L’Invocation d’Enver Simaku est un film curieux du type faux documentaire, genre peu commun en Europe mais assez ordinaire au Japon. Le métrage a pas mal de qualité, à commencer d’abord par une interprétation de qualité, en particulier les différents protagonistes interrogés qui jouent bien mais surtout font vraiment couleur locale, essentiel pour la crédibilité d’un faux documentaire. Le réalisateur a déniché quelques personnages avec de vraies tronches, et ça sent vraiment l’Albanie tour à tour rurale ou urbaine. Le film repose beaucoup sur cette interprétation, car il y a beaucoup d’entretiens. C’est un peu le point faible du film, pas rédhibitoire mais un peu embêtant, c’est un faux documentaire qui repose essentiellement sur les interviews. On aurait pu avoir plus de déambulations, mais les intermèdes de ce type sont peu nombreux et assez plats.
Formellement, le film est tout aussi crédible que dans son acting, avec des décors, une photographie, une ambiance qui rappelle carrément le contexte dans lequel le film se déroule. Toutefois, cette authenticité est aussi un peu desservi par un manque de variété dans les images. Je veux dire qu’un faux documentaire pourrait proposer des images d’archives, des photographies insérées, bref, une variété de formats pour accentuer ce caractère. Cette variété, le film s’y tient dans sa première partie, avec du film rétro, des images d’archives, mais ensuite on n’a plus que le gars qui filme. Toutefois, le métrage a une vraie ambiance, un caractère affirmé, le tout servi par une bande son sobre mais très en adéquation avec la proposition.
Scénaristiquement le film paraît assez obscur au début et mélange plein de choses, à savoir le vécu du narrateur, le passé de l’Albanie, le surnaturel, le religieux, et le film évoque plein de personnages qui nous sont, alors, pour la plupart, obscur. Puis, peu à peu, le film prend son rythme, délie ses fils, présente les personnages, et finalement tout est limpide, compréhensible et extrêmement malin. Oui, le film fait beaucoup avec vraiment peu de choses, et développe une histoire tout à fait intéressante qui convoque avec habileté tous les éléments du départ. La fin est excellente et la révélation sur le personnage d’Enver Simaku est très appréciable. Après, et on en revient à la forme, le film aurait peut-être pu évacuer le surnaturel apparent qui paraît un peu là pour créer de pseudo jumpscare (cela dit eux aussi sont très bien amenés).
En conclusion, L’Invocation d’Enver Simaku est un film étrange qui assurément déconcertera celui qui s’attend à un film d’épouvante classique. Rien de cela, c’est du faux documentaire dans une Albanie prise entre tradition et modernité. Décor rare, qui offre d’ailleurs un supplément de curiosité vraiment bienvenu et donne une saveur singulière à des plans qui, sans doute, dans un contexte bien mieux connu, aurait paru très quelconque. Pour ma part j’ai trouvé la proposition très astucieuse, bien campée, faisant beaucoup avec peu de moyens, et juste des idées. 4