Sélectionnant scupuleusement les films à aller voir, en raison de l'indécent prix de la place pour les petits salaires, j'ai longuement hésité avant d'aller voir celui-ci. Comme d'habitude c'est la critique destructice de Télérama et son unique étoile, qui l'aura emporté une fois de plus, m'indiquant que c'était sans doute là une œuvre de qualité. Je ne me suis pas trompée. Surtout, n'imaginez pas le bon vieux thriller remaché du type « la main sur le berceau » ! Non, il y va bien d'autre chose. Certes, la nounou est inquiétante, on l'aura bien compris, mais d'un point de vue sociologique les deux parents en bobos Rock'N'Roll, et démissionnaires, ne le sont pas moins.
Bien plus qu'un thriller, on surfe sur le rapport dominant-dominé, exigé par un système économique bancal, au sein duquel les travailleuses précaires des périphéries ne bénéficient du centre parisien que pour y exercer un travail au service de familles bourgeoises, ces dernières ne s'encombrant pas vraiment de scrupule, voulant le beurre et l'argent du beurre, l'argent, les enfants, la carrière, la reconnaissance ultime.
Alors oui, les frustrations s'installent, et les délires resurgissent, fourmillant de subtilités glaçantes chez cette troublante nounou flirtant avec ce qui lui est interdit. P. Bourdieu aurait parlé là sans doute de relation invisible, avec ces mêmes barrières infranchissables que l'excellente Karine Viard transformée pour l'occasion en détraquée appliquée, finit par briser d'un seul coup de pied, radical.