Créé en 1947, il a fallu attendre 1971 pour voir arriver Lucky Luke au cinéma, et c'est bien évidemment en animation qu'il débarque.
La bande dessinée créée par Morris se prête beaucoup mieux au cinéma animé plutôt qu'au live action.
Conçu à la fois comme un hommage au western tout en étant une parodie, Lucky Luke ne serait pas crédible en cinéma live. Terence Hill s'y est essayé en 1991 pour un résultat de triste mémoire.
Ce sont les studios Belvision qui sont chargés d'adapter un scénario original de Morris et Goscinny, dont ils s'occupent également de la réalisation.
Belvision avait déjà réalisé les deux premiers Astérix en dessin animé, et même si Astérix et Cléopâtre a été supervisé par Uderzo et Goscinny, ce dernier n'était pas satisfait de l'animation, ce qui le poussera à créer son propre studio d'animation. Mais Daisy Town n'en bénéficiera pas.
Cela n'est pas si gênant, car les dessins de Morris sont bien respectés et retranscrits pour l'animation, rendant l'univers de la bande dessinée vivant. Là-dessus, c'est plus réussi que Astérix le Gaulois et même Astérix et Cléopâtre.
S'il fallait commencer par les défauts du film, ce serait par son scénario.
Bien qu'il ne soit pas tiré d'un album particulier, beaucoup d'éléments sont repris de plusieurs albums et cela ne lui rend pas service dans la recherche d'idées nouvelles.
On a affaire à une adaptation fidèle qui reprend beaucoup de thèmes de la bande dessinée, mais qui, en contrepartie, reste sage et sans risque. Ce que ne fera pas La Ballade des Dalton.
Cela dit, l'histoire raconte quand même des choses intéressantes. C'est toute l'histoire du western et des États-Unis qui est condensée en moins d'une heure et demie, ce qui est tout de même un tour de force.
Au niveau des thèmes abordés, nous avons les villes champignons, le crime, la démocratie, l'extermination des Indiens. Tout cela est assez foisonnant. Du genre western, on retrouve le duel, la cavalerie, les bagarres de saloon, le héros solitaire, Monument Valley, la bataille contre les Indiens, et sans doute d'autres qui ne me viennent pas en tête.
Tous ces clichés purement cinématographiques sont détournés avec humour, mais portent un regard plein d'admiration et de lucidité.
Malgré les faiblesses que j'ai citées, il y a quand même une certaine richesse dans l'histoire, bien qu'elle mériterait d'être mieux ordonnée. Moins "best-of".
Et au niveau de la musique, Claude Bolling était déjà présent sur Daisy Town et faisait déjà des merveilles. La bande-son est assez rock 'n' roll, synthétique et country, mais on retiendra surtout la chanson Lonesome Cowboy, dont les paroles sont de Jack Fishman et l'interprétation de Pat Woods.
Elle est à la fois mythologique et mélancolique. Quand Lucky Luke quitte la ville abandonnée sur cette musique, il y a une puissance émotionnelle.
Cela laisse satisfait du divertissement proposé et en même temps pensif et rêveur.