Au début des années 2000, M. Night Shyamalan était une star. Il venait notamment de sortir "Incassable", un film de super-héros d'une maîtrise exceptionnelle, autant sur le plan de la réalisation que de l'écriture. Sans effets spéciaux ni grosses explosions, il a presque créé le film de super-héros ultime devant lequel Marvel et DC Comics ont bien du mal à rivaliser. Shyamalan avait alors dit que ce film n'était en fait que la première partie d'une trilogie. Sauf que la suite de sa carrière n'a été qu'une longue chute jusqu'à ce qu'on en vienne à se demander s'il était encore capable de réaliser un bon film. Puis est arrivé "Split", un thriller lui aussi assez bien maîtrisé et qui se révélait être, lors de sa toute dernière scène complètement folle et inattendue, une suite d'*Incassable*. Porté par ce nouveau succès, le cinéaste américain a pu produire la dernière partie de sa trilogie sur les super-héros : "Glass".
Avec ce nouveau film, on retrouve le Shyamalan que l'on aime. On n'atteint pas les sommets qu'avaient pu être "Sixième Sens" et "Incassable", mais le résultat n'est plus en demi-teinte comme avait pu l'être "The Visit" par exemple. "Glass" est un nouveau vrai bon film et ça fait plaisir car il y a longtemps qu'on attendait que le réalisateur de "Signs" revienne au top. Certains diront que *Split* était déjà une preuve de son retour parmi les grands mais il manquait une véritable tension dans ce film malgré un très bon travail sur l'ambiance. Dans "Glass" en revanche, il n'y a plus ce léger arrière-goût de déception qui pouvait accompagner le précédent opus. Même si "Incassable" restera le meilleur épisode de cette trilogie, "Glass" se révèle être un opus solide qui continue de porter le message du premier épisode de manière convaincante.
Shyamalan fait une nouvelle fois appelle à son talent de metteur en scène pour composer de belles séquences. Il manie très bien la caméra et il est également très doué pour la direction des acteurs. James McAvoy était déjà époustouflant dans *Split*, il avait donné vie à plusieurs personnages bien distincts juste par la parole et son visage. C'était une performance excellente qu'il renouvelle ici. Parfois, sans même un mot de prononcé, on reconnaît quelle personnalité est au contrôle juste par sa manière de se tenir et de marcher. Tout le travail de McAvoy sur les personnalités et les passages des unes aux autres est donc formidable. Les trois autres acteurs principaux ne sont pas aussi exceptionnels mais ils sont bons. Ça fait du bien de revoir Bruce Willis dans un rôle bien écrit et où il ne donne pas l'impression de n'en avoir rien à faire de sa carrière.
Ce qui est vraiment très intéressant dans cette trilogie sur les super-héros, et plus particulièrement dans "Glass", c'est la façon dont sont représentés les super-héros justement. Shyamalan a évidemment tout à fait conscience que les comics sont à la mode en ce moment. Le film fait d'ailleurs référence à ça au cours d'une réplique où les Comic Con sont évoqués et la manière dont sont vendus et adaptés les comics de nos jours. Le cinéaste américain utilise ce fait de société actuel pour construire son film et décortiquer cette passion partagée par des millions de personnes.
Là où il se montre vraiment pertinent, c'est en créant ce monde réaliste et sérieux où des personnes seraient dotées de capacités hors du commun, mais il le fait à sa sauce. Ainsi, "Glass" est complètement inédit dans son propos et sa façon de le traiter, quand bien même d'autres films ont eu la même approche par le passé, et quand bien même les adaptations de comics s'enchaînent. Shyamalan propose avec cette trilogie une nouvelle manière d'aborder le genre des super-héros. Et ce n'est pas rien car alors qu'on reproche à Marvel et DC de faire des films qui se ressemblent tous, lui au contraire parvient à faire un film de et sur les super-héros qui est original et qui ne ressemble pas à ce qui a déjà été fait.
On a beaucoup critiqué Shyamalan, avançant notamment qu'il avait eu de bonnes idées au début de sa carrière mais que désormais il était "has-been" et incapable d'écrire de nouvelles bonnes histoires. Pourtant, il prouve à tout le monde avec *Glass* que c'est faux. Certes, certains éléments du récit sont prévisibles mais l'écriture du récit est loin d'être mauvaise. *Glass* est une suite logique et cohérente à *Incassable* qui, même si elle n'atteint pas son degré de maîtrise, offre une nouvelle adaptation de comics sans en être une à proprement parlé. A l'instar d'"Incassable" qui était rempli de stéréotypes que l'on retrouve dans les comics mais qui était toutefois extrêmement original pour un film de super-héros, *Glass* est lui aussi en quelque sorte un très bon film de super-héros en contenant tous les éléments qui font la nature même de ce genre, sans pour autant se montrer répétitif ou feignant dans l'écriture.
A l'inverse, Shyamalan reprend tous ces codes pour les adapter à sa sauce et en faire un film de super-héros intimiste, au plus proche de ses personnages et à des années lumières des blockbusters actuels. Le simple fait d'avoir presque entièrement construit son récit dans un hôpital psychiatrique où nos personnages sont enfermés confirme bien la volonté du réalisateur de vouloir avant tout se concentrer sur le côté humain de ces personnages avant de parler de leurs pouvoirs.
De manière globale, la trilogie sur les super-héros de Shyamalan est une réussite pour les mêmes raisons qui font que "Glass" et "Incassables" sont bons. Car Shyamalan y propose une relecture des comics et du genre des super-héros, sans fioriture et sans effets visuels spectaculaires. Il a créé une nouvelle vision du film de super-héros, un peu comme Brad Bird avait lui aussi proposer une nouvelle version du film de super-héros en y ajoutant tout un côté rétro et "James Bondien" dans "Les Indestructibles". D'une certaine manière, les films Disney et Warner offrent une approche fantasmée de ce que pourrait être le monde si les comics étaient réels, alors que Shyamalan lui offre plutôt une version plus réaliste et brute de ce que serait le monde si les comics n'étaient pas juste des histoires abracadabrantes sur du papier.