Le Salaire de la Peur
Note moyenne
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213 critiques spectateurs

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JimBo Lebowski

447 abonnés 1 080 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 18 mars 2014
Un très grand film de Henri-Georges Clouzot, sorte de road movie au suspense insoutenable où quatre hommes acceptent au péril de leur vie de transporter par camion un stock de nitroglycérine sur 500 kilomètres de routes ensablés et tortueuses au Guatémala. La réalisation de Clouzot est impressionnante, le montage est qualibré au millième de seconde près, l'immersion est parfaite, mon seul petit regret serait peut être l'absence de musique sur certaines scènes. Niveau interprétation, Yves Montand est juste incroyable de charisme, celle de Charles Vanel est également à signaler. La dernière demi-heure nous tient aux tripes, on ne respire plus face aux craquelures des planches de bois soutenant les roues du camion, à noter l'excellente scène de la marre de pétrole, et le final est absolument superbe. Un grand classique de film de suspense.
Ricco92
Ricco92

284 abonnés 2 330 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 30 août 2015
Grand classique du suspense français et Grand prix (l’ancêtre de la Palme d’or) du Festival de Cannes 1953, Le Salaire de la peut est un film que l’on pourrait diviser en deux parties.
En effet, la première heure est essentiellement une exposition des personnages et de la situation et le reste du film le suspense que l’on vient réellement chercher. Ces deux parties peuvent être effectivement jugées différemment. En effet, la première partie, très critique et essentiellement tournée en espagnol, peut paraitre un peu trop longue : on aurait pu comprendre le fond que voulait visiblement donner Clouzot à son œuvre sans que cela dure aussi longtemps et que ces séquences soient aussi dialoguées. De même, le personnage de Linda interprété par Vera Clouzot aurait pu être supprimé sans que cela nuise au film.
Mais la seconde partie est juste un sommet du suspense. Clouzot arrive à créer l’angoisse à la fois par les épreuves que rencontrent les personnages mais aussi par les comportements de ces derniers. Malgré un jeu que l’on peut juger un peu trop théâtral aujourd’hui, le quatuor formé par Yves Montand, Charles Vanel, Folco Lulli et Peter van Eyck constituent des personnages attachants malgré leurs défauts pouvant entrainer leur mort. Cette seconde partie nous fait dès lors pardonner la première un peu trop longue.
Malgré ses défauts, Le Salaire de la peur reste donc un moment important du cinéma de suspense réalisé par un cinéaste dont le film suivant (Les Diaboliques) sera un autre monument du genre.
Grouchy
Grouchy

140 abonnés 1 033 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 10 avril 2014
Comment tenir le public en haleine avec un film où deux camions roulent à 10 km/heure, en plein désert. Clouzot a parfaitement réussi son pari, celui de se détourner du suspens classique, comme Hitchcock le fera plus tard dans la Mort aux Trousses. Le film est long, mais quand l'histoire est bien écrite et l'évolution du scénario travaillée, le tour est joué. Les personnages partent du village avec un caractère précis pour en retrouver un autre à la fin du voyage : Montand est fougueux et trop sûr de lui, Vanel est frimeur, l'italien et le blond sont en second plan et sont sages comparés aux deux protagonistes. C'est pendant ce voyage que ces personnages changeront de veste : Vanel ne pourra pas affronter le vrai danger et Montand sera prêt à être indifférent lorsque ses camarades se retrouvent en difficulté. Ils seront quasiment "défigurés" lors de la traversée de la mare de pétrole. La tâche accomplie, Montand se croit débarassé de la peur et de la contrainte d'aller trop vite, sauf qu'il n'a pas vraiment appris la leçon, et que son caractère inné lui causera sa perte. Il y a une certaine morale dans le film de Clouzot quant au comportement humain aux situations difficiles, ainsi que les relations envers les autres. Sans vraiment de mise en scène visuelle particulière, le cinéaste parvient à faire exploser toute la tension autour de deux camions à vitesse de tortues, pour ne pas se faire exploser par la nitroglycérine, dans un univers isolé et vide, donnant au final un grand exemple du suspens français comme il en existait rarement.
Tendax_montpel
Tendax_montpel

42 abonnés 631 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 3 janvier 2012
Après une longue mise en route qui fixe le décor initial des différents protagonistes, le film démarre enfin. La route, jalonnée d'obstacles en tous genre, est initiatique : pour aller au-delà du désœuvrement symbolisé par le début du film, les hommes doivent prendre des risques. Clouzot signe une réalisation très précise, fouillée, mais qui manque parfois de dynamisme. Dommage car comme souvent son histoire colle bien à l'ambiance de son temps et de son environnement.
Redzing

1 450 abonnés 4 912 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 24 juillet 2011
Des aventuriers prêts à tout pour quitter une localité minable du Venezuela sont chargés de transporter par camion un gros stock de nitroglycérine. "Le Salaire de la peur" démarre très lentement pour nous mettre dans l'ambiance et présenter ses personnages, mais ce n'est que pour mieux partir une fois les camions en route. Malgré son âge, le film propose un suspens terriblement efficace, avec des péripéties inventives des scènes choc. On reste ainsi scotchés devant la dernière heure, la mise en scène de Clouzot et la photographie étant impeccables. Avec, en prime, les prestations excellentes de Montand et Vanel. "Le Salaire de la peur" est donc un classique doublé de l'une des rares réussites dans le genre pour le cinéma français.
Nicothrash

464 abonnés 3 291 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 26 novembre 2015
S'attaquer à un monstre dans le genre de celui-ci n'est jamais évident et pourtant plus de 60 ans après sa sortie, ce film continue d'absorber son spectateur et de le mettre face à une tension étonnante d'intensité et reste un objet assez unique dans son genre, d'autant plus à l'époque. Pour accéder à ce monument de suspens, il faut tout de même supporter une très longue introduction finalement assez peu inspirée et peu inspirante, appuyée pour ma part par une version non sous-titrée qui rend difficile la compréhension des enjeux et la situation floue des personnages. Par contre une fois cette heure passée, on ne voit plus le reste du métrage défiler, c'est très prenant et bourré de rebondissements, le tout servi par des acteurs convaincants et au top de leur forme dans des personnages hauts en couleur. Bien évidemment les dialogues ne sont plus d'actualité mais il serait ridicule de taxer cette oeuvre de vieillissante vue l'époque à laquelle elle a été tournée et la petite révolution cinématographique qu'elle a été. Clairement j'ai aimé mais je reste mesuré dans l'ensemble car j'avoue avoir été quelque peu déçu après avoir lu tant d'éloges à l'égard de ce classique de Clouzot et notamment par une fin que j'ai trouvé bête. J'espère le revoir plus tard sous une meilleure forme et enfin l'apprécier à sa juste valeur, en attendant il me reste le remake du grand Friedkin à découvrir ...
TUTUR29
TUTUR29

46 abonnés 1 336 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 avril 2024
Je découvre Le Salaire de la peur et même si j’avais déjà vu Le Corbeau et L’assassin habité au 21, Le Salaire de la peur est pour l’instant mon film préféré d’Henri Georges Clouzot ! Le seul point noir est que l’introduction du film est à mon sens beaucoup trop longue mais sinon, le film est la définition du suspens et de la tension, avec une approche très réaliste Clouzot arrive à installer une ambiance pesante qui transforme le moindre ponton ou flaque de pétrole en véritable ennemi. Si on ajoute à ça un personnage de Mario malveillant qui habite tout le long métrage avec des acteurs au top et un destin logique pour chacun d’entre eux, on se retrouve face à un film super prenant et divertissant. A noter que la mise en scène de Clouzot est vraiment excellente et n’a pas pris une ride !
stebbins

563 abonnés 1 747 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 24 mai 2009
Destins croisés sous le soleil du Mexique... A une époque où le cinéma français ressemblait la plupart du temps à du théâtre filmé, Henri-Georges Clouzot redonnait ses lettres de noblesse à la notion de mise en scène. Le Salaire de la Peur est effectivement un film de pur cinéma : après une introduction digne d'Orson Welles ( jeux d'ombres et de lumières somptueux, cadrages inspirés, présentation méthodique des personnages...), Clouzot entraîne son spectateur dans une atmosphère aride, presque calcinée. On assiste au quotidien de quatre aventuriers que rien ne prédisposait à se rencontrer : un baroudeur avide d'argent ( sublime Yves Montant ), un italien débonnaire, un allemand méticuleux ainsi qu'un caïd moins téméraire qu'il n'y paraît ( extraordinaire Charles Vanel, qui n'a pas volé son prix cannois en 1953 ) vont donc devoir faire équipe le temps d'un voyage périlleux. Le film de Clouzot témoigne dans sa deuxième partie de véritables enjeux dramatiques dont il serait dommage de se priver. En ce sens, la séquence de l'explosion est un formidable morceau de bravoure, tout comme celle du bain de pétrole. Bref, Le Salaire de la Peur mérite amplement sa Palme. Un classique à ne pas manquer. Superbe !
Uchroniqueur
Uchroniqueur

220 abonnés 2 578 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 octobre 2015
Le plaisir de revoir un Clouzot. Le plaisir de revoir un bon vieux noir et blanc des années 50 où il faut passer sur les stéréotypes viriles et misogyne, la belle Vera Clouzot n'est bonne qu'a faire le ménage. Un film sans romance sentimentale parasite qui permet de profiter pleinement de l'aspect aventure.
Le plaisir d'un cinéma de qualité. Qualité de la réalisation et qualité des dialogues. Un Charles Vanel magistral, époque où la compétence de chaque corps de métier est visible, du générique au mot "fin" tout est fait avec art et maîtrise. De l'artisanat mais jamais d'amateurisme.
Un film d'aventure long avec une introduction qui met dans l'ambiance et qui va permettre de développer les personnages, notamment celui de Charles Vanel, coq de basse-cour dans le civil ou Yves Montant voyou paumé, cette aventure les révélera. Clouzot dialoguiste est parfois proche d'Audiard spoiler: "t'as pas compris que t'étais pas payé pour conduire mais pour avoir peur ! C'est ça la division du travail, on est deux, toi tu conduis et moi j'ai peur".
blacktide
blacktide

79 abonnés 795 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 14 décembre 2017
Une question de vie ou de mort

Comment devient-on cinéphile ? Comment cultiver cette passion pour ne jamais en perdre le goût ? Autant de réponses à l’objectivité hasardeuse que d’individus tombés dans la marmite pour des raisons aussi diverses que passionnantes. Une marmite où les influences mijotent au milieu des expériences personnelles. Le résultat : des œuvres collées à notre peau qui perdurent dans la mémoire comme ces premières fois qui ne s’oublient pas. Pour certains d’entre nous, Henri-Georges Clouzot y est pour beaucoup. Ses œuvres, souvent imprévisibles, jamais conventionnelles, mêlant maîtrise formelle, perversité atmosphérique et ambition populaire, ont toujours su ménager le public tout en maintenant un certain standing de mise en scène. Et au croisement de ses quêtes de perfection et de son âme torturée, Clouzot signe avec Le Salaire de la Peur un tatouage indélébile dont la noirceur morale n’a d’égale que sa nostalgique beauté.

Beaucoup d’entre nous l’ont découvert, un soir, devant la télévision, un peu par hasard, sans même avoir la moindre idée de la portée émotionnelle que ce film allait provoquer chez eux: d’intenses moments où les poils s’hérissent, les mains se crispent et où la fascination se mêle à l’agitation. Une œuvre qui se ressent donc à chaque instant, au plus profond de sa chair, et appuyée par cette peur suintante que ne dément aucune séquence. Toucher au-delà du physique au moral et à la psychologie en somme : un film doublement efficace donc. Le suspense lui se veut interminable ; une heure et demie où les nerfs craquent, où la tension ruissèle à même la peau, une heure et demie où le spectateur est mis à rude épreuve. Car le film se veut une lente et longue traversée de la souffrance, comme un bras de fer avec un masochisme moral, où tout le monde y perdrait une part d’humanité.

Créer au final une interrogation autour du néant existentiel, de la mort qui nous poursuit, de cette vie en sursis, constamment en équilibre instable entre cette ouverture « tranche de vie » et ces instants de déflagration, entre l’instant présent et le danger à venir. Un leitmotiv obsessif de la mort conduisant tout compte fait à lancer un cinéma sous tension. Car, de ce fatalisme oppressant, l’exposition n’en devient que plus diabolique. Des cafards, la misère, la pluie, la fatigue caniculaire, la faim… Las Pierdas, un lieu qui n’existerait seulement qu’en tant que métaphore d’un monde qui se délite, un purgatoire où les hommes échouent lorsque la société a décidé de les ranger dans la catégorie indésirable. Des gens d’avant, de là-bas, perdus dans leur propre mort, là où le paradis aérien se veut inaccessible et l’enfer du feu pétrolier à portée de main : un ticket de métro, inutilisable, seul rattachement à la société pour Montand. Des Hommes qui continueraient donc de mourir une seconde fois.

Et dans cette exposition à la frontière du documentaire, Clouzot semble vouloir nourrir la fiction de cette dimension sociale, une sorte de synthèse de la misère de ces pays latins américains, là où les violents contrastes sociaux s’écorchent face à l’emprise capitaliste (les Etats-Unis censureront d’ailleurs toute la première partie du film). Tout un film de dominations, où l’argent écrase l’humain, où le riche prospère dans la misère du pauvre, et où l’apparente solidarité se désagrège face à l’individualisme. Dans cette avidité déshumanisante, Le Trésor de la Sierra Madre n’est jamais loin. Même la Femme en est réduite à son animalité : « C’est son jour de sortie » annonce Yves Montand, comme pour appuyer ces (contre)-plongées souveraines où Vera Clouzot nettoie le sol, à quatre pattes, acculée à la servilité, et à l’objet d’attraction sexuelle. Presque une sorte d’enfer masculin où sous les amitiés sadomasos règne une véritable homosexualité latente, là où la seule femme, n’est qu’une insaisissable beauté rongée par la folie : Mario et son débardeur, des corps luisants de sueur, érodés par la douleur, plongés dans une mare de pétrole, non sans rappeler une certaine scène du bain dans Spartacus, la brutalité en plus.

D’autant plus qu’à ce pessimisme apparent quant à la nature humaine, Clouzot transforme son film d’aventures en véritable cinéma politique, brut, boueux, où le Mal capitaliste se diffuse progressivement dans la folie de ses personnages. Comme pour témoigner d’une réalité qui les éclabousserait jusqu’à ce que l’espoir d’évasion meure dans un dernier soupir : « La palissade. Qu'est-ce qu'il y avait derrière ? –Rien ». Toute l’exposition, dans son insolente longueur, ne contribue que mieux à renforcer cette déshumanisation : une construction perturbante à première vue, mais d’une incroyable subtilité. Car la première partie est celle des apparences, des lisses surfaces, des beaux parleurs et des solidaires espoirs ; avant que la seconde égratigne le tout en révélant la vraie nature de l’Homme, mise à nue par la Peur inversant les rapports de forces.

Une Peur qui se puise dans cette soif d’absolu, là où le dollar est la première cause de mort. Deux camions, quatre hommes, des jerricanes de nitroglycérine, et la mort dans chaque seconde. Tout tend à l’oppression alors même que le ressenti se devrait être presque anti-claustrophobique. Et pourtant là est tout le paradoxe, dans ces extérieurs en fuite, de grands espaces confinant l’Homme au néant, à l’hostilité même du décor, jusqu’à ce que le risque devienne partie intégrante de celui-ci : là réside tout le talent de Clouzot, à savoir de façonner chaque avancée en une infernale épreuve, une question de vie ou de mort, aussi bien pour ses personnages que pour les spectateurs. Ainsi, la lâcheté de Jo est nôtre, comme au final notre compromission dans l’inévitable passivité face au destin des personnages. Un destin qui nous tourmente, qui nous écartèle au milieu de cette Nature Morte, poisseuse, et rocailleuse ; à l’image de cette scène de « manœuvre sur pont instable » ou du « rocher détonant », du sensationnel spectacle s’approchant d’une véritable torture mentale.

Plus encore, toute la tension, tous les frémissements de l’œuvre pourraient se condenser en une seule scène, d’amour-haine, où Montand et Vanel doivent traverser une mare de pétrole : le sadisme à son paroxysme, pour un symbolisme des plus évocateurs. Une sorte d’arrêt brut dans la course effrénée, où tout se noie dans le nihilisme. Continuer à avancer pour la couleur noire de l’argent en dépit des amitiés, qui se brisent comme une jambe sous une roue de semi-remorque. La scène se veut lente, interminable, et profondément mémorable, avant que la réconciliation n’aboutisse à une forme de résignation. Il est trop tard, car survivre à la mort peut en être la porte d’entrée. Tout comme ce final de zigzags émotionnels, où la joie de la survie et la valse en montage Cut animent le Beau Danube Bleu d’une chute quasi libératrice. Et dans ce climat où tout semble pouvoir exploser au moindre choc, on pourrait y voir une métaphore même de la création de Clouzot, à l’image de ce projet avorté sur le Brésil : une sorte de voyage intérieur du réalisateur et du cheminement de son film ; chercher une perfection dans l’aboutissement de l’échec en somme. Clouzot face à la confession du miroir, vulnérable sous son apparente brutalité.

A mi-chemin entre la poésie et les ténèbres, il y a pourtant dans Le Salaire de la Peur quelque chose d’infiniment beau qui ne s’apprécie qu’avec une certaine nostalgie : cette texture, ce grain, ces plans lumineusement contrasté, etc. Et pour reprendre les mots si justes d’Henri Magnan: « s’il est vrai qu’un bon sonnet vaut mieux qu’un méchant long poème, je ne crains pas de dire que le long poème de Clouzot est préférable à un bon sonnet ». Car son Salaire de la Peur est d’une poésie brute, la plus noire, et la plus pourpre d’entre toutes. Une sorte de carte postale que n’aurait pas reniée Camus, là où tout converge vers l’échappée d’un « condamné à mort ». Un peu comme du Céline aussi, au fond froid, pessimiste, épique, mais au cœur rayonnant de beauté. D’autant plus que l’écriture de Georges Arnaud est quant à elle profondément cinématographique, faite de ces moments bruts, secs, et ambigus.

De quoi attirer l’œil nerveux de Clouzot où la caméra saisirait les mouvements des plus Grands pour les condenser dans une spectaculaire singularité, là où évoluent des ombres sans couleur, pour un film de textures, de moiteur. Car la caméra a son mot à dire, de façon à ce que les dialogues s’attachent à ne jamais alourdir l’esprit des Images. Des images dont l’influence germanique se fait ressentir ne serait-ce que sur la précision du cadrage et l’utilisation du clair obscur. De l’art véritablement plastique en définitive. Saluons aussi le magnifique travail des opérateurs qui ont su faire de la Camargue une vision encore plus moite, plus caniculaire que le Brésil lui-même. Et à cette Obsession des Images, Clouzot se veut porter en germe un style « à l’américaine » qui permet au Salaire de la Peur de s’insérer au niveau international.

Puisque qu’il serait important de nous rappeler que tous les chemins mènent au Salaire de la Peur. Une œuvre à la portée aussi intense qu’un Voyage au bout de l’enfer. Friedkin en colorisera d’ailleurs la noirceur dans son magnifique et puissant Sorcerer, tout en y amplifiant les ambitions ne serait-ce qu’à travers son intense séquence du pont sur fond de tempête tropicale. Et l’on oublie bien souvent que John McClane a tout de la réinvention/ américanisation du personnage d’Yves Montand : de la sueur imprégnant son débardeur à la charismatique détermination, seul change l’objectif : la pureté de l’amour contre l’aliénation du dollar.

Retenir son souffle, se pétrifier de magnétisme et se noyer dans sa propre sueur. Autant dire que Le Salaire de la Peur ménage positivement son public, non seulement dans la tension mais aussi dans la poésie et l’attachement. Un film à l’image de son réalisateur, un cinéaste dont la quête de perfection et de cinéma n’a jamais cessé d’alimenter sa légende de maniaque obsessif, cruel et mystérieux. Son œuvre transpire la virtuosité et le désespoir. Et une fois qu’on a goûté à cette fatalité noire, plus rien ne pourra nous dévier du chef d’œuvre à sillonner. Car contempler Le Salaire de la Peur, c’est un peu être au volant de sa propre cinéphilie, variant au fil des virages et des butées, entre obstacles et grandeur d’une œuvre à l’aura éternelle. Comme si tous ces instants de grâce étaient voués à exploser à un moment ou à un autre du voyage. Un voyage sans retour, puisque comme tout cinéphile le sait, le Cinéma est une maladie sans remède, un enchantement sans issue. Ne reste qu’à admirer à jamais ce gigantesque moment de cinéma, où Clouzot se rêve déjà à réaliser son Enfer. Finalement, encore et toujours l’histoire d’un monde qui en serait réduit à un No Man’s Land…

Noir comme le mazout, explosif comme de la nitro
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 5 avril 2008
Ce film m'a assez déçu ... un peu saoulant ... il ne m'a pas fait d'effet personellement ...
camray54
camray54

39 abonnés 1 010 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 29 octobre 2010
Un chef d'oeuvre d'Henri-Georges Clouzot. Un course "à la peur" vraiment diabolique et palpitante. On en vibre encore.
cylon86

2 834 abonnés 4 430 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 25 février 2015
L'idée est aussi simple que géniale : quatre hommes acceptent de convoyer deux camions remplis de nitroglycérine sur les routes défoncées d'Amérique du Sud. A la clé, une récompense qui leur permettrait de quitter le village où ils ont tous atterris, plus ou moins par choix. Mais à tout instant, au moindre soubresaut, tout peut sauter... A partir de là, Clouzot construit un habile suspense. Mais avant que les personnages n'aillent sur la route, il prend également le temps de nous les présenter. S'ils se sont retrouvés dans ce village perdu au fin fond de l'Amérique du Sud, ce n'est pas pour rien. Ce sont tous des salauds, des types sans foi ni loi et ambigus. Chacun va d'ailleurs se révéler au cours du trajet éprouvant qu'ils font, en particulier Jo, gros dur à cuire qui a rapidement la trouille. Et on ne peut pas vraiment lui en vouloir, la trouille on l'a aussi. Pendant une heure et demie (la première heure servant à dévoiler la psychologie des personnages), le scénario s'évertue à confronter les conducteurs à des dangers qu'ils doivent surmonter. Si le film fonctionne encore aujourd'hui, c'est notamment grâce à la double tension qu'il dégage (celle de la route contre les personnages et celle psychologique entre ces personnages), au jeu impeccable de ses acteurs (Yves Montand et Charles Vanel en tête) ainsi qu'à la mise en scène très moderne de son réalisateur qui fait entrer son film dans la cour des plus grands, ceux des classiques indémodables.
Philippe C
Philippe C

126 abonnés 1 186 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 25 octobre 2022
quand un film traverse ainsi près de 60 ans sans (presque) prendre une ride, quand le suspens est traité de façon magistrale et rarement égalée depuis, quand les aspects humains et sociaux sont traités avec maestria, quand les acteurs sont à ce point bons, voire excellents, quand on revoit le film tous les 10 ans avec autant de plaisir, alors, sans nul doute il s'agit d'une très grand classique du 7ème art, un véritable monument cinématographique
orlandolove
orlandolove

169 abonnés 1 731 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 26 juillet 2010
Un grand classique français. Une partie introductive assez longue mais pas desagreable qui permet de s'adapter aux personnages, carricaturaux mais attachants (de très bons acteurs). Puis on rentre dans le coeur du film, le transport de la nitro par camions et le suspense nous tient jusqu'au bout en haleine, avec comme plus belle peripetie une manoeuvre dans un virage de route de montagne. La derniere scene est plutôt innatendue mais tout à fait appropriée. Sympa !
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