Depuis Interstellar, Christopher Nolan verse décidément dans le métaphysique, mais sans le génie qui caractérisait ses précédents films. Avec Memento, Le Prestige ou Inception, l’auteur-réalisateur avait prouvé son talent pour les scénarios cérébraux, jouant avec les paradoxes et les faux-semblants. De véritables casse-têtes qu’il faut revoir plusieurs fois pour comprendre, et des expériences jouissives pour les spectateurs manipulés de bout en bout ! La production a fait beaucoup de mystère autour de Tenet, pour ne pas en révéler la trame. Ou bien était-ce pour ne pas se griller en dévoilant le vide du scénario, derrière son apparence complexe ? L’idée du renversement temporel est certes intéressante, mais le postulat du film est si absurde que le concept apparaît finalement assez fumeux (pas besoin d’avoir fait de hautes études en sciences pour comprendre que détruire le passé compromet le présent !). On est face à un de ces paradoxes type Terminator qui sont un peu le MacGuffin (prétexte au développement d'un scénario) permettant de proposer pendant deux heures des scènes d’actions spectaculaires. Celles-ci sont certes très réussies, Nolan n’est pas un manche en la matière. Les deux meilleures sont celles de la course-poursuite en voitures inversée/pas inversée et la deuxième confrontation entre le héros et
son double du passé, lorsqu’on comprend qu’il s’est battu contre lui-même
. Bizarrement, j’avais trouvé leur premier combat trop chorégraphié, mais la deuxième m’a semblé plus fluide. Mais tout ça ne compense pas le manque de développement des personnages. Tenet échoue là où les films précédemment cités réussissaient : au-delà de l’aspect puzzle malin du scénario, les personnages avaient un enjeu personnel qui justifiait leurs actions et leur engagement. Dans Memento, Leonard cherche à venger la mort de sa femme ; dans Inception, Cobb est motivé par l’espoir de retrouver ses enfants ; dans Le Prestige, c’est la rivalité consommée entre les deux protagonistes qui fait l’enjeu du film. Dans Tenet, les personnages sont malheureusement des archétypes. S’il est appréciable de voir un personnage principal dont la couleur de peau n’est pas une problématique du film ni ne relève de l’obligation de représenter la diversité (ce qui est souvent le cas des seconds rôles et ce n'est pas toujours amené finement, il faut le reconnaître), il est franchement dommage en revanche de ne rien savoir sur lui. Il ne fait que traverser l’histoire avec des intentions louables (sauver le monde), mais il est difficile de s’identifier à lui faute de connaître ce qui l’anime. Même chose pour Neil (Robert Pattinson, qui se bonifie avec l’âge), personnage qui pourtant aurait pu faire l’objet d’un développement intéressant : puisqu’il se révèle être
la personne envoyée par le protagoniste dans le futur pour l’assister dans le passé (c’est le Kyle Reese de l’histoire !)
, l’idée qu’il soit
le fils de Katherine et Sator, désireux de rattraper les erreurs de son père et de venger sa mère maltraitée
était séduisante (encore faudrait-il expliquer comment il aurait pu
remonter le temps à rebours pendant plusieurs années
). Mais Nolan ne semble pas s’être préoccupé de cette piste, ni d’expliciter quoi que ce soit dans les détails (il y a pas mal de « ta g..... c’est magique »). Sator, quant à lui, malgré la présence de l’acteur confirmé qu’est Kenneth Branagh, est un personnage de méchant caricatural. En fin de compte, le seul personnage doté d’un tant soit peu d’humanité est Katherine (dont la première apparition m’a tout de suite évoqué la femme mystérieuse type des films d’Hitchcock : grande, blonde, portant un tailleur et un chignon impeccables). Mais en soit le personnage n’a pas grand-chose d’original. Bref, ce film, c’est beaucoup de bruit pour rien.