Le comique Fabrice Eboué nous avait surpris (en bien) il y a quelques années en mettant en scène son premier film « Case départ », comédie sur l’esclavage drôle et intelligente, puis son second « Le crocodile du Botswanga », encore une fois une comédie vraiment marrante et avec du fond. Ces deux films ont été des succès, loin des comédies populaires formatées auquel le paysage cinématographique français nous avait habitués. Mais tous deux ont été réalisés à quatre mains, le premier avec Thomas Ngijol et le second avec Lionel Steketee. « Coexister » est donc la première réalisation solo d’Eboué et honnêtement elle est largement en deça des précédents films de l’humoriste. Pourtant le postulat de départ est excellent et promettait une troisième fois de bonnes tranches de rire avec un sous-texte malin et en phase avec notre époque. En effet, le film voit un producteur tenter de monter un groupe de musique avec un prêtre, un rabbin et un imam pour prôner le vivre ensemble !
Avec un tel sujet, on pouvait espérer beaucoup. Trop peut-être ! En effet, les blagues sur l’aspect religieux et/ou géopolitique du moment, notamment avec les tensions actuelles, sont décevantes. Soit elles tombent à plat, soit elles manquent cruellement de légèreté ou, à la limite, elles sont attendues. Eboué ne nous surprend jamais et sur le fil ténu entre finesse et lourdeur, c’est souvent la seconde option qui prévaut. C’est donc souvent peu surprenant alors que les dialogues, les vannes et les chamailleries entre les trois hommes de religion trouvés pour l’occasion tombent régulièrement à plat et manquent de piquant voire de provocation. D’autant plus que leurs personnages sont mal écrits et dessiné, avec des traits de caractère souvent limités et peu approfondis. Pire, la direction d’acteurs laisse vraiment à désirer, on les sent complètement en roule libre. Pour un contexte sociétal maîtrisé et un message de paix intelligent sur le vivre ensemble il faudra donc repasser, tant celui-ci est martelé maladroitement ou passe carrément à la trappe selon les moments.
« Coexister » s’avère donc parfois même un film paradoxalement triste que l’on suit avec un certain ennui. Qui plus est, Eboué ne soigne absolument pas sa mise en scène qui, on ne se retiendra pas de le dire, est à la limite du laid. Alors si on sourit parfois grâce à quelques bonnes répliques et un sens du rythme non négligeable, on rit en revanche très rarement. Le début est assez laborieux et le film n’arrive que rarement à remonter la barre. Si le ridicule n’est pas atteint, il frôle de l’être à de nombreuses reprises et on se désole de voir un si bon sujet bradé à ce point avec un humour très lourd et peu fouillé. On en vient à se demander ce qu’un Chatilliez de la bonne époque ou même une Valérie Lemercier aurait fait d’un tel synopsis. C’est paresseux et décevant après tous les espoirs placés en cet auteur et humoriste doué. Maintenant dans les comédies françaises il y a bien pire et on ne peut lui enlever d’avoir essayé de rire d’un sujet loin d’être facile !