniel.
Hélas, le film souffre de deux gros défauts. D'abord, cette manie de tomber dans le mélo interminable. Un scène, une seule représente bien toute la longueur : quand Daniel évoque à Katie sa femme morte. En plus d'être beaucoup trop longue, elle se révèle en plus prévisible : on devine quand Daniel au début du film dit que sa femme est morte qu'on aura droit plus tard à une scène pour parler de la défunte. Ainsi, la comédie ou planait la gravité se délite et pire, devient mécanique.
De même, le plus beau personnage du film, le voisin, qui vend des chaussures importées de Chine, disparaît de ce mélo où tout semble donc attendu.
Ensuite, il est vrai que le film sur le fond ne peut qu'être salué, le problème c'est qu'il semble que le jury de Cannes en récompensant ce film (d'une Palme d'or quand même!) ait salué le message politique et non l'objet filmique. C'est connu : à Cannes, on récompense d'avantage le politique que le cinéma. Heureusement que ''Moi, Daniel Blake'' est pétri de bonnes intentions parce que si un jury avait eu l'idée apparemment folle de récompenser l'art du cinéma, ''Moi, Daniel Blake'' n'aurait rien reçu pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de cinéma dans ce film. A aucun moment, on est transporté par la mise-en-scène, la photo est neutre... On entend d'ici les fans du film dire que c'est un parti pris de filmer cela avec une grande économie de moyens, que l'émotion est plus importante... Non, contentons-nous du scénario, du dialogue et des acteurs car il n'y a aucune mise-en-scène. C'est bien dommage.
Une belle humanité se dégage de ce film militant, beaucoup plus réussi au début, quand l'oeuvre est plus légère que grave. On sent hélas que cela ne durera pas et que le tragique va pointer le bout de son nez tôt ou tard. On pourrait rapidement faire un constat : en 1963 Cannes récompensait ''Le Guépard'', en 1974 Cannes récompensait ''Conversation secrète'', deux oeuvres qui n'ont pas de rapport, si ce n'est qu'elles contiennent et un message fort, et une mise-en-scène sublime. En 2016, le jury récompense ''Moi, Daniel Blake'', film au message politique fort, mais sans mise-en-scène (on devrait s'attendre à en voir vu l'expérience de Ken Loach). Baisse de régime dans l'art du cinéma ? Pas vraiment, simplement mauvais choix de la part du jury, qui laissa passer de très bons films (''Elle'', ''Julieta'' et ''Mademoiselle'').