Il existe deux facettes chez Steven Spielberg. La plus connue, celle des "Jurassic Park" et autres "Indiana Jones", a fait rêver des générations de cinéphiles à travers des films grands publics voués à l'émerveillement et à l'esprit d'aventure. Et puis il y a le Spielberg investigateur, celui qui se plaît à déterrer, avec plus ou moins de réussite, de grands sujets qui ont façonné l'histoire des Etats-Unis, voir du monde. Et parmi ces sujets, l'histoire des "Pentagon Papers" a visiblement beaucoup plu au cinéaste qui, durant la post-production de "Ready Player One", blockbuster de SF qui sortira fin mars sur nos écrans, a mis en boîte ce film politique dont le sujet a sans doute été prétexte pour Spielberg, à traiter certaines choses qui lui tenaient à coeur dans le contexte actuel aux Etats-Unis.
En effet, si l'histoire de "Pentagon Papers" est un bon préquel au célèbre film "Les Hommes du Président" qui s'intéressait à l'affaire du Watergate, on ne peut pas vraiment dire que les révélations sur l'ingérence des USA au Vietnam constitue le coeur de l'oeuvre. Ce que Spielberg a visiblement voulu faire ici, c'est un plaidoyer sensible sur l'importance des contre-pouvoirs dans un système sensé être de nature démocratique. S'intéressant beaucoup plus aux conflits d'intérêts dans les hautes sphères qu'à la nature même de l'affaire, "Pentagon Papers" est un éloge de la transparence politique et de l'importance des gouvernés face aux gouvernants, un pamphlet féministe contre une administration américaine qui s'est accordée une marge de manoeuvre bafouant les lois les plus fondamentales du pays. Difficile ici de ne pas y voir un film à double niveau de lecture et une réaction épidermique du cinéaste face à l'Amérique selon Trump.
Seul ombre au tableau, ce côté gentiment naïf dans le traitement du film et cette icônisation un peu trop appuyée des deux personnages principaux qui tranche radicalement avec le reste du casting. Dans ces films à spectacle, ce traitement passe à merveille mais lorsqu'il s'agit d'un sujet plus sérieux, on a l'impression que Spielberg transforme trop facilement des héros ordinaires en chantre de la bravoure et de la liberté ce qui enlève pas mal de crédibilité au message véhiculé par le film.
Pourtant, ces quelques défauts n'enlèvent rien à la réussite de l'oeuvre qui, par son accessibilité et sa mise en scène énergique et grave, constitue une étude intéressante sur l'importance d'un certain type de journalisme et, à travers ça, sur la primauté du peuple face au pouvoir dans un pays démocratique.