Robin Campillo signe avec 120 battements par minute une fresque émotive et ambitieuse qui plonge au cœur des années 1990, époque où la lutte contre le sida battait son plein. Si le film impressionne par sa puissance émotionnelle et sa représentation réaliste des combats d’Act Up-Paris, il n’échappe pas à certaines longueurs et à un déséquilibre narratif, freinant son impact global.
La réalisation de Robin Campillo capte magnifiquement l’intensité des débats, des actions militantes et des instants intimes. Les scènes de réunions d’Act Up, de manifestations et de "zaps" retranscrivent une énergie vibrante et un engagement viscéral. La caméra, souvent en mouvement, se veut proche des corps et des visages, immergeant le spectateur dans l’urgence de l’action. Cependant, ce parti pris réaliste se heurte parfois à une répétition des motifs, rendant certaines séquences redondantes.
Le film oscille constamment entre le portrait collectif et le récit intime. Cette dualité est à la fois une force et une faiblesse. D’un côté, le spectateur est témoin de la dynamique interne d’Act Up, avec ses conflits, ses décisions stratégiques et ses moments de solidarité. De l’autre, la relation entre Sean (Nahuel Pérez Biscayart) et Nathan (Arnaud Valois) apporte une dimension personnelle et tragique. Cependant, le film peine parfois à équilibrer ces deux dimensions, sacrifiant l’approfondissement de certains personnages secondaires pour se concentrer sur son propos militant.
Nahuel Pérez Biscayart est sans conteste le cœur battant du film. Son interprétation de Sean, rongé par la maladie mais habité par une rage de vivre et de lutter, est profondément bouleversante. Chaque scène qu’il habite est marquée par une intensité qui transcende l’écran. À ses côtés, Arnaud Valois propose une performance plus retenue, parfois trop discrète, peinant à égaler la profondeur émotionnelle de son partenaire. Les seconds rôles, notamment Antoine Reinartz dans le rôle de Thibault, apportent une crédibilité bienvenue, bien que certains personnages manquent de relief.
L’alternance entre les scènes de militantisme et les moments de fête est une idée forte qui symbolise la dualité de cette période : la gravité de la lutte contre la maladie et l’importance de célébrer la vie malgré tout. Les séquences de danse, portées par une bande-son électro parfaitement adaptée, traduisent une forme d’évasion et de communion. Cependant, ces transitions entre militantisme et moments festifs, bien que stylistiquement intéressantes, peuvent paraître répétitives et parfois forcées.
Le film brille par sa capacité à sensibiliser à une époque charnière de l’histoire contemporaine. Les actions d’Act Up sont dépeintes avec une authenticité qui force le respect, et les thématiques abordées — la discrimination, l’accès aux soins et l’indifférence des institutions — trouvent encore aujourd’hui un écho pertinent. Toutefois, le film tend à devenir trop explicatif, insistant sur ses messages au détriment de la subtilité. Ce didactisme, bien qu’efficace pour informer un public novice, peut donner l’impression d’un surlignage inutile.
Avec ses 143 minutes, 120 battements par minute aurait gagné à une concision accrue. Certaines scènes, notamment les longues réunions d’Act Up, s’étirent au point de perdre l’attention du spectateur. Ce rythme inégal nuit parfois à l’immersion, affaiblissant l’impact des moments les plus forts, comme la mort déchirante de Sean ou le jet de cendres sur les petits-fours d’un banquet d’assureurs.
Le dernier acte du film, centré sur la relation entre Sean et Nathan, est sans doute le plus émouvant. La détresse, l’amour et le courage des personnages y sont magnifiquement dépeints. Cependant, cette partie intimiste arrive un peu tard, après une première moitié trop centrée sur les mécanismes de groupe, laissant une impression de déséquilibre narratif.
120 battements par minute est un film qui marque par sa sincérité, son intensité et son hommage vibrant aux militants d’Act Up. Il réussit à capturer l’essence d’une époque, tout en éveillant une réflexion sur les luttes actuelles. Cependant, son rythme inégal, son penchant pour le didactisme et son déséquilibre narratif limitent sa portée émotionnelle. Un film à voir, non pas pour sa perfection, mais pour l’importance de son propos et la puissance de ses meilleures scènes.