Avec Widows, McQueen prend à bras le corps un genre en apparence balisé : le film de braquage. Mais ici, point de virtuosité jubilatoire ni d’héroïsation du crime. Ce que McQueen met en scène, c’est un vol comme dernier recours, une prise d’armes forcée, où le deuil et l’héritage de la violence masculine dictent l'être.
Derrière l’élégance de sa mise en scène, Widows est un film de tensions accumulées, où la criminalité n’est qu’un symptôme. En situant l’action dans un Chicago gangréné par les inégalités, McQueen dévoile une société où l’ascension est une illusion, où la corruption se transmet comme un legs familial, et où les marges n’ont d’autre choix que de se battre pour une place qu’on leur refuse.
Dès son ouverture, Widows superpose deux mondes : l’intimité des foyers et la violence d’un braquage avorté. Dans un montage alterné, McQueen filme les derniers instants de ces hommes avant leur mort soudaine, laissant derrière eux des veuves face à un vide abyssal. Mais ce deuil n’est pas seulement un poids émotionnel, il devient un moteur narratif et politique.
Veronica (Viola Davis), figure centrale du film, se trouve propulsée dans un rôle qu’elle n’a jamais choisi : succéder à son mari (Liam Neeson), chef de gang influent, et régler la dette qu’il laisse derrière lui. Dès lors, le braquage qu’elle orchestre avec Alice (Elizabeth Debicki), Linda (Michelle Rodriguez) et Belle (Cynthia Erivo) n’a rien d’une quête d’émancipation romantisée. Il s’agit d’une nécessité, d’une ultime tentative pour survivre dans un monde qui ne leur a jamais accordé de place.
McQueen inverse ainsi la dynamique habituelle du film de casse : là où le genre met souvent en scène des hommes usant du crime comme moyen de reconquête d’un pouvoir perdu, Widows montre des femmes qui n’ont jamais eu ce pouvoir et qui doivent le prendre par la force, dans une société façonnée par des logiques masculines.
Là où le film de casse repose souvent sur une montée en puissance spectaculaire, McQueen déconstruit cette mécanique. Le braquage de Widows est un moment d’une tension extrême, mais il est filmé avec une sécheresse clinique, loin des envolées stylisées d’un Heat ou d’un Ocean’s Eleven.
Pas de grande scène d’exécution millimétrée, pas de jouissance du geste criminel. Le braquage est un acte laborieux, maladroit, où la peur et l’improvisation prennent le pas sur la maîtrise. C’est un vol qui pèse sur les corps, sur les respirations, sur chaque décision prise dans l’urgence. Un moment où l’on comprend que ces femmes ne deviennent pas des criminelles par choix, mais par obligation.