Ils s’appellent Vincent, François, Fabrice, Sylvain où Marc… Ils sont banquier, acteur de théâtre, galeriste, ex-mari ou simple quidam… Qu’importe, avec les hommes, Isabelle n’y arrive pas. Artiste peintre, divorcée, un enfant, la cinquantaine bohème, elle assure à peu près le quotidien. Pour le sexe, ça irait encore car elle est séduisante, assez directe et plaît aux hommes. Mais pour l’amour durable rien à faire. Elle n’est que dans les aventures jetables. S’accroche à l’inaccessible amour, comme un noyé à une bouée.
Les rencontres se glissent, Isabelle patine. Au bal des prétendants, elle reste la reine du sabordage. Comme handicapée des sentiments, elle vit une succession « d’agonies amoureuses ». Tous ces échecs sont encadrés par deux magnifiques rencontres, censées être de bon sens. Le malicieux Philippe Catherine qui la prévient au début : « on veut tout réussir et on ne peut pas, alors on est bien obligé de choisir ». Et Gérard Depardieu, en improbable médium, qui lui conseille finalement de rester « open » pour éviter d’être utilisée.
Le film de Claire Denis est une comédie de mœurs assez enlevée et pleine d’humour, mais un peu volubile et répétitive. La mise en scène est très réussie, avec un beau Paris de nuit et une Creuse toujours belle de jour. Le scénario est écrit à quatre mains avec Christine Angot, et on retrouve dans les dialogues la précision, la modernité et la cruauté de l’écrivaine. Du côté des acteurs, un joli casting masculin évite le piège de la galerie de portraits. Surtout, Juliette Binoche est magnifique dans tous les registres, de la femme névrosée à l’amoureuse insatiable. Elle rayonne sur le film comme un beau soleil intérieur.