Oui, le cadre est magnifique, les acteurs sont bons, mais le film tourne en rond, et la vision qu'il véhicule ne me plaît guère. Certes, la matière est riche et a été maintes fois travaillée : l'éveil de la sensualité, la découverte balbutiante des plaisirs de la chair, la "confusion des sentiments"... et l'initiation, par voie d'idylle homosexuelle estivale (ici avec agrément parental !) à un hédonisme nihiliste qui n'a vraiment rien d'attendrissant ! Elio (l'adolescent "initié") a des airs d'artiste en herbe : en bon rejeton de la haute bourgeoisie cultivée, il lit beaucoup, il compose et transcrit de la musique, il aime la nature et une certaine solitude. Mais son comportement érotique et amoureux n'a rien de romantique : il prend égoïstement la virginité d'une jeune fille adorable et amoureuse de lui, avant de lui signifier lâchement qu'il n'éprouve rien pour elle ; il se masturbe fiévreusement avec un fruit dénoyauté (l'une des scènes les plus grandioses du film !) alors qu'il a tout juste découvert l'amour charnel avec ses congénères (la jeune fille, puis Oliver, son "initiateur") ... A vrai dire, ces vicissitudes et ces contradictions sont loin d'être inintéressantes. Au contraire, elles font d'Elio un personnage qui n'a rien de lisse. Cependant, la fin du film est vraiment critiquable : le discours du père n'est pas du tout une preuve émouvante d'intelligence et d'empathie (sur le mode : "je t'aime tel que tu es"), car il prend la forme d'une ode à la pure et simple jouissance nihiliste dans les plaisirs de la chair (sur le mode :" moi aussi, à ton âge, j'ai failli coucher avec un homme et je regrette de ne pas l'avoir fait ; profite mon fils, car ton corps va vieillir !). On est loin de la sagesse épicurienne. On est très loin aussi de la citation sublime (Montaigne à propos de La Boétie : "Je l'aimais parce que c'était lui, parce que c'était moi") que le père mobilise pour qualifier la relation ambiguë entre Elio et Oliver. Bref, le fond du film m'a paru glauque. Dans un monde où l'hédonisme individualiste est aujourd'hui la norme, il faut désormais beaucoup plus de talent, de poésie et de spiritualité pour produire une ode aux "nourritures terrestres" qui ne soit pas tristement conformiste ! De nos jours, la subversion me paraît plutôt être dans la sublimité de sentiments moraux qui, je l'espère, bien que fragilisés et menacés, n'ont pas encore été complètement éradiqués ! J'aurais aimé que ce film parle plus d'amour, fût-ce pour évoquer un amour impossible ou un amour manqué.