Malgré la dévotion de certains à l’égard de Steven Spielberg, malgré la qualité d’auteur et de génie du septième art que le réalisateur a su acquérir au fil des années, les dernières projections du cinéaste étaient parfois douteuses de par un talent parfois inscrit aux abonnés absent, en témoigne Le Bon Gros Géant, Cheval de guerre (qui filmé par un autre réalisateur n’aurait pas eu le retour si positif de certains commentateurs) comme Le pont aux espions, sympathique mais trop léger parfois. Il faut donc remonter à Lincoln pour retrouver l’essence du maître.
Et c’est pas un retour aux racines d’un cinéma majeur, celui des années 70, que Spielberg revient avec un grand film. En maîtrisant un genre de bout en bout, le film d’investigation journalistique, il déploie avec finesse et manière, l’étendue de son talent en appliquant à la lettre la formule qui a fait les plus grands films du genre. On pense évidemment, et par proximité, à Les hommes du président et plus récemment à Spotlight ou les salles de rédaction étaient observées et observables de l’intérieur comme de l’extérieur. S’appuyant évidemment sur un scénario simple mais parfaitement bien construit sur les lignes d’un fait historique réel, Spielberg arrive à cadrer l’ensemble et rendre lisible cette histoire d’investigation comme d’enjeux (la liberté de la presse notamment).
Thriller politique et historique, pavé critique d’une Amérique dont les fantômes d’un pouvoir politique qui bride la presse fait encore résonnance, Pentagon Papers est un peu de tout ça.
Si l’arme principale reste le récit, le film est avant tout une démonstration de mise en scène, un retour du maître à son œuvre, de la plus belle des manières, engagé, adulte et tellement cinématographique. Tout semble être condensé dans ce film pour être calqué d’une époque sur la nôtre, celle des sales affaires politiques, du féminisme plus que jamais en tête de l’actualité (qui plus est sur les collines hollywoodiennes) et évidemment critique et défense de la liberté, de chacun tout comme de la presse. Pentagon Papers est vaste et dense.
Mais le film n’aurait pas la même ampleur sans les prestations XXL de Tom Hanks et Meryl Streep. Comme souvent, ces deux-là savent tout jouer et même si Meryl Streep fait parfois un peu trop du « Meryl Streep » Tom Hanks compose une partition inspirée et une nouvelle fois orginale.
Leçon de cinéma, qui mêle intelligence et brio de mise en scène Pentagon Papers s’inscrit dans les grands films hollywoodiens avec la manière, et ce par la composition de multiples talents, associés devant et derrière la caméra. Le retour de Spielberg peut enfin être acté.
requiemovies.over-blog.com