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Jmartine
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4,0
Publiée le 14 janvier 2017
Le film de Fanny Ardant est inspiré du roman éponyme de Jean-Daniel Baltassat, sorti à l’été 2013. Nous sommes en 1950, Staline vieillissant (il mourra en 1953) , se repose à Borjomi, ville d’eau géorgienne, dans le palais décadent de feu le grand duc Mikhailovicht…Fanny Ardant, sans citer ce lieu , recrée cette atmosphère de mystère, ce château rococo à souhait, mais aux couloirs dignes d’une prison, ces forêts profondes, rousses de jour, fantomatiques la nuit, nimbées de brouillard, ponctuées de cris d’animaux à moins que cela ne soient des cris d’humains…un ballet de domestiques empesés suit Staline, attendant les désirs du chef, des soldats patrouillent avec des chiens agressifs. L’ambiance est pesante, l’angoisse sourd de cette atmosphère de conte noir, château, brume et ogre tout y est !!! Sa maitresse Lydia ( interprétée par Emmanuelle Seignier) a fait venir un jeune peintre prodige, Danilov, voué à la conception d’un monument d’éternité à la gloire du Petit Père des Peuples…trop jeune, trop beau, il symbolise le dilemme auquel tout artiste était confronté, se compromettre ou résister… Un rapport trouble, dangereux et pervers se lie entre les trois, entre vérité, vulnérabilité et pouvoir…Dans le bureau de Staline, trône un divan, en tout point identique à celui de Freud à Londres… Staline demande alors à sa maitresse de prendre la place du « charlatan de Freud » et d’interpréter ses rêves…Emmanuelle Seignier, superbe, comme elle l’était dans la Vénus à la fourrure, le visage résigné, déchiffre les cauchemars du Petit Père des Peuples et doit plus compter sur son intelligence que sur sa beauté pour échapper aux coups de griffes de l’ogre…. Quant à Gérard Depardieu qui a donné vie à de multiples personnages surhumains, pour se glisser dans la peau de Staline, il joue de son corps et de la terreur de ses ordres, mais est renvoyé à son effroyable solitude…Je sais que beaucoup de critiques sont réservés sur ce film, mais moi je l’ai trouvé prenant…
La grille perdue dans le brouillard s'ouvre et une voiture s'avance le long d'une colonne d'hommes armés. C'est Staline lui-même qui vient reprendre des forces dans cette demeure magnifique, perdue au milieu d'un bois épais, où les renards crient la nuit comme des femmes apeurées, et les arbres recèlent de terribles secrets. Cet homme terrifiant rejoint sa femme qui s'est entiché d'un jeune peintre, choisi par le Camarade lui-même pour le représenter en statue de bronze à Moscou. Si le propos est tout à fait intéressant, hélas, n'est pas cinéaste qui le veut. Fanny Ardant a conçu un film, dont on ne peut pas contester que le sujet est passionnant, mais qui se perd dans une somme de poncifs esthétiques et hors propos. Depardieu habite avec gravité ce Staline, et c'est l'une des indéniables réussites du film, la réalisatrice parvient en effet à mettre en scène l'austérité et l'épouvante glaciale qui se dégage du dictateur communiste. Il est presque indécent d'ailleurs pour Depardieu d'aller jouer le rôle d'un célèbre despote russe, quand on sait ses indécences fiscales dont il s'est protégé au sein de l'empire de Poutine. A cela s'ajoute l'étrange idée que ce film n'ait pas été tourné en langue russe. Le film perd de sa vraisemblance historique et s'égare dans une sorte de drame amoureux et poétique, que la réalisatrice elle-même commente parfois de sa voix belle et langoureuse. "Le divan de Staline" restera pour quelques années sur l'étagère des films oubliés.
Discrète, la carrière de réalisatrice de Fanny Ardant a néanmoins de l'allure, à l'image de l'actrice. Passionnée par tout ce qui touche à la Russie, Ardant adapte donc un roman de Jean-Daniel Baltassat pour donner vie à son troisième long-métrage : "Le Divan de Staline". Le film, enveloppé dans une atmosphère de conte avec son château, sa brume et son ogre, décide volontairement de ne pas s'ancrer dans un contexte précis. Difficile de toute façon d'être dans la réalité des faits quand on met en scène un film sur Staline qui parle français et qui est joué par Gérard Depardieu ! Mais Fanny Ardant se moque bien de la réalité, elle s'intéresse à la vérité.
Il faut savoir passer outre les bêtises que Depardieu a pu commettre. Ce film est excellent, une histoire prenante, une ambiance stressante et une multitude de détails très intéressant. Vu en avant première avec Fanny Ardant et très heureux qu'elle est pu nous éclairer sur son film après séance.