Les Harmonies Werckmeister
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Lamia Iddouche
Lamia Iddouche

11 abonnés 215 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 10 avril 2026
Ce film m’a donné une sensation étrange, presque inconfortable.
Comme si j’étais dans un monde où tout est lent, silencieux, mais en même temps sur le point de basculer.
J’ai eu l’impression que les gens dans le film cherchent quelque chose… mais sans savoir quoi.
Ils suivent un mouvement, une rumeur, une présence, sans vraiment comprendre. Ça m’a fait penser à la façon dont les gens peuvent être influencés facilement.
La baleine m’a marquée, mais pas comme quelque chose de vivant.
Au contraire, elle m’a donné une sensation de vide.
Comme si tout le monde venait la voir pour donner un sens à quelque chose… mais qu’au fond, il n’y avait rien.
Le personnage de János m’a semblé très pur, presque trop pour ce monde.
Il regarde tout avec innocence, mais il est entouré de quelque chose de plus sombre, comme si le monde autour de lui ne pouvait pas rester calme longtemps.
Ce qui m’a le plus touchée, c’est que la violence arrive sans vraie explication.
Et ça fait peur, parce que ça donne l’impression que ça pourrait arriver n’importe où, à n’importe quel moment.
Le film ne cherche pas à expliquer, mais à nous faire ressentir un malaise.
Et pour moi, c’est ce malaise qui reste après.
Captain Ad Hoc
Captain Ad Hoc

1 abonné 32 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 16 mars 2026
Janos Vanushka, distributeur nocturne des journaux, au long de deux longues journées sans sommeil et à la rencontre de ses amis et concitoyens, va traverser et retraverser sa ville désaffectée ; ville qui va progressivement s'enfiévrer à l'arrivée d'un montreur de baleine itinérant.
Ce film marque d'abord par sa photographie en noir et blanc qui vient parfaitement souligner les contrastes du décor et des personnages, et les magnifie. Les plans-séquence longs et posés finissent de former les contour d'un cinéma sûr de lui, qui se veut éloquent et envoûtant.
Rapidement, la beauté formelle des images est cependant perturbée par la bande-son : comme d'autres grands réalisateurs l'ont parfois fait, Béla Tarr a choisi d'engager en partie des acteurs étrangers (allemands en l'occurrence) qui ne parlent pas la langue du film, quitte à devoir les doubler en hongrois dans un second temps. Ce casting transfrontalier concerne carrément les 3 personnages les plus récurrents. De ce fait, il n'existe pas de réelle VO. Je respecte ce choix, je n'aime pas le résultat : trop visible et audible dans de nombreuses scènes (y compris si on ne parle pas hongrois, comme c'est mon cas), le doublage médiocre sabotant l'immersion du spectateur et la performance des acteurs.
Ensuite, ce film renonce à la clarté du propos : il ne cherche pas à parler au spectateur, il se réfugie la plupart du temps dans l'évocation. Non pour l'amour de la poésie, bien plus pour la dissimulation de l'inconsistance des idées, dans la tradition du mysticisme hypnotique, qui cherche à séduire et manipuler avant de convaincre. Le film multiplie les clins d’œils à la politique et la philosophie (ordre/chaos de la musique et de la cité, divinité du cétacé, totalitarisme des foules, collaboration des traîtres, absolu des aspirations de l'artiste, ...) mais s'en tient à des métaphores dont les objets sont tous plus indéfinis les uns que les autres. Soin est laissé au spectateur de comprendre ce qu'il veut s'il consent à s'adonner à une pseudo-révélation séduisante et vide de toutes bases solides.
Seul un discours est offert : celui du personnage Gyorgy Eszter, qui vient cette fois expliquer très clairement le nom du film au travers d'une "théorie" de l'harmonie franchement simpliste : les règles actuelles de la théorie musicale (définies par Andreas Werckmeister) l'ont éloignée de la nature et par là-même empêchent la musique d'atteindre l'harmonie. Tant qu'on inscrit ce discours de Gyorgy dans le dialogue, sa longue tirade reste éloquente et permettrait de définir de manière intéressante le personnage. Seulement, comme on devine que sa théorie musicale doit être la base d'une extrapolation à l'harmonie de l'art, à l'harmonie du film et à l'harmonie de la société, je me permets de souligner sa légèreté et la franche indigence de ses arguments. Encore une fois, charge au spectateur d'y adhérer ou non, et, s'il y adhère, d'accepter la révélation mystique ou d'essayer de produire le travail que n'a pas produit le film, c'est à dire, trouver de vrais arguments étayant la théorie.
Enfin, le film traîne en longueur et la beauté du vide a fini par me lasser, quand bien même je peux souvent apprécier ce type de film contemplatif. Je mentionnerais pour finir que la scène initiale, en jouant autour du concept d'éclipse solaire et en montrant ostentatoirement un feu dans un poêle puis un gros néon en premier plan, invite le spectateur à porter une attention particulière à l'éclairage dans la suite du film. Par la suite justement, le personnage principal, dans de longues séquences, va s'éloigner de la caméra ou s'en approcher, tout en s'éloignant ou s'approchant d'une source de lumière selon la scène. Le réalisateur semble ainsi souligner les énigmes intérieures de Janos. Dommage que l'éclairage soit irréalistes dans certaines autres scènes : il est beau, j'aurais pu en rester là, mais l'avertissement fourni dans la scène initiale m'a poussé à remarquer ces quelques incohérences.
En conclusion, une très belle image qui ne parvient pas à faire surgir à elle seule l'harmonie naturelle comme semblait le vouloir Béla Tarr.
Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

143 abonnés 2 088 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 mars 2026
Neuvième long-métrage du cinéaste hongrois Bélà Tarr, réalisé en 2000 en collaboration avec sa compagne Ágnes Hranitzky, Les harmonies Werckmeister est adapté du roman La mélancolie de la résistance (1989) de son complice László Krasznahorkai, prix Nobel de littérature en 2025. Composée de seulement 39 scènes, cette œuvre exigeante d'une durée de 2h30 est à réserver à un public de cinéphile averti. Sombre, magnétique et mystérieuse, elle nous plonge aux côtés d'un témoin de l'histoire gentil et naïf (János Valuska, interprété par Lars Rudolph) au cœur d'une petite ville hongroise prise d'un énigmatique mouvement de panique, alors qu'est annoncée la venue d'un cirque ambulant exhibant une baleine et un personnage que l'on surnomme le Prince. Cette œuvre sur l'inéluctable chaos de nos sociétés et la difficulté d'y trouver une forme d'harmonie pressentait avec une certaine forme d'angoisse le retour du fascisme, du populisme et d'une société militarisée au cœur de l'Europe. Elle est sublimée par une somptueuse musique signée Mihály Víg.
Cadreum
Cadreum

65 abonnés 814 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 30 janvier 2026
Qui est le film ?
Tarr, déjà passé par le réalisme social brutal de Le Nid familial et par l’ampleur terminale de Sátántangó, resserre son dispositif tout en radicalisant sa pensée. Les Harmonies Werckmeister se situe dans une Hongrie indéterminée, presque hors du temps, une petite ville figée dans l’attente, bientôt traversée par un cirque ambulant, une baleine géante et la rumeur d’un Prince invisible. Le récit est minimal, presque abstrait. Pourtant, la promesse est immense. Regarder comment un monde se désaccorde. Interroger ce qu’il reste de l’harmonie quand les systèmes qui organisaient le réel ont perdu leur crédibilité.

Par quels moyens ?
Le film s’ouvre sur une scène de taverne. János y rassemble des corps ivres pour rejouer la mécanique céleste. Soleil, Terre, Lune. Une cosmogonie pauvre, bricolée avec des hommes épuisés. Dès les premiers gestes, les corps trébuchent, l’alignement se défait, l’ordre se dissout dans l’ivresse et la maladresse. Tarr énonce d’emblée l'idée que l’ordre est performatif, fragile, dépendant du consentement collectif à jouer le jeu. Il tient tant que les hommes acceptent de se lever, de se placer, de tourner ensemble.

János Valuska regarde le monde avec une attention enfantine, une disponibilité aux étoiles, à la baleine, au silence. Il ne cherche ni à comprendre, ni à maîtriser. Il accueille. Cette posture, radicalement passive en apparence, le rend profondément inadapté à l’ordre social. Tarr le place souvent à la lisière du cadre, isolé, légèrement décentré, comme un corps dont le rythme ne coïncide plus avec la logique dominante. Son innocence apparaît comme une manière d’être au monde déjà condamnée dans un univers structuré par la peur et la contagion des affects.

Face à lui, György Eszter incarne une autre forme d’impasse, plus intellectuelle. Celle d’une lucidité sans prise. Son obsession pour les harmonies de Werckmeister n’a rien d’un détail érudit. Le tempérament égal, en rendant la musique universelle, sacrifie la pureté des intervalles. Toute harmonie partagée suppose une falsification admise. György le sait. Il comprend que les systèmes censés ordonner le monde sont toujours déjà compromis. Mais cette compréhension ne se traduit par aucun geste. Elle se replie, se stérilise, s’épuise dans le constat. Tarr filme ainsi une pensée qui se contemple s’éteindre, incapable de transformer sa lucidité en action, condamnée à assister, impuissante, à la décomposition du monde qu’elle analyse.

La ville elle-même devient un organisme malade. Les rues sont désertes, les bâtiments usés, les intérieurs étouffants. Tarr construit un espace privé de futur, où le vide devient un appel d’air pour la violence. La baleine n’est ni une menace ni un miracle. C’est un cadavre monumental, immobile, qui impose le regard et suspend la parole. Chacun y projette ce qu’il a perdu. Dieu, la vérité, l’absolu. La baleine fonctionne comme une transcendance morte. Sublime et inutile. Elle révèle un besoin désespéré de croire encore en quelque chose de plus grand que soi.

Le Prince, lui, n’apparaît jamais. Ce choix est décisif. Le pouvoir n’a pas de visage. Il circule par la rumeur, la peur, la frustration collective. L’ennemi est abstrait, donc omniprésent. Tarr montre comment la violence politique naît moins d’un tyran que d’une délégation aveugle de la colère. La foule agit sans objectif clair, mue par une énergie négative qui se nourrit d’elle-même.

Quelle lecture en tirer ?
Les Harmonies Werckmeister ne racontent pas la fin du monde mais la fin des récits qui permettaient de l’habiter. La science, la musique, la politique, la religion. Tous ont échoué à produire un sens partagé. La scène de l’émeute en est la démonstration la plus nette. L’internement final de János scelle cette défaite. Celui qui percevait encore une harmonie possible ne peut survivre dans un monde qui a fait de la dissonance sa norme
Hervé L
Hervé L

92 abonnés 717 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 29 janvier 2026
Une fable étrange et envoûtant dans un pays etrange vaguement a l'est en proue a la mélancolie et a la violence
Iloonoyeil
Iloonoyeil

92 abonnés 367 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 22 octobre 2024
Bonjour tout le monde,


Les mots manquent pour écrire au sujet de cette œuvre cinématographique irréductible, poétique, chaotique, magnétique, historique et polyphonique.


Ainsi " parle" Béla Tarr par les images, les paysages réels et mentaux, les sons polyphoniques ou naturels vers une symphonie mystique, onirique et cosmique...........

La musique de Mihály Vig est un vrai personnage et sublime le propos visuel de ce cinéaste austère, lucide, atypique, précis et probablement philosophe ............

Des lents plans séquences, méditatifs et philosophiques, se dégagent, peu à peu , une réflexion sur les humains, sur le macro - cosmos et le micro - cosmos autour d ' une baleine et d 'un mystérieux prince, nous suivons le protagoniste principale dans ces parages métaphoriques et si magistralement filmés et mises en lumière par Béla Tarr, le maître du temps cinématographique évidemment.
Bien à vous.
Gérard Michel
DreamyFramesSeeker
DreamyFramesSeeker

21 abonnés 138 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 1 juillet 2024
Souvent célébré comme une œuvre magistrale du cinéma d'auteur. Ce film mystérieux et contemplatif semble conçu pour ceux qui apprécient une profondeur apparente et des scènes longues et méditatives. On pourrait même dire qu'il parle davantage à ceux qui aiment voir le cinéma comme un puzzle intellectuel. Pour ma part, j'avoue une préférence pour des récits plus qualitatifs, comme Infinity War. Là, au moins, l'intrigue est claire, les personnages sont dynamiques, et on ne quitte pas le cinéma en se demandant si l'on s'est ennuyé ou endormi. Mais chacun trouve son plaisir où il peut... PS : l'intro est réussie, superbe musique et quelques plans bien jolis.
Fodé C.
Fodé C.

1 abonné 2 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 29 novembre 2023
Je ne sais pas le mérite que d'autres ont vu dans ce film qui en fait en film qui mérite d'être vu.

Il est plus incompréhensible qu'abstrait
Yves G.

1 859 abonnés 4 074 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 19 novembre 2023
Dans un lieu anonyme, à une époque inconnue – mais que certains signes (l’hélicoptère de l’antépénultième plan) peuvent laisser penser être contemporaine – l’arrivée dans une petite ville sans histoire d’une attraction foraine sème le chaos. Un jeune postier, Janos Valuska, est le témoin impuissant de l’hystérie qui gagne les habitants.

J’ai attaqué l’immense Béla Tarr par la face nord en découvrant récemment son ultime film, "Le Cheval de Turin". Son ambition, sa radicalité, son austérité m’avaient terrassé. Il restera pour moi l’un des plus grands films jamais vus. Remontant lentement dans l’oeuvre de Béla Tarr, je découvre son premier film diffusé en France qui est ressorti mercredi dernier dans une salle parisienne. Ce que j’en avais lu me laissait présager un choc esthétique au moins aussi grand que "Le Cheval de Turin".

Las ! La magie n’a pas opéré. "Les Harmonies Werckmeister" m’ont laissé sur le bord du chemin. Je n’y ai rien compris. Et je m’y suis magistralement ennuyé. Ce naufrage me place dans une situation impossible à l’heure d’écrire ma critique quotidienne. Que dire de ce film ? Simuler un enthousiasme que je n’ai pas vécu au risque de l’hypocrisie ou dénigrer un film que je n’ai pas aimé au risque de la cuistrerie ?

En partisan inconditionnel du « en même temps », je vais essayer de faire les deux, en commençant par cette note schizophrène ☆☆☆☆/★★★★ à laquelle j’ai eu recours une ou deux fois dans le passé pour "The Whale" ou pour le dernier Terrence Malick.

Sans doute "Les Harmonies Werckmeister" est-il un chef d’oeuvre qui mérite quatre étoiles. Un chef d’oeuvre par sa forme épurée, ses trente-neuf plans-séquences d’une virtuosité folle (celui qui ouvre le film et en annonce le sujet ou celui du sac de l’hospice), son noir et blanc majestueux, la musique hypnotisante de Mihaly Vig. Un chef d’oeuvre par les thèmes autant politiques que métaphysiques qu’il aborde, sur les totalitarismes, le lien social et la condition humaine.

"Les Harmonies Werckmeister" n’en demeure pas moins un chef d’oeuvre indigeste, à la durée intimidante (deux heures et vingt cinq minutes), à la lenteur rebutante, à la noirceur désespérante et à l’opacité revendiquée. Ainsi de cette scène que j’ai évoquée du sac de l’hospice où on voit, sans en connaître les motifs, une foule muette, ivre de violence pénétrer dans un hospice insalubre et en bastonner systématiquement les patients hagards jusqu’à trouver, dans la dernière salle, derrière un rideau de bain, un vieillard nu au corps décharné (référence aux prisonniers cadavériques des camps de la mort nazis ?) devant lequel sa violence déchaînée se fige.

Pourquoi lisez-vous ce texte ? Quelques-uns parmi vous sont des amis fidèles que mon avis intéresse et amuse. Mais la plupart sont des inconnus qui, à raison, se contrefichent de mon opinion. Vous me lisez – et vous cesserez bientôt de me lire si je continue à me regarder le nombril – pour avoir un avis éclairé sur un film, soit que vous l’ayez déjà vu et que vous souhaitiez confronter votre point de vue avec le mien, soit que vous ne l’ayez pas encore vu et hésitiez à le voir.
Dans cette mesure, que dois-je vous dire des "Harmonies Werckmeister" ? Que je n’y ai rien compris ? cela vous fera une belle jambe. Qu’il faut aller le voir parce que c’est un chef d’oeuvre ? Que vaut cette prescription douteuse en faveur d’un film dont je viens de dire que je m’y suis copieusement ennuyé ? Au moins le cinéma de Béla Tarr aura-t-il eu le mérite d’interroger mes limites….
Pascal
Pascal

261 abonnés 2 494 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 novembre 2023
Sans doute un des titres majeurs de la filmographie du hongrois Béla Tarr, un des plus éminents représentant du slow cinéma ( suite de longs plans séquence, aux effets quasi hypnotiques, dotés de peu de dialogues).

Tarr, sans doute un des cinéastes les plus Schopenhaueriens du septième art, convoque ici la figure du prophète Jonas ( on retrouve sa présence dans les textes sacrés des trois monothéismes) pour porter un regard désespéré ( le réalisateur dirait " tragique" ) sur la condition humaine.

L'esprit des Lumières, le poids de la beauté et de ses subtilités, de la culture haut de gamme ( un intellectuel étudie les théories musicologiques complexes du théoricien allemand du XVII e siècle Werckmeister) ne pèseront pas lourd face à la négativité et la barbarie des Hommes et du monde.

Ce serait commettre une erreur d'interprétation que de penser que ce regard serait cantonné à celui du camp socialiste soviétique.

Pour Tarr, il n'y a rien à espérer. Même l'observateur bon et serviable ne pourra pas se sauver et sera gagné par la folie, la sidération..

Témoin de la désespérance absolue ; même la baleine figure allégorique biblique envoyée par Dieu pour punir Jonas fuyant sa mission ( convertir Ninive où règne le chaos) a été capturée par le mal et en meurt.
velocio

1 545 abonnés 3 521 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 janvier 2020
Je ne suis pas certain d'avoir tout compris. Ce film en noir et blanc recèle un certain nombre de très beaux plans mais le noir et blanc est loin d'être de toute beauté.
Marc L.
Marc L.

72 abonnés 1 828 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 février 2019
Ces ‘Harmonies Werckmeister’ bénéficient de la réputation enviable d’être un des plus beaux films européens des 30 dernières années...mais uniquement auprès de la frange la plus auteurisante des cinéphiles. On en parla comme “d’un des plus grands moments confidentiels� de l’édition 2000 du Festival de Cannes, c’est dire si même au sein d’un rassemblement de passionnés et de tout ce qui compte dans le 7ème Art, ce genre de cinéma, qui se rattache de fait à une longue tradition du cinéma “intellectuel� d’après-guerre, passa inaperçu. Il est vrai que les oeuvres de Béla Tarr ne font rien, mais alors strictement rien, pour complaire au grand public. Pendant longtemps, très longtemps, plus de deux heures trente, on suit les pérégrinations cycliques d’un certain Janós à travers une petite ville sinistrée d’Europe de l’est : Janós semble être le lien qui unit tous les habitants du crû, une sorte d’entité bienveillante à l’écoute et au service de chacun, qui fait preuve d’une indéfectible foi en l’humanité. Parallèlement, on découvre György, un vieillard reclus qui élabore une théorie harmonique iconoclaste, basée sur les réflexions du musicien Andréas Werckmeister, qui vise à faire table rase du passé pour résoudre les problèmes esthétiques et philosophiques qui se posent en musique. Malgré l’accent répété mis sur les tâches très ordinaires qu’accomplissent les personnages, ‘les harmonies Werckmeister’ se développe davantage à la façon d’une rêverie que comme un récit au sens traditionnel du terme, déroulant paresseusement dans un noir-et-blanc charbonneux un nombre limité de plan-séquences qui s’étirent démesurément dans le temps. Le film foisonne pourtant d’idées et de métaphores : on peut y déceler une parabole christique sur le sacrifice d’un homme qui s’obstine à penser qu’il est possible de subvertir la noirceur humaine. On peut y voir une évocation des années d’autoritarisme propre à la région, où les notables se sont toujours arrangés avec le pouvoir pour dominer les masses. Tout y est potentiellement allégorie, introspection, philosophie, toutes choses qui ont déserté le cinéma ouest-européen depuis très longtemps (ou sont indiqués avec des panneaux lumineux sur-explicatifs dans les rares cas où on les rencontre encore). Béla Tarr n’offre pas un point de vue mais un support qui, visuellement, thématiquement, artistiquement, a pour vocation de forcer la réflexion et l’imagination. Je conçois qu’on puisse trouver cette vision d’un ennui absolu et malgré la volonté de transformer chaque plan en oeuvre d’art sacralisée (voir la scène d’ouverture où Janós simule le fonctionnement de l’univers en compagnie de quelques ivrognes silencieux), le résultat génère souvent lassitude et ennui...sans doute parce que si certains de ces interminables plans-séquences sont effectivement des merveilles, il est sans doute humainement impossible de conserver le même niveau d’exigence trente neuf fois d’affilée. Bien qu’on puisse le rapprocher de Jodorowsky (en moins fantasque) par son recours à un certain réalisme magique (l’élément qui bouleverse l’équilibre fragile de cette petite communauté est l’arrivée d’un cirque dont l’attraction vedette est une immense baleine en décomposition) ou de Tarkovsky avec qui il partage le don d’étirer démesurément la réalité jusqu’à la rendre hypnotique et celui d’esthétiser à l’extrême la banalité, Tarr est surtout un cinéaste unique, exigeant, abscon, presque inaccessible...qui, après un ultime long-métrage en 2001 (‘Le cheval de Turin’) se résolut à jeter l’éponge, convaincu qu’il n’y aurait plus de place ni de public pour sa vision du du cinéma dans le nouveau siècle (et même si ce n’est pas une raison suffisante pour tout plaquer, il avait sans doute raison…)
 Kurosawa

675 abonnés 1 509 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 20 novembre 2016
Face à un film d'une telle ambition, formelle et philosophique, il y aurait de quoi adopter une attitude quelque peu défensive qui laisserait transparaître un respect forcé. Car dès la séquence d'ouverture, qui annonce le programme appliqué par la suite, le film impressionne par la virtuosité de son principal outil de mise en scène, à savoir le plan-séquence, et par une esthétique (le noir et blanc) qui confine au sublime. "Les Harmonies Werckmeister" se pose alors en objet artistique exigeant qui, par des idées visuelles et sonores, va représenter une opposition entre Janos, sorte de poète illuminé qui croit en le miracle de la création, et une communauté hostile se réunissant silencieusement sur la grande place et qui cédera à la violence dans un monde au bord du chaos. Ce contraste est intelligemment figuré par le noir et blanc, avec une projection de la lumière sur les personnages qui varie selon la situation dramatique : il faut voir comment nous apparaît le visage de Janos lors de la magistrale séquence de l'hôpital, plongé dans la lumière mais dont l'expression interdite traduit l'horreur qui vient de se produire. Cette séquence du film est certainement la plus essentielle en ce qu'elle clarifie la tension dominante à travers des images métaphoriques puissantes et l'évidence d'une vision pessimiste de l'homme, inévitablement conduit à sa désolation. Parfois bouleversant, le film peut aussi être rêche, notamment dans des scènes où la connexion avec le sujet est peu évidente ou dans ces rares moments imprégnés d'un misérabilisme frontal et sans abstraction. Souvent envoûtant, grâce à un usage très spécifique du plan-séquence, avec une caméra très mobile car tout aussi capable d'aller vers les corps, de les suivre et de les laisser tourner autour d'elle, "Les Harmonies Werckmeister" est une expérience difficile mais pas inaccessible, soucieuse de donner les clés d'un cinéma singulier mais en aucun cas replié sur lui-même et dont certaines images, de même que la musique, marqueront à coup sûr de leur empreinte.
Daniel Schettino
Daniel Schettino

31 abonnés 241 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 20 mars 2017
L'histoire se déroule dans une ville terne et sinistre avec son froid qui nous envahi. Il n'y a aucune échappatoire. Des centaines d'hommes ventripotents, vieux, silencieux, sont réunis sur la place principale de la ville, et forment une masse menaçante "sans visage". Le film se compose de plans-séquences alternant lenteur et rapidité. Le gros plan sur le feu du poêle est annonciateur d'un sinistre présage avec les troubles qui vont envahir la ville. Le film met en lumière le déclin des idées. Il est vrai qu'on peut se demander pourquoi Bach et Mozart ? Alors que la fin du monde aura lieu irrémédiablement dans environ 500 millions d'années. D'où l'harmonie archaïque, reconnaissance silencieuse de la destinée de la Terre. Les prémonitions de Béla Tarr sont saisissantes avec le climat délétère du film on pense à la dérive conservatrice de Viktor Orbán et avec le vandalisme de l'hôpital on se souvient de l'hôpital pour enfants Necker à Paris, visé par les actes de vandalisme de casseurs.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 28 mai 2015
Longtemps que l'on rôdait autour de Béla Tarr. On tâtonnait, tergiversait, on n'osait pas. et puis voilà... un film somptueux et magique à la lumière irradiante, à l'esthétique fulgurante (Alekan doit en fremir d'aise dans sa tombe), aux temporalités languissantes et aux Abymes métaphysiques périlleuses. Ce n'est pas un film : c'est une prophétie. écho assourdissant d'une société un désarroi. On frôle le chaos on effleure la joie. On en sort K.O, on ne s'en remet pas. un immense moment de cinéma. Dont on ne sort pas indemne.. Damnés ou sauvés..? Bref, Alleluia.
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