Si vous savez qui est Maximilien, vous êtes un génie et cette critique ne vous apprendra rien. Pour les autres, rdv dans quelques lignes pour des explications.
OUAHHH, Nolan t’es vraiment trop fort. T’es tellement balèze que j’ai rien compris à ton dernier film ! Du coup j’hésite, dois-je me résoudre à l’admiration béate de ton œuvre trop subtile pour mon cerveau rachitique ou bien assumer ma bêtise et me plaindre que tu ais conçu à dessein (j’y reviendrai), une œuvre incompréhensible pour le commun des mortels ?
Je me souviens pourtant du temps où je découvrais avec plaisir tes divertissements intellectuellement mobilisant. L’idée de base d’Inception est géniale et la concentration nécessaire à son suivi est gratifiante car le film ne vaut pas que pour son concept (contrairement à Tenet). De la même façon, en plus d’une belle histoire j’ai la sensation d’avoir appris ou au moins abordé des concepts scientifiques qui me titillent (relation masse/temps) en regardant Interstellar. Pendant ces films j’avoue avoir été longtemps désorienté, étourdis, perdu parfois. J’aime bien cet état. Je le retrouve sous une forme différente chez Lanthimos dans Lobster & Killing of a Sacred deer. Mais Tenet est d’un autre niveau, et encore j’avais la chance de pouvoir pauser et échanger avec ma femme sur ce qui défilait à 2000 à l’heure devant nous. Rien n'y fit, au bout de deux heures trente, le constat est cruel. Non seulement j’ai perdu mon temps à essayer de comprendre mais en plus cela n’a pas suffit. D’où mon interrogation, comment Warner a pu valider un tel montage ? La réponse ne peut être que cynique avec ces gens. Tenet est incompréhensible… à dessein. Pourquoi ? Pour que le spectateur étourdit par le discours abscons, dépaysé par des visites aux quatre coins du monde, saturé par les plans de quelques secondes, étourdis par les bastons, enivré par le crash du 767 y revienne avec ses 8€ supplémentaire. C’est malin... et odieux. L’autre atout de cette complexité c’est l’effet prestige social que l’on imagine chez certains spectateurs. « Moi j’ai trouvé ça génial, peut-être exigeant mais c’est tellement brillant, ca change des film de super-heros » (le regard condescendant est en bonus). C’est tellement cool d’affirmer à son voisin aimer ce qui est complexe. Sauf qu'à moins d'investir 30min supplémentaire sur le net il est juste impossible de tout saisir. Par exemple : Mass spoiler Avez vous compris que Neil (Pattinson) est en fait : Max...imillien le fils de kat ? C'est pourtant évident lisez à l'envers son nom. Avez vous noté que la pilule CIA avec laquelle Sator voulait se suicider ne l'aurait pas tué ? mais endormi afin de gagner du temps. Avez vous noté que le protagonist inversé ne se bat pas contre lui-même mais fait exprès de décharger son chargeur dans la vitre ? Avez vous lu tenet dans les deux sens et compris qu'il s'agit de deux "ten" qui se répondent : comme l'équipe bleu et rouge lors de la scène finale qui elle-même dure... 10min ? Savez vous ce qu'est le SATOR Square et comment il explique pourquoi Tenet s'ouvre sur une scène d'OPERA et donne son nom au faussaire AREPO et à l'organisation ROTAS qui gère le free port ? Avez vous noté qu'au moins 6 Neils (d'âge différent) coexistent dans la même timeline ? Avez vous noté qu'il sauve notre héros à la fin mais, film palindrome oblige, également à l'Opéra ? Si vous voulez une première explication regarder la video de New Rockstars sur Youtube, elle est bien foutue. Le problème c'est qu'en plus d’être hyper complexe, le scénario a des incohérences ! Rien ne justifie que le protagoniste du futur prévoit de se faire arracher des dents dans un test qu'il s'auto-inflige ! De plus, quelle valeur donner à un test où le courage est de mourir sans souffrance plutôt que de continuer à être torturé avant d’être tué de toute façon ? Ce qui me gêne également dans Tenet c'est la théorie du voyage dans le temps choisi : la "chronologie dynamique". C'est la même que dans Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, (même si elle est plus poussée qu'habituellement puisqu'on ne saute pas dans le passée mais on y remonte progressivement) : elle enlève toute possibilité de libre arbitre. Comme il n'existe pas de multi-univers (comme dans Star Trek ou Rick & Morty), l'irruption dans le passé ne peut changer le présent. En d'autres termes peu importe les actions des personnages, les événements se seraient de toute façon déroulés. Vous noterez que je soigne mes références avant de vous souvenir de la dernière réponse de Neil au Protagonist qui lui demande de ne pas se suicider : "what's happened, happened".
Au final, j’aime bien qu’on s’adresse à mon cerveau, qu’on me sollicite (à condition qu’on me récompense de mes efforts ce qui n’est pas le cas ici), mais le but du cinéma c’est d’abord de ressentir des choses. C’est le deuxième problème de Tenet, son concept phagocyte complètement le récit.
Non seulement je ne comprends rien mais en plus je ne ressens rien. Les personnages sont complètement désincarnés : le protagoniste n’a pas de nom, on ne sait rien de Priya, ni de Niel et Katherine est réduit à un trait de personnalité qui raviront les féministes : son rôle de mère. Rajoutons à cela qu'elle fait 1,90 pour 66kg soit une pub vivante pour l'anorexie et vous comprendrez que chez Nolan la modernité est dans le scenario plus que dans la vision des femmes. Donc on ne s'attache pas aux personnages. Ce qui n'a rien d’étonnant car leurs dialogues sont purement scientifiques, ils ne se dévoilent pas, n’interagissent pas, ils sont trop occupés à nous expliquer le concept du film pendant deux heures. Je reviens à Lanthemos, chez lui je ne comprends pas tout mais je vois une certaine vérité du réel. Une société ritualisée, marchande poussée jusqu’à l’absurde. Mais Tenet est un blockbuster et il est normal qu’on apprenne rien sur le monde, ce n'est pas son but. Sauf que Nolan ne serait pas Nolan s’il ne prétendait pas savoir tout faire. Alors il tape sans grande originalité sur les riches (oui le yacht est indécent) et met en toile de fond la crise écologique. Mais c'est faible et même le thème des "free ports" authentiquement intéressant est mal traité tant la partie sécurité est incohérente (les portes qui passent en mode "Reset factory" lors d'un incendie feront rire n’importe quel auditeur IT).
Donc en résumé pas de vulgarisation scientifique, pas de développement d’affect avec les personnages, pas de réel. Que nous reste-t-il ? Du divertissement, de l’action ? Hé bien non. Là non plus cela ne marche pas : la dérouillée du restaurant en mode 007 Daniel Craig à la limite, le duel protagoniste contre lui-même qui fonctionne à moitié, mais pour le reste : la course poursuite en voiture est illisible, les explosions/snoisolpxe, les destructions/reconstructions d’immeuble et l’assaut final (parce qu’il en faut toujours un) ont zéro impact.
Au final Tenet est une proposition ambitieuse mais sans émotion qui n'a rien d'autre à raconter que son concept qu'on ne peut pleinement comprendre qu'avec l'aide d'un manuel Internet, est-ce suffisant ?