Pour venger la mort de son pôôôpaaa tant aimé, une petite fille, Eve, accepte d'être formée pour devenir une assassin professionnelle au sein de la Ruska Roma, une organisation de tueuses agissant sous la couverture d'une école de ballerines. Adulte, elle retrouve la piste des meurtriers de son père...
Après avoir exploré l'historique du fameux hôtel Continental sous la forme d'une minisérie, la franchise "John Wick" continue l'extension de son univers à travers un nouveau spin-off, cette fois en long-métrage et mettant donc en scène une jeune tueuse du sombre théâtre russe dirigée par Angelica Huston croisée dans "...Parabellum", troisième opus de la saga au cinéma.
Bon, autant dire que là où les scénarios des deux derniers "John Wick" avaient déjà un mal fou à nous faire prendre au sérieux ce qui conduit leur héros à des combats supplémentaires, celui de "Ballerina" ne fait clairement pas non plus dans la dentelle de robe de ballerine avec le sentiment de vide permanent laissé par une histoire de vengeance ultra-basique (agrémentée de quelques twists relationnels risibles) et l'obligation d'y incorporer les personnages-clés des films précédents en guests (dont bien sûr John Wick lui-même).
Mais bon, peu importe dans le fond, il faut bien avouer que l'on n'est pas vraiment venu là pour une intrigue digne de ce nom et que, si celle-ci est surtout prétexte à enchaîner les bonnes séquences de bastons/fusillades comme ses modèles, on participera sans mal à la fête des cadavres laissés dans le sillage de la silhouette d'Ana De Armas.
Soutenue par certaines situations et chorégraphies de combats qui la mettent en valeur, la comédienne va plutôt bien faire le job en action-woman activée dès qu'un canon d'arme à feu ou une lame se retrouve pointé sur elle (on restera beaucoup plus mesuré sur sa capacité à rendre son personnage marquant) mais, hormis une direction artistique travaillée (notamment décors et photographie) et héritée du style "John Wick" (les teintes violettes d'innocence autour des premiers exploits de la tueuse s'effacent peu à peu du film pour l'entraîner vers celles du monde où règne notre Baba Yaga), il faut bien reconnaître que la première heure du long-métrage peine à proposer quoi que ce soit qui rende la genèse d'Eve indispensable à découvrir. Avec en plus un fort sentiment de déjà-vu (Black Widow et la Jennifer Lawrence de "Red Sparrow" ont déjà eu un cursus "scolaire" plus que similaire), son statut d'assassin formé dans ce contexte de ballerines n'est finalement jamais vraiment exploité à l'écran, comme laissé en carte postale en arrière-plan en espérant que cela suffise à donner un semblant d'identité à un apprentissage de tueuse à gages des plus convenus.
Et puis, le plus important problème du film va se révéler dès les premières phases d'affrontements avec la caméra toujours plus figée de Len Wiseman. Alors que tous les ingrédients sont pourtant là sur la forme pour rendre le film dynamique et plutôt plaisant à l'oeil, on aurait pu espérer que le réalisateur de "Underworld" ou "Die Hard 4" cherche à rivaliser d'inventivité avec un Chad Stahelski toujours, lui, en quête d'offrir des perspectives inédites de bastons à travers son objectif dans la saga-mère (c'est d'ailleurs ce qui la fait principalement tenir), mais non, sa mise en scène passe-partout donne constamment le sentiment de suivre le mouvement sans s'y attacher ou chercher à nous y immerger, comme si Wiseman lui-même était un spectateur de son propre long-métrage, fixant ici et là sa caméra pour nous rendre un compte-rendu poli des évènements à peine sauvé par un montage heureusement plus percutant.
Arrivé péniblement au milieu au film, autant dire que l'envie d'effectuer des pas de danse en compagnie d'Eve s'est presque tarie...
Malgré tout, au détour d'une séquence plutôt rigolote à base de grenades chez un marchand d'armes (ce qui, on est d'accord, est le pire endroit possible pour chercher à éliminer une telle tueuse), "Ballerina" va redonner des signes de vie dans sa deuxième partie et offrir ce qui est sans doute sa meilleure idée avec son "village", lieu enneigé inédit et ajout plutôt malin à la mythologie des assassins de "John Wick" (bon, ok, il faut accepter le fait que la moitié de la population de ce monde semble appartenir à cette caste de tueurs à gages). Sans pour autant corriger les défauts précédemment cités (l'intrigue et Wiseman resteront endormis dans les bras l'un de l'autre), le film va tout de même retrouver un incontestable élan dans ce cadre amusant, y dévoilant ses confrontations les plus attrayantes à un rythme soutenu jusqu'à son climax (de la bataille de l'auberge à un face-à-face de lances-flammes, la fête est enfin vraiment lancée), avec la complicité de l'aura à jamais Wickienne de Keanu Reeves et celle glaçante issue des yeux noirs d'un ès méchant (jusqu'à l'absurde) antagoniste campé par Gabriel Byrne.
Certes bien plus enthousiasmant à l'arrivée qu'au départ, "Ballerina" n'en demeure pas moins un spin-off version cinéma dispensable et ayant du mal à exister dans l'ombre de son tueur le plus emblématique, beaucoup mieux installé pour durer.