Bientôt 30 ans ! Bientôt 30 ans que Michael Haneke fait partie des plus grands réalisateurs de notre époque. 1989, c'était "Le septième continent", son premier long métrage de cinéma, déjà présent à Cannes dans la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs. L'histoire du suicide collectif d'une famille bourgeoise. Tiens, tiens ! Depuis, le couple Haneke / Cannes a connu beaucoup de très bons moments : 2 magnifiques Palmes d'or, beaucoup d'excellents films, un seul qu'on aura tendance à laisser de côté : "Le temps du loup" en 2003. Et puis, 2017, une nouvelle sélection en compétition officielle : "Happy end". Impatience.
Et là, soudainement, on se met à ressentir l'impression pathétique de voir un maître creuser tout ce qui le rend si particulier, mais de façon tellement excessive, tellement exagérée, disons même, de façon tellement démentielle, qu'à force ... il en arrive à toucher le fond ! Résultat : dans ce film de 1h 48, seule la dernière demi-heure arrive, non pas à sauver le film, mais à le rendre moins indigeste. Pourtant, cette histoire d'une famille de bourgeois ... de Calais (eh oui, c'est comme cela !) avait tout pour permettre à Haneke de faire un grand film en traitant, à sa façon, les sujets qui lui tiennent à cœur : la déliquescence d'une famille bourgeoise, la vieillesse et la mort qui se rapproche (à affronter, si possible, dans la dignité), les migrants, la responsabilité et l'irresponsabilité, etc..
Seulement voilà, Haneke a pris la décision de saboter son film. Une preuve ? De très nombreuses minutes du film sont consacrées à suivre des dialogues en ligne sur Internet avec le gros problème suivant : si on n'est pas dans les deux premiers rangs de la salle et qu'on n'a pas jugé utile de se munir de jumelles, on n'arrive pas à lire ces fameux dialogues. Cannes 2017 nous avait déjà offert "Rodin", film dans lequel on n'arrivait pas à comprendre le quart de la moitié des dialogues (au point que le distributeur a très vite sorti une version avec des sous-titrages en français de ... ces dialogues en français), Cannes 2017 nous offre maintenant un film dans lequel beaucoup de dialogues se font par écrit, mais on n'arrive pas à les lire !