Matrix Resurrections ressemble à un film fatigué, incapable de retrouver l’élan, la tension et la nécessité qui faisaient la force de la saga. Une suite qui regarde beaucoup Matrix dans le rétroviseur, mais qui peine à avancer par elle-même.
Avant de découvrir Matrix Resurrections, il faut savoir qu’il s’éloigne radicalement de ce que l’on peut attendre d’une suite classique. Le film adopte une posture distanciée et réflexive vis-à-vis de son héritage, au détriment d’un récit solide et d’enjeux dramatiques réellement incarnés. La narration repose largement sur la redite, le commentaire et la mise en abyme, donnant le sentiment d’un film plus préoccupé par ce qu’il dit de Matrix que par ce qu’il parvient à raconter. Là où la trilogie originale construisait ses idées par la mise en scène, le corps et l’action, Resurrections privilégie l’explication, souvent au prix de toute tension.
Ce positionnement critique s’inscrit dans son contexte de création. Réalisé par Lana Wachowski seule, le film se présente comme un geste personnel, conscient de l’époque saturée de reboots et de suites tardives. Mais cette lucidité devient rapidement un piège. Matrix Resurrections s’enferme dans une autocritique qui tourne à vide, plus préoccupée par la justification de son existence que par la construction d’un récit incarné. Les enjeux restent théoriques, le rythme inégal, et la nostalgie recycle figures et motifs familiers sans leur redonner de sens, fonctionnant davantage comme un substitut à l’inspiration que comme un véritable moteur narratif.
Cette vacuité se ressent particulièrement dans l’action et la mise en scène. Les scènes censées prolonger la dimension spectaculaire et conceptuelle de Matrix sont molles et désincarnées. Les combats n’ont plus ni impact physique ni portée symbolique. Là où les précédents films pouvaient paraître opaques tout en révélant progressivement une vision forte, Resurrections se clarifie rapidement, laissant apparaître un ensemble plat, privé de mystère et d’identité visuelle.
Sur le plan thématique, le film tente pourtant d’aborder des sujets intéressants, comme la nostalgie, la récupération des mythes ou la marchandisation des récits fondateurs. Mais ces idées restent à l’état de discours, expliquées plus qu’incarnées par le récit ou la mise en scène. Comprendre les intentions de Matrix Resurrections ne suffit pas à en faire un film.
De mon côté, le ressenti est limpide. Je comprends les intentions, je saisis les messages, mais je ne ressens rien, ni émotionnellement ni cinématographiquement. Pris isolément, comme un objet de science-fiction maladroit, le film aurait sans doute appelé un jugement moins sévère. Mais en tant que prolongement d’une œuvre fondatrice, Matrix Resurrections échoue à maintenir l’exigence, la cohérence et la nécessité que son héritage impose. Là où la trilogie originale faisait naître la pensée par le cinéma lui-même, ce dernier opus se contente de la commenter, sans tension, sans incarnation, sans élan.
Matrix Resurrections s’impose ainsi comme une œuvre consciente, mais stérile, qui démonte son propre mythe sans jamais parvenir à en construire un autre.