J‘ai rarement autant apprécié une comédie ! '' Edmond '' revient de manière lumineuse sur la genèse de la pièce '' Cyrano de Bergerac '' d‘Edmond Rostand (1868-1918) et nous entraîne dans les coulisses de sa création, de sa rédaction manuscrite à la première au théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 28 décembre 1897 ! Et l‘on peut dire que ce ne fut pas de tout repos ! Entre des échéances plus que réduites, les caprices de certains comédiens et une concurrence impitoyable, il est juste d‘affirmer que l‘existence de ce chef d‘œuvre fut maintes fois mise en péril ! Dans cette réalisation d‘Alexis Michalik, nul pathos cependant ! Tout devient poético-lyrique, dynamique, parfois burlesque ou triste… Fait exceptionnel : le film ne souffre d‘aucune longueur et passe à une vitesse exaspérante ! Outre ses mille facéties, il nous fait également découvrir ou redécouvrir un Paris disparu. Les clins d‘œil au théâtre d‘alors sont nombreux : si l‘on a le mérite d‘évoluer aux côtés d‘un Rostand souvent miteux mais jamais abattu, on croise aussi George Feydeau, Georges Courteline et l‘on redécouvre les gloires d‘un XIXe siècle finissant, comme Sarah Bernhardt, Constant Coquelin ou Maria Legault … La distribution, plus investie que jamais, honore parfaitement cette époque révolue : Thomas Solivérès incarne Edmond Rostand à merveille et peut compter sur la complicité d‘un éclatant Olivier Gourmet, sans compter Mathilde Seigner et Clémentine Célarié, exquisément convaincantes en divas de théâtre ! Enfin, n‘omettons pas tout le reste de la troupe, qui tente par tous les moyens d‘égaler celle de 1897… Tom Leeb, Igor Gotesman, Lucie Boujenah… A propos de cette dernière, il est intéressant de noter qu‘elle incarne (avec une certaine beauté, d‘ailleurs) Jehanne d‘Alcy qui, en plus d‘avoir été la muse de Rostand, deviendra l‘épouse de Georges Méliès, le père du cinéma moderne ! Or, souvenez-vous… dans '' Hugo Cabret '' (2011), la petite pépite de Martin Scorsese, Jehanne, incarnée par Helen McCrory, apparaissait déjà en tant que compagne fidèle du magicien déchu. Le couple se remémorait alors ses premières années et sa découverte du cinématographe, au hasard d‘une fête foraine, sous une tente dressée par les frères Lumière. Ce n‘est pas sans rappeler cette scène où Edmond, dépité par l‘échec de '' La Princesse lointaine '', s‘engouffre au hasard dans un cinéma tenu par les deux frères et assiste à l‘une des premières projections de l‘Histoire… Que de références en somme pour un film foisonnant d‘humour et d‘énergie ! '' Edmond '' reste et restera l‘un des plus beaux hommages à la pièce la plus mythique du théâtre français ! Il mérite d'être vu du plus grand nombre !