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In Ciné Veritas
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3,5
Publiée le 4 janvier 2017
Kirill Serebrennikov adapte au cinéma sa pièce de théâtre éponyme, elle-même inspirée de la pièce du dramaturge allemand Marius von Mayenburg. Entre satire et thriller psychologique, Le disciple fait le récit du fanatisme religieux chrétien d’un adolescent auquel ne s’oppose réellement que l’une de ses enseignantes. Le crescendo dramatique et d’usure des relations du protagoniste principal est savamment orchestré. Audacieuse, dérangeante, la démonstration de l’impact de l’obscurantisme sur la vie au quotidien vaut pour scénario. La mise en scène est particulièrement brillante et inspirée. Elle fait la part belle à de nombreux longs plans séquences. Elle sert efficacement un propos dissident et radical à destination notamment de l’Église orthodoxe russe. En compétition au dernier festival de Cannes, Le disciple a été récompensé par le Prix François Chalais et succède ainsi à Timbuctu en 2014 et Le fils de Saul l’année dernière.
Voilà un film fort et dérangeant, d'un réalisateur russe qui a adapté sa propre pièce de théâtre, qui elle-même est l'adaptation d'une pièce allemande. Le film raconte comment un jeune lycéen, peut arriver à détourner la religion pour manipuler un être plus faible. Mais le film montre aussi l'imbrication de la religion dans les organismes d'un état qui utilise la religion pour mieux contrôler la jeunesse dans le système éducatif de la Russie actuelle. On voit bien dans le film, un contraste entre les jeunes, nés après la chute de l'empire soviétique, très influencés par la modernité, et les professeurs les plus âgés dont on sent qu'ils ont encore un schéma de pensée formaté sous le régime communiste. Entre les deux, une professeure, qui devait être enfant à l'époque communiste et qui est maintenant ouverte à la réalité du monde actuel, tente seule, de lutter contre les ravages des discours de l'élève "malade" qui manipule sa mère, ses professeurs et surtout le maillon faible des autres élèves. La thématique du détournement de la religion, appliqué ici à la chrétienté orthodoxe, est une thématique universelle, que l'on retrouve dans les trois grandes religions monothéistes, et qui prend tout son sens avec l'actualité des attentas islamistes. Un seul manque dans ce film, on aurait aimé voir comment l'élève en est arrivé à ce stade de "folie", mais ce n'est pas le sujet du film. A voir absolument.
Kirill Serebrennikov arrive avec une justesse incroyable à mettre en image la radicalisation d'un jeune homme et les retombées que celle-ci provoque au sein de son école. "Le disciple" arrive à créer deux écoles, l'une, soutenu par l'ensemble de la direction, lui donne raison et, l'autre, seule face à tous, essaye tant bien que de mettre en lumière son radicalisme allant jusqu'à elle-même lire la Bible. Un sujet extrêmement bien traité mettant en avant le danger de l'interprétation d'un texte qu'il soit religieux ou non.
Attention aux crises d’adolescence. Celle que nous décrit Kirill Serebrennikov n’est pas des plus banales. Armé d’une vieille bible dont il n’extraie que les anathèmes un adolescent à la sexualité mal assurée étonne puis terrorise son lycée. Il subjugue, fascine, endoctrine. Face à lui des adultes prêts à tout excuser (la mère), à tout expliquer (les responsables du collège), à tout croire (le disciple), à tout exploiter (le pope). Jusqu’au drame. Seule la psychologue, pour essayer de comprendre et de combattre, entrera dans le jeu et n’en sortira pas indemne. Au-delà d’une critique de la Russie actuelle (poids d’une religion passablement arriérée, corps professoral peu efficace, âpreté de la vie quotidienne dans un lieu indéterminé mais abandonné) ce film est traversé d’un souffle qui n’est pas sans rappeler Dostoïevski. On y parle de souffrance, de foi, de croyance, de (fausse) rédemption, de folie. Et ça marche !
Film coup de poing, d'actualité et superbement interprété. Une critique acerbe de la société russe actuelle qui est incapable d'affronter un gamin tombé dans la dérive fanatique.