Voilà un film abouti, prenant, bien joué, brulant comme le soleil du Moyen-Orient. Un film, coup de poings, …qui nous montre une violence extrême hors cadre.
Le Liban reste le fantasme toujours vivant de la possibilité de cohabiter entre religions différentes. Une terre de culture, peuplée de gens cultivés et d’agriculteurs, où l’envie de vivre parvient à déplacer les montagnes malgré les avalanches des catastrophes qui se sont abattus sur la population depuis des générations. Ziad Doueiri, dans cette tradition, ne renonce pas et veut encore croire jusqu’à la fin qu’une réconciliation durable sera un jour possible. Cet optimisme inébranlable est mis à mal par tout ce qui précède, à savoir la montée inéluctable de la violence à partir une banale insulte qu’il vient de nous décrire avec une précision diabolique.
L’insulte est une fable tragique, celle du Moyen-Orient en général, celle du Liban des années 80, du Rwanda et de la Yougoslavie des années 90, celle de la Syrie d’aujourd’hui, bref de tant de régions où cohabitent des populations montées les unes contre les autres.
Doueiri bâtit (et maitrise brillamment) un récit à plusieurs niveaux de lecture : la querelle personnelle proprement dite, les affrontements religieux, le souvenir enfoui des massacres perpétrés dans le passé, la corruption des politiques, les compromis des familles.
Le scénario efficace ne laisse pas de répit au spectateur. Personne ne veut ou ne peut éteindre la mèche allumée par inadvertance. Les Incendies de Denis Villeneuve peuvent s’allumer, ce film est de la même veine, celle qui dévoile le possible crépuscule de la condition humaine.
Beyrouth, reste un décor tragique et grandiose, creuset symbolique de la renaissance après le chaos. Enfin, les acteurs sont d’une justesse remarquable, en particulier les deux adversaires d’un jour, dans leur capacité à exprimer la palette des sentiments les plus contradictoires qui les habitent, la rage l’amour, le dégout, la fierté et pourquoi pas le pardon. A voir sans réserve.
Cinéma 1- février 2018
Depuis que L'insulte est sorti, le port de Beyrouth a sauté, et la corruption a explosé au grand jour, entrainant cette fois-ci le Liban une chute qui pourrait se révéler fatale. La note optimiste du film est basée sur l'évolution des individus, pas des groupes communautaires et encore moins des politiques. Eux seuls peuvent reprendre l'histoire au moment où le dérapage a eu lieu, et la faire bifurquer vers une réconciliation, ou tout au moins une acceptation de l'autre avec ses différences. La caméra de Doueiri saisit excellemment les dilemmes internes des deux acteurs masculins, Kamel al Basha et Adel Kara. Ses dialogues ont parfois à s'allonger sans raison, est-ce une influence de Tarantino avec qui il a travaillé? Ce qu'il a retenu en terme de mise en scène est en revanche très réussi. Revu avec le plus grand plaisir.
Cinéclub 2 - avril 2022