Montélimar, 22 septembre 2007. Chad Chenouga est content ; il va pouvoir mettre sur Facebook son actualité du jour : un selfie avec le public de la salle de cinéma les templiers, venu voir son film. C'est le jeu de mots du titre qui lui plaît bien : Chenouga de Montélimar.
Son film, c'est son histoire lorsqu'il était un ado, placé en foyer. D'abord écrite pour le théâtre, elle est désormais visible sur grand écran. Comme Truffaut, il a trouvé son double : Khaled Alouach, un beau gosse qui cloisonne ses deux vies en jouant au caméléon. Il a sa vie au lycée d'un beau quartier parisien. Et son autre vie au foyer, qu'il intègre au décès de sa mère. Des potes et des amoureuses des deux côtés, qui n'ont ni le même look, ni le même comportement, ni les mêmes centres d'intérêt. Des adultes bienveillants, auxquels il s'affronte pourtant violemment, avant de laisser émerger, percevoir sa part sensible.
Au centre d'accueil, la vie n'est pas un long fleuve tranquille, loin de là. Mais, de situation d'affrontement en gestes de soutien ou de solidarité, de révision en binôme en tentatives plus ou moins réussies de faire le mur, on perçoit de petites avancées. Des embellies dans un ciel orageux. Comme chante Souchon, "on avance on avance, de toute manière on n'a pas assez d'essence pour faire le chemin dans l'autre sens". Nassim finit par trouver son point d'ancrage, à puiser au plus profond de lui sa ressource essentielle. Et nous, en tant que spectateurs , nous mesurons les complications supplémentaires qu'il y a à se construire quand la vie, houleuse, bouscule et déstabilise à ce point. Nous aimerions, comme Yolande Moreau, la directrice du centre, serrer Nassim dans nos bras. Malgré les difficultés qu'il vit et qu'il vivra encore, en assistant aux fondations de sa vie d'adulte, nous sommes confiants. À le regarder grandir, nous croyons en lui, de toutes nos forces.