On peut dire qu'au moins, c'est moins pénible que "Bande de filles", mais on n'ira pas loin. Vu juste derrière le suprêmement subtil "Brooklyn Village", le contraste est violent : ici, on chausse les gros sabots. On n'en voudra pas trop à Houda Benyamina d'être aller chercher ses références chez Scorsese (ou chez Jean-François Richet) plutôt que chez Pialat, et d'avoir tenté un film d'action plutôt qu'une sempiternelle chronique sociale naturaliste. Techniquement, le film impressionne par sa maîtrise, au point de friser la bande démo pour faire de l'œil au cinéma commercial, sans éviter l'écueil de la facilité (l'utilisation du "Requiem" de Mozart, par exemple, pour fabriquer de l'émotion à bon compte quand une séquence ne tient pas la route sur le fond). Car là où le bât blesse, c'est côté scénario, répétitif et truffé d'invraisemblances dont l'accumulation lasse et finit par ennuyer. Benyamina aime que ça cogne, que ça claque, que ça gicle, au point d'appuyer le trait sans aucun égard pour la subtilité des personnages qu'elle tente de dessiner : deux rebelles égarées dans un monde impitoyable, oscillant entre l'ange et la bête, que leur fascination pour l'argent facile et le consumérisme mène à la déréliction - on ne nous épargne pas une fin aux relents moralisateurs embarrassants. Autant "Brooklyn Village" se situe dans le camp de la vérité romanesque, autant "Divines" bascule dans le mensonge romantique, pour reprendre une dialectique chère à René Girard : tout parait vite faux, factice, fabriqué, exagéré de façon à créer artificiellement du mouvement, de l'image... Une image en toc, malgré l'engagement et l'abattage de deux comédiennes dont il faut se souvenir des noms, Oulaya Amamra et Deborah Lukumuena.