« Même une bouteille de ketchup a un nom », Zain n’en a pas, pas officiellement, pas d’existence, pas déclaré à la naissance. A quoi bon diront ses parents d’un air las, à quoi ça servirait ?
On sort de Capharnaüm le ventre noué, un nœud semblable à celui qui se terre dans l’estomac de Zain, ce môme dont on ne sait pas vraiment l’âge et qui n’a rien mangé depuis deux jours. Le ventre noué et la tête qui tourne. A force de tourner avec les images de Nadine Labaki autour du gosse des rues de Beyrouth dont Capharnaüm raconte l’histoire.
On est d’abord surpris. Ce film tranche nettement avec les précédents films de Labaki. Pas de poésie, d’histoire d’amour ou de drôlerie. Fini les personnages féminins qui crèvent l’écran, les montagnes du Liban ou la ville comme dans un conte. L’histoire compte peu et le réalisme brut de la vie des enfants des rues saute à la gorge.
Les images sont fortes, parce qu’elles documentent d’abord une réalité terrible et sans pitié, un univers d’enfants où plus aucune trace de l’enfance ne subsiste, sauf par moments, par la grâce d’une fête foraine décatie ou d’un personnage lugubre en costume de super-héros.
On voit bien la tentation de la réalisatrice, celle de dire, de dénoncer, de vouloir que les choses changent. Dire les enfants livrés à la rue, mais aussi les trafics, les enfants qui se vendent et s’achètent, les migrants, les réfugiés Syriens, l’absence des parents, la violence au quotidien, le mariage précoce pour se débarrasser d’un fardeau, la prison, l’injustice. Et puis surtout cette bizarrerie culturelle : pourquoi avoir des enfants lorsqu’on n’a pas les moyens de les élever ?
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