PERPLEXITÉ TOTALE 樂
⚠️ SPOILERS ⚠️
Ayant visionné moultes fois les différents livres de la série, je me retrouve dans l'incompréhension vis à vis de ce film qui n'apporte rien à la narration et détruit même ce qu'elle avait construit. Si ce n'est, éventuellement, faire évoluer la relation entre Guenièvre et Arthur et même là, de façon expéditive et mal amenée et sans expliquer le renoncement d'Arthur à Aconia.
Pour commencer le film n'est pas fidèle aux dernières scènes du livre 6. Arthur dépressif, retournant à Rome pour y retrouver sa résolution (maniement de l'épée, récupération de la robe d'Aconia sur le toit sur fond de flash-back de lui enfant retirant l'épée avec Merlin, «bientôt Arthur sera de nouveau un héros»), tandis que les chevaliers sont poursuivis par des sbires de Lancelot pour être exécutés.
On retrouve Arthur dix ans plus tard, esclave en Afrique à tanner des chèvres, toujours aussi dépressif et ne souhaitant toujours pas embrasser sa destinée et redevenir Roi de Bretagne. Ça ne colle pas. Son arc narratif n'a pas de sens. Soit il refuse de redevenir roi, dans ce cas il devrait faire demi tour lorsque le duc d'Aquitaine disparaît, par ailleurs sans explications (Balec) – au passage un Duc sans escorte, qui voyage de nuit, aux frontières de ses terres sous occupation, c'est moyennement crédible – soit il a déjà pris la résolution de revenir, d'où éventuellement le fait qu'il veuille porter les habits de son père qui se retrouvent par hasard accrochés en Aquitaine (admettons). Mais il ne peut pas récupérer Excalibur contre son gré, mais tout de même être ému par la dévotion d'un Bohort assis à une table ronde bricolée, pour finir par laisser échapper Lancelot et se laisser mourir sur une table dans l'effondrement de Kaamelott. Ça n'a pas de sens. Le traitement d'Arthur n'est pas fidèle à la série. Arthur est quelqu'un de résolu. Et s'il perd espoir, il se suicide. On n'est pas dans un entre deux torturé et une valse hésitation.
Pire, les révélations apportées sont incohérentes. Aconia aux oubliettes, on nous présente les flashbacks d'une idylle adolescente, elle aussi extrêmement mal amenée. Qui est Furadja ? Que fait-elle dans la caserne ? Pourquoi martyrise-t-elle Shedda ? Balec. Pour nous expliquer ensuite maladroitement qu'Arthur épargnera une fois de plus Lancelot car il ne veut plus tuer ( et là à moins qu'un autre protagoniste se sorte les doigts du c**, comme dirait Arthur, ça risque d'être très long cette histoire), ce qui est en incohérence totale avec un Arthur et un Léodagan qui trépignaient d'impatience dans la série à l'idée de se farcir, qui des Romains, qui des Barbares.
Il aurait donc le pacifisme a géométrie variable spontanée.
Pour ce qui est des autres personnages, je veux bien que l'on fasse dans le fan service, mais le film ne fait pas DU TOUT honneur aux personnages principaux, quand il n'en fait pas tout bonnement disparaître certains sans plus d'explications, et en ajoute d'autres totalement inutiles.
Venec, dont l'évolution était l'un des apports les plus touchants des deux derniers livres, qui s'est révélé être l'un des personnages les plus loyaux envers Arthur, qui lui a sauvé la mise en le faisant fuir de Kaamelott, qui l'a retrouvé ensuite à Rome, apprend-on, pour lui sauver une nouvelle fois la vie, n'a le droit qu'à UNE scène et trois lignes de dialogues. Je veux bien qu'il ait pu être forcé de s'exiler en Mer Rouge pour fuir Lancelot et qu'il aura peut être un rôle plus important dans les autres volets, mais pour une continuité avec la saison 6, c'est ... (très) léger. On ne sait pas ce qu'il a vécu pendant ces 10 ans, on ne sait pas ce qu'il fait là. Mais Balec.
Guillaume Gallienne et Clovis Cornillac, par ailleurs très bons (ce que l'on ne peut pas dire de tous les acteurs, loin s'en faut...), ne sont que des protagonistes accessoires dans un scénario improbable. Si leur aventure s'arrête là, ça fait du gros bonnet pour un rôle de figuration ! Quarto est-il mort ? Mystère. Que devient Alzagar une fois payé ? Mystère.
Ensuite, que diable font Bohort, Lionel et Gauvain au milieu de la forêt ? Sous la neige. À Gaune ?! Outre que Bohort déteste la neige, qu'est-ce que fait Gauvain à Gaune ? Où est Yvain ? Où est Demetra ? Pourquoi ne sont-ils pas en contact avec le reste de Kaamelott ? Pourquoi se font ils capturés si facilement, alors qu'à la fin de la saison 6 ils bastonnaient des gardes ?
Rien n'est expliqué, n'y même abordé. Balec.
Perceval et Caradoc, comme tous les autres d'ailleurs – à l'exception peut être, et encore une fois mal amenée, de Léodagan – ne semblent pas être marqués le moins du monde par ces 10 années vécues dans la clandestinité et la persécution. Persécution d'ailleurs dont on saisi mal en quoi elle consiste. Seule une allusion fugace à la mort de paysans pour justifier leur absence, à des taxes harrassantes et à des enfants pendus est censée nous brosser le tableau terrible de la menace que représente Lancelot ?
Je m'attendais à retrouver des protagonistes balafrés, estropiés, visiblement changés par ces années de résistance, d'où l'impatience de découvrir le traitement d'une éllipse scénaristique de dix ans. Et là, rien. Tout au plus un traitement hâtif et superficiel du bêchage de carotte par un Léodagan démilitarisé au côté d'un... Calogrenant ?! Que fait le Roi de Calédonie en Carmélide ? A-t-il été détrôné par Lancelot ? Que fait son peuple en son absence ? Dans un scénario crédible ils devraient être soit morts, soit barricadés derrière ce qu'il leur reste d'armée après 10 ans de poursuite et de résistance. Et s'ils sont si démunis que ça, comment ont-ils fait pour construire un nouveau château ?? Et que fait l'Irlande ? L'acteur qui incarnait Ketchatar est certes mort, mais personne ne se soucie de savoir ce que devient l'Irlande !
On retrouve également les semis croustillants intacts et dans le même enfermement narratif que je déplorais déjà durant la saison 5, à savoir dans l'abandon de toute profondeur. La relation si touchante qu'avait Arthur avec Perceval est oubliée. L'ambivalence de Perceval, capable de traits de génies comme des plus grosses gaffes, les deux à son insu, ce qui faisait le sel de la série, a été lissée en un stéréotype répétitif qui en devient lourdingue et que l'on imagine mal en dénouement de la quête du Graal.
Le Tavernier se voit lui aussi attribuer un rôle de figuration. On ne l'entend tout au plus qu'une fois, pour ne le revoir qu'à la fin et fugacement.
L'arc narratif de Merlin est lui aussi une déception. Il avait déjà souffert lors du passage au format 50 minutes, là il est tout simplement inexistant. Les retrouvailles, enfin l'absence totale de retrouvailles plutôt, entre Arthur et Merlin m'a laissée bouche bée. On parle de deux protagonistes se connaissant depuis des décennies. Merlin a élevé Arthur, c'est lui qui est allé le chercher à Rome, il l'a soutenu dans l'unification de Kaamelott et la recherche des chevaliers, l'a aidé et soigné durant moultes batailles et moultes quêtes et son effacement progressif au profit d'Elias dans le livre V est une composante centrale de la descente aux enfers d'Arthur et du royaume. Mais là, rien. Merlin retrouve son protégé inconscient, apparemment agonisant, dont la convalescence est d'ailleurs aussi rapide qu'inexpliquée. Merlin l'a-t-il soigné ? Où est-ce une de ces guérisons éclairs dont Hollywood a le secret ? Balec. Les deux n'échangeront pas un mot, ni un regard et on continue la narration comme s'ils s'étaient quittés hier. De retrouvailles, il n'y aura pas non plus entre Guenièvre et ses parents, entre Arthur, Léodagan et Dame Séli. Arthur ne s'enquérira même pas de savoir si sa mère et sa tante sont toujours vivantes ou assassinées par Lancelot. Tout ça passe à la trappe.
À contrario, on a droit à des scènes dont l'utilité scénaristique pose question. L'apparition de Mevanwi dans les geôles du château est aussi incompréhensible, qu'inutile, sauf à reproduire la copie carbone des blagues centrées sur l'animosité de Perceval envers elle. On l'avait quittée avide de pouvoir et de vengeance, prête à toutes les trahisons et à manier la magie noire pour les obtenir, on la retrouve Reine, certes, mais comment ? Pourquoi ? Si Lancelot est si obsédé par Guenièvre pourquoi ne pas en faire sa reine et l'enfermer à Kaamelott ?
Reine dont les préoccupations principales sont d'obtenir un héritier de Lancelot afin de faire «bonne figure» aux yeux du peuple. Comment dire ? De ce que l'on veut nous faire comprendre, et ce dont il était déjà question dans la série, le peuple en avait déjà «plus ou moins rien à péter» des histoires du château, mais que la lignée légitime d'un dictateur sanguinaire qui a usurpé le pouvoir soit maintenue, encore moins ! Ça n'a pas de sens. Deuxième préoccupation : le goûter de ses filles. Mais qu'est-ce que comment que quoi ?! Si c'est pour faire dans l'absurde c'est gagné, si c'est pour conserver les failles de Mevanwi dans la série, c'est grossier. De plus, Mevanwi était amoureuse d'Arthur, et même si de l'eau a coulé sous les points, le voir agoniser doit soit l'atteindre, soit évoquer son évolution en une morue encore plus infâme et impitoyable. Et dans ce cas, on se demande pourquoi se contenter d'un Lancelot apathique et manifestement incapable, lorsqu'elle pourrait l'éclipser et prendre les choses en main comme c'était son intention dans le livre V.
Les filles de Caradoc sont un ajout de personnages superficiels et d'intrigues manifestement superflues qui ne font qu'embrouiller le récit. Pourquoi nous amener l'idylle de Mehben (ou Meghan je ne sais plus) avec le fils de Roparzh ? Ça n'apporte rien à l'intrigue. Si c'est pour nous présenter des protagonistes en prévision du deuxième volet, c'est très mal amené. D'ailleurs, le Roi Loth a un deuxième fils, première nouvelle, qui a des dons de magie contrairement à Gauvain, admettons, qui résiste à Lancelot dans le Royaume de Kaamelott contrairement à Gauvain qui lui est à Gaune, admettons, au côté du fils d'un paysan ?! Ça fait beaucoup à avaler.
La pseudo idylle entre Kolaig et Guenièvre est ridicule. Admettons que Lancelot ait enfermé Guenièvre pour... on ne sait quelle raison, durant dix ans dans une tour. Outre l'extraordinaire résilience psychologique de Guenièvre qui en ressort pas le moins du monde affectée par sa réclusion, ce qui aurait quand même pu faire une évolution assez intéressante pour le personnage qui semble faire un retour en arrière quand le livre V l'avait fait évoluer, Caradoc avait des acquointances avec tout ce qui touchait de près ou de loin à de la nourriture à Kaamelott et aurait pu être informé par le pâtissier de la localisation de Guenièvre. Au lieu de cela on nous présente un personnage, centre d'une pseudo idylle vite transformée en quête avortée, pour dénouer maladroitement une intrigue qui ne sert finalement que de prétexte pour introduire la suite, à savoir le retour du spectre du roi Ban, au détour d'une allusion survolée. Par ailleurs, le désintérêt affiché d'Arthur vis-à-vis de la liaison entre Guenièvre et Kolaig du début, colle mal avec le roulage de galoche quelques heures plus tard. L'évolution des sentiments d'Arthur vis-à-vis de Guenièvre est inexistante.
Autres personnages nouveaux et superflus, Franagan, la soeur de Léodagan, dont on avait fait allusion une fois dans la série, mais dont l'intérêt ici est plus que discutable. Dame Séli, qui fait elle aussi de la figuration au côté d'Elias, et dont l'absence d'évolution ne colle pas du tout avec le personnage, aurait pu être à l'origine de l'hydromancie puisqu'elle s'intéressait déjà aux prophéties.. Hydromancie dont on ne comprend d'ailleurs pas si tout le monde se carre ou si c'est la raison de l'engouement soudain de Léodagan pour les trébuchets des Burgondes. On voit mal la fourbe et avide de manigances Dame Séli, se résigner dans son château en Carmélide pendant dix ans. Elle a tenu tête aux Romains, orchestré l'enlèvement de sa fille, versé de la potion dans le verre d'Arthur et, au côté de l'enchanteur le plus puissant de l'île de Bretagne, attendrait passivement après Léodagan pour s'en sortir ?
Élias, tout aussi fourbe et opportuniste qu'elle, aurait plus sa place au côté de Lancelot, si ce n'est par pur intérêt, au moins pour organiser la résistance de l'intérieur, en bi-contre-espions. Et à quel moment l'enchanteur le plus puissant du royaume de Logres ne peu pas retrouver Guenièvre et organiser la résistance ?
Maclou, mais qui est Maclou ? Pourquoi ce dialogue entre lui et Arthur qui déclenche son épiphanie sur la musique, la guerre et les Burgondes ? Assez grossière elle aussi. Un autre personnage n'aurait pas pu faire l'affaire ? Et où est le roi Burgonde qui disparaît mystérieusement dans cette scène ? Le frère de Perceval et le Robobrole étaient-ils indispensables à l'intrigue ? Le livre 6 avait pourtant dépeint un Perceval enfant unique vivant au côté de sa grand-mère, de ses parents, et de leurs chèvres. Que font tous ces glandus autour d'Excalibur ? Pourquoi la Dame du Lac se voit octroyé trois répliques et disparaît ensuite ?
Les scènes se déroulant à Kaamelott posent, elles aussi, plus de questions qu'elles n'y répondent.
Pourquoi le Roi Loth se trouve à Kaamelott ? Est-il là en émissaire de la soeur d'Arthur, dont on entendra d'ailleurs pas parler ? Pourquoi le Père Blaise, qui fait lui aussi office de plante verte, est avec Lancelot ?!!! Les dernières scènes du livre 6 le montraient avec Merlin. Si comme tente de nous le camper le film Lancelot se révèle si indécis et apathique, pourquoi le Roi Loth n'a-t-il pas tenté de le doubler, comme c'est à son habitude ? Personne ne semble plus le respecter au château et les affaires du Royaume semblent au plus bas, ce qui est assez contradictoire avec la menace que l'on tente de dépeindre. Ce n'est pas cohérent et on ne croit pas aux enjeux.
Que font les Saxons, qui semblent ne servir que de prétexte au morcellement du Royaume et à la colère des dieux, quand Kaamelott est assiégé ? Où sont les hommes de Lancelot ? Si c'est qu'il a pris le risque d'affecter tous ces hommes à la recherche (très efficace manifestement) d'Arthur et des Chevaliers, au point d'en rester démuni face à une attaque ennemi, pourquoi ne pas réagir à la capture d'Arthur ? Pourquoi laisser les Burgondes s'en aller en Carmélide au risque de les voir s'allier à Léodagan ? Ça n'a pas de sens !
Les dialogues et les réparties, qui faisaient l'essence de la série, sont souvent poussifs et réchauffés, à l'image de l'inclusion aux forceps de Guethenoc, Roparz et Belt.
Plus que de dialogues, le film laisse l'impression d'une série d'autocitations dont le but premier était de satisfaire les fans, sans faire de lien entre les personnages. Les échanges qui semblent les plus travaillés sont en début de film avec le Duc d'Aquitaine, et même là il en manque beaucoup. Les décors et les costumes sont trop extravagants pour, d'une part rendre justice à la série qui pour le coup s'en sortait beaucoup mieux avec beaucoup moins de budget, et d'autre part coller à la noirceur revendiquée de l'opus. Pour le coup, le grandiose de la musique dénote un peu avec des costumes et des décors qui emprunteraient plus au burlesque. La musique, dont les emprunts à Star Wars bien qu'assumés sont plus que flagrants, reste néanmoins l'atout majeur du film. Mention spéciale à des CGI plutôt pauvres d'un Kaamelott dont l'architecture est improbable pour le lieu et l'époque et jure avec ce dont on se souvenait de la série.
Enfin bien qu'alléchée par les annonces d'Alexa 65 à 500 000€, les deux dernières saisons n'avaient, selon moi, rien à envier aux plans larges et au peu de travellings du film et la mise en scène reste assez timorée voire assez mal venue, les scènes de batailles étant beaucoup plus réussies dans la suggestion des premiers livres ou dans une rencontre fortuite en plan serré d'un Léodagan et d'un Arthur avec un Guéthenoc, venu se réfugier dans une cabane à outils .
On sent bien qu'Astier a voulu TOUT faire et ne décevoir personne. Allier humour des premiers volets, noirceurs des derniers, inclure tous les personnes emblématiques, tout en en présentant de nouveaux. Sauf que je n'y ai retrouvé ni la noirceur des derniers livres, ni l'humour cynique et les réparties inspirées des premiers. Je n'ai pas retrouvé les personnages que j'aimais, ni pu découvrir proprement les nouveaux. L'ambivalence des relations entre des personnages nuancés qui adoraient se détester n'a pas le temps de se développer et les dialogues sont déjà vus et entendus.
On rétorquera peut-être «mise en place de la trilogie», seulement trop d'incohérences et d'appauvrissements ne sauraient constituer un tremplin enthousiasmant pour la suite.
J'en retiendrais presque une impression que l'indétermination d'Arthur, renouvelée ad nauseam, est à l'image de celle d'Astier à faire ce film. Peut-être la déception de ne pas pouvoir développer de livre 7 l'a-t-elle coupé dans son élan ?
Mais surtout : qu'est devenu le maître d'armes ?!!!