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Un visiteur
5,0
Publiée le 6 décembre 2017
Comme pour le fameux tableau, il faut commencer par "ceci n'est pas un documentaire" même s'il est classé dans cette catégorie. Mais inversement "Rome ville ouverte" ou "Le voleur de bicyclette", pour citer des réalisateurs auxquels des critiques l'on comparé étaient-ils des fictions ou des terribles mises en situation de la misère dans l'Italie d'après guerre ? On suit l'aventure, le road movie de Kabwita, qui abat un arbre pour en faire du charbon de bois (c'est la première fois que je voyais enfin comment on procédait) et le transporte , énorme chargement, sur une bicyclette.Pour gagner quelques sous et faire vivre sa famille au village pudiquement montré...car ce ci n'est pas un docu...! Magnifique épopée, avec un suspense constant sur le danger qui l'entoure, entre autres ces énormes camions qui le frôlent et illustrent par leur puissance mécanique le contraste terrifiant entre les deux faces de l'Afrique. La musique au violoncelle accompagne avec force et douceur a dramaturgie des images d'une manière parfaite, images au demeurant splendides. Et pour la pauvreté africaine son propos est de nous amener à réfléchir, comme pour le néo-réalisme déjà évoqué. Il ne démontre rien, il invite à comprendre. Magnifique.
Vu à Cannes. Un choc, le film continue encore de resonner dans ma tête. On vit la route accroché au personnage, un héros du fin fond du Congo, et on en sort éreinté.Très beau.
Un film à la fois sincère, sensible et poétique. Les images sont d'une grande beauté, l'ambiance sonore nous plonge dans l'univers du film. L'un de mes plus beaux moments de cinéma.
Un film qui va vous faire éprouver de la souffrance dans 2h une souffrance que eux vivent toutes leur vie ! Un documentaire qui ne nous apprend par leur dure vie avec leur histoire ou des statistique impressionnantes non tout simplement en nous faisant vivre ce qu’ils vivent !
"Makala" fait partie de ces films bourrés de bons sentiments mais desquels on ressort très frustrés quand bien même il s'est vu décerner le Grand Prix de la Semaine de la Critique cannoise en mai dernier. Du réalisateur Emmanuel Gras, on connaissait "Bovines", un documentaire sorti il y a 5 ans et consacré à ce que vivent les vaches au quotidien. Dans "Makala", qui signifie charbon en swahili, on suit le travail d'un "charbonnier" de la République démocratique du Congo depuis le moment où il coupe des arbres dans la brousse jusqu'à la vente du charbon de bois à la ville en passant par le long trajet depuis son village avec un vélo surchargé de sacs de charbon. Documentaire ? Fiction ? Un peu des deux, ce qui est justement un des problèmes du film. En effet, on se rend bien compte que ce n'est pas vraiment une fiction et que Kabwita Kasongo, le charbonnier choisi par le réalisateur, fait grosso modo ce qu'il a l'habitude de faire. Et, à côté, on se rend bien compte qu'à peu près tout ce que l'on voit est scénarisé, préparé et on perd donc le côté naturel d'un vrai documentaire sans avoir les avantages cinématographiques d'une fiction. Emmanuel Gras cite "Gerry" de Gus Van Sant et "Le cheval de Turin" de Bela Tarr comme sources d'inspiration : deux films qui étaient de vraies fiction !
En fait, Emmanuel Gras avait passé un contrat avec Kabwita Kasongo : avant chaque séquence ils discutaient de ce que le charbonnier allait faire, mais, en aucun cas, le réalisateur ne devait intervenir durant la prise. Kabwita Kasongo et sa femme Lydie rêvant de pouvoir construire leur propre maison, ils ont été payés par la fourniture des plaques de tôle nécessaires pour cette construction. En résumé, on trouve très sympathique la démarche d'Emmanuel Gras, il arrive qu'on soit ému face aux difficultés rencontrées par Kabwita, travailleur infatigable, la photographie du film est d'excellent qualité mais, on a presque honte de l'avouer, on s'ennuie quand même assez souvent face à un film souvent répétitif et donc, finalement, guère passionnant.
Makala d’Emmanuel Gras (qui reçoit le Grand prix du jury de la Semaine) suit de près Kabwita, un Congolais qui fabrique du charbon de bois (makala en swahili) puis en charge son vélo pour aller le vendre à la ville. Son vélo est tellement chargé qu’on se demande où il trouve la force de le pousser une cinquantaine de kilomètres, comme d’autres congénères, le long d’une route au trafic infernal, victime des arnaques policières ou des camions qui le renversent. On le verra ensuite dans ses négociations pour en tirer le meilleur prix mais grosso modo, l’essentiel du film tient dans ce parcours très longuement filmé. Ce regard empathique et issu d’une vraie relation invite-t-il au respect ? Sans aucun doute. Pourquoi dès lors le questionner ? D’une part parce que tout y est dur, misérable, plombant. Oui, c’est une réalité africaine, c’est le réel, mais un regard sur l’Afrique n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Il est forcément marqué par l’Histoire, coloniale et néo-coloniale, par le regard que nous portons sur ceux qui furent les indigènes et les sauvages. Il est essentiel aujourd’hui plus que jamais de l’interroger alors que le grand repli se renforce face aux migrants et réfugiés qui cherchent une alternative à leur vie de misère ou pour échapper à la répression ou la mort. Quand sortira-t-on de ces visions désespérées d’une Afrique des douleurs alors qu’elle regorge de résistances porteuses d’espoir ? On me dira que cet homme qui se bat désespérément pour nourrir sa famille est un exemple de courage. C’est vrai. On comprend qu’Emmanuel Gras cherche à poursuivre avec Makala la vision poétique et cosmique qu’il avait des vaches dans Bovines. En accompagnant son personnage sur la durée, il nous fait fortement ressentir la dureté et le scandale de sa condition. En le suivant dans ses négociations au marché, il nous ouvre au rapport de forces économique. Et en le montrant prier, il nous informe du dernier espoir de son personnage de transformer sa vie. Mais Kabwita n’est pas une vache. Il a beau être montré au départ avec sa famille, il est utilisé ici pour une méditation personnelle sur le travail et la volonté. Nous sommes en tant que spectateur en situation de voyeur de la misère la plus rude, du scandale du monde, et placés à la même distance que celui qui filme celui qui souffre. Notre réponse devient humanitaire ou métaphysique plutôt que politique. Kabwita mérite d’être montré dans toute la beauté de son geste. Emmanuel Gras joue notamment des lumières surréelles de la route poussiéreuse dans la nuit, tandis que le violoncelle et la longueur des plans renforcent le poids du destin. L’esthétisation ne peut cependant cacher le vide de contextualisation. C’est encore plus frappant dans la dernière séquence, tournée dans une église où Kabwita prie Dieu de le secourir, l’assemblée se dissolvant peu à peu dans des semi-transes individuelles. Ce regard documentaire ne nous permet aucunement de penser la pertinence de ces prières pour des gens qui, en l’absence d’Etat et sans la moindre aide, n’ont d’autre recours pour retrouver l’énergie de survivre. Lorsque Dieudo Hamadi montrait les élèves se faire bénir leur stylo dans Examen d’Etat, on pouvait penser qu’ils étaient bien naïfs, mais l’étaient-ils davantage que n’importe quel élève partout dans le monde qui invoque les divinités pour réussir un examen ? Ils se saisissaient simplement des moyens à leur disposition et cela rentrait dans leur stratégie de résistance pour s’assurer un avenir, comme le montrent les travaux de Georges Ballandier sur l’importance du fait religieux en Afrique. (cf. critique n°12165 sur le site d'Africultures) Chez Dieudo Hamadi, c’est l’absence d’Etat de droit et de sa bienveillance envers les citoyens qui est mise en exergue. Chez Emmanuel Gras, cette dimension est absente, si ce n’est l’arnaque policière. Ne reste que le chaos africain et le sentiment que ça ne changera jamais. On retrouve ainsi le regard de Raymond Depardon dans Afriques, comment ça va avec la douleur ? (2002) quand il filmait en muettes exploitées des femmes portant de lourdes charges de bois. (cf. critique n°2431 sur le site d'Africultures) Car ce regard qui ramène à soi, ce regard de comparaison et de méditation ne peut indiquer pourquoi la traction animale est si rare sur le continent noir-africain. Et ne peut rendre compte de la conscience de ces femmes et de leur combat quotidien pour modifier leur condition. Ce regard désabusé sur la douleur ne fait que répéter ce que sous l’effet des médias nous savons déjà, et partant, malgré lui, ne fait que renforcer les préjugés existants d’une fatalité liée à ce que l’on est plutôt que ce que l’économie et la politique font de soi. Ce regard est visibilisé et encensé au détriment de celui des Africains eux-mêmes, ces cinéastes qui, nombreux et très actifs, mais en général avec des bouts de ficelles, documentent les témoignages sans public d’une Afrique qui bouge. (extrait du compte-rendu du festival de Cannes par Olivier Barlet sur le site d'Africultures)