“Licorice pizza” : rien que le nom du film, tiré d’une chaîne de magasins de disques populaire dans la Californie des années 70, annonce que Paul Thomas Anderson, plutôt habitué aux solennels décryptages à travers l’histoire de la psyché américaine, va cette fois s’octroyer une petite récréation personnelle, légère et nostalgique, qui prend pour prétexte l’histoire la plus vieille du monde, celle d’un garçon qui rencontre une fille. Ce garçon existe, c’est Gary Goetzman, ancien enfant-star, businessman hollywoodien et ami proche d’Anderson. Il est joué par Cooper Hoffman, fils et fantôme apparent de Philip Seymour Hoffman. Cette fille n’existe peut-être pas mais elle est jouée par Alana Haim, actrice débutante aussi singulière que fascinante. On y croise quelques célébrités de l’époque (Sean Penn qui joue un clone de William Holden, Bradley Cooper dans la peau du fantasque Jon Peters,...) et on y ouvre le coffre à souvenirs, même pas fétichiste, de Paul Thomas Anderson, dans un certain sens comparable à ce qui avait animé Tarantino pour ‘Once upon a time in Hollywood’ : des éléments architecturaux, des habitudes, des pratiques des tics de langages,...typiques de l’époque envisagée, ce qu’un spectateur européen ne peut nécessairement pas saisir instinctivement. Celui-ci se consolera avec la peinture d’une Amérique en terre insouciante d’opportunités et de rebonds infinis, où un acteur de 16 ans n’avait aucun mal à tout plaquer pour lancer et faire prospérer sa propre entreprise de matelas à eau. Pourtant, la crise pétrolière commençait à rappeler tout le monde à l’ordre, le racisme et le sexisme (tout aussi “bienveillants” l’un que l’autre) étaient la norme et la célébrité était déjà mortifère. Compte tenu des années envisagées, on pense bien entendu au ‘American graffiti’ de George Lucas, en moins tragique (puisqu’il se termine par un baiser et pas par un départ pour le Vietnam) mais c’est surtout Richard Linklater et ses évocations perpétuelles de la jeunesse américaine durant différentes décennies (‘Dazed & confused’ au premier chef) qui semble avoir servi de modèle à cette production divertissante, parfois légèrement hors-sol pour un spectateur européen et dans laquelle on ne reconnaît pas spécialement la patte de Paul Thomas Anderson.