Derniers Avis : Les Harmonies Werckmeister - Page 3
Les Harmonies Werckmeister
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Un visiteur
5,0
Publiée le 29 juin 2007
Un film de l'an 2000/2001 vraiment incroyable qui m'a fait découvrir un très très grand cinéaste de notre époque. Avec sa mise en scène il explore l'espace et le temps de manière intrigante et exceptionelle pour nous faire vibrer devant cette histoire peu routinière. Harmonie des planètes, Harmonie musicale... et l'Harmonie des hommes, c'est pour quand? C'est de la poésie visuelle, c'est absolument remarquable, je l'ai vu et au fur et à mesure que les mois passaient j'ai senti à quel point j'ai été bouleversé. A voir absolument. Moi il me faut découvrir les autres films de ce réalisateur.
Quelle joie rare de pouvoir porter au pinacle un film récent! «Les harmonies Werckmeister» (2000) de Béla Tarr constitue à ce jour le chef-d'oeuvre de son auteur, supérieur même, car plus dense et concis, à «Satantango» pourtant déjà très remarquable. On y observe deux hommes qui gardent leur espérance intacte au coeur d'une ville livrée au chaos et à la violence du communisme hongrois. Le premier, simple d'esprit, s'émerveille des beautés de la création et de l'harmonie du cosmos. Le second, musicologue d'occasion, proclame sa nostalgie de l'harmonie des sphères et d'une musique idéale basée sur la gamme pythagoricienne. Il maudit d'ailleurs Andreas Werckmeister d'avoir compromis son idéal par ses spéculations sur le tempérament. Nos deux «héros» s'accordent bien sûr dans leur commune contemplation de la musique inaudible de l'univers et ils vont de la sorte tenter de survivre au chaos. Celui-ci sera proche de les anéantir mais ils en réchapperont de justesse. Et la douloureuse scène finale laisse poindre au coeur de la désolation une petite mais poignante ouverture vers la lumière. On ne sait ce qu'il faut le plus louer dans ce film richissime et en tous points remarquable: la photographie merveilleuse qui renoue sans complexes avec le noir et blanc, l'incroyable pouvoir de suggestion du style inimitable de Tarr (cfr les rythmes obsessionnels des marches) ou encore la divine lenteur des plans-séquences qui épousent le rythme même de la vie! On n'évoquera qu'une seule scène, merveilleuse: la première, qui suggère le thème central du film! Tarr y chorégraphie une danse d'ivrognes qui miment la mécanique céleste. Mais ce n'est là que le premier coup d'éclat d'une oeuvre parmi les plus puissantes de ces dernières années!
Je ne sais pas comment exprimer ce que j'ai ressenti en visionnant ce film, c'est au délà des mots. Puissant ? Beau ? Emouvant ? Troublant ? La force qui s'en dégage m'a fait comprendre qu'il y avait une vie en dehors du cinéma commercial. C'est comme une expo photo qui serait en mouvement et sonorisée. Sans doute est-ce de l'Art ? Mais en fait je m'en fous, à ce stade ça n'a plus aucune importance.
La force de ce film réside dans l'originalité du scénario et les extraordinaires plans-séquences agrémentés d'une musique totalement adéquate. Des plans longs et quelques longueurs sont de rigueur, mais ne sont là que pour augmenter l'intensité visuelle du film qui nous subjugue par sa force à captiver l'oeil. L'étonnant Lars Rudolph sied parfaitement à ce rôle si ambigü, et le vieux Peter Fritz est parfait. Hanna Schygulla y joue somptueusement (actrice expérimentée). Si vous êtes adeptes de cinéma traditionnel, n'y allez pas. Personnellement je n'y connais rien au cinéma, mais c'est mon film préféré. Je conseille seulement aux gens très doués d'y aller.
Difficile de faire différent après toutes les louanges tressées par les autres spectateurs. Les Harmonies Werckmeister, c'est l'un des films les plus étranges que j'ai jamais vus. Etrange un peu dans son histoire, mais surtout dans sa beauté, à la fois insaisissable et tellement proche, intime. C'est un film qui laisse totalement libre dans les analyses que l'on voudra faire, à tel point que l'on se sent presque orphelin à cause de tout ce qu'il apporte et que l'on ne peut lui rendre. Et pourtant ! Ceci dit, il serait par trop réducteur de vouloir en faire un film à clé car il n'y a pas une clé, mais dix, vingt ... Et leurs portes s'ouvrent chaque fois différemment, selon que l'on a commencé de réfléchir sur le début, sur la fin, ou sur telle ou telle scène. Dans les autres films étranges et beaux que j'ai en mémoire, il y a par exemple Les Ailes du désir, de Wim Wenders, La légende de la Forteresse Surami, de Serguei Paradjanov, Les aventures de Dieu, d'Eliseo Subiela... Aucun d'eux ne se ressemble. Mais tous partagent l'urgence de créer, la fragilité de la vie et de la beauté, l'indifférence aux exigences commerciales et aux règles de tournage convenues. Cinéma exigeant ? oui, sans doute, mais pas inutile, au contraire indispensable ! On trouvera ailleurs sur la toile un commentaire d'une spectatrice qui avoue avoir décroché après un quart d'heure et être partie se coucher, pendant que son mari restait, soufflé par la force du film. Je comprends très bien ça. Autant le dire : on ne regarde pas les Harmonies Werckmeister sans être un peu prêt, reposé et motivé. Mais les films extraordinaires sont à ce prix.
Il est difficile de parler de certaines oeuvres, celles qui vous ont émus, désorientés, foudroyés. Imposible d'émettre une critique constructive... La première scène est d'une poésie à couper le souffle et celle de l'hôpital d'une force inégalée. Ah ! le plan sur le vieillard : "Il y a toute l'histoire de l'humanité dans ce satané plan !" J'adore et je conseille à tous ceux qui veulent faire l'expérience de la beauté.