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lesavoisien
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0,5
Publiée le 17 septembre 2025
Il est dommage que le film “La Tour de glace" ait choisi de faire appel à une dresseuse d’animaux sauvages, imposant une vie de captivité à une corneille. Aujourd’hui, représenter des animaux à l’écran sans exploitation animale est tout à fait possible avec les progrès techniques (effets visuels, animatroniques, banques d’images…).
Allez je le dis : j' y suis allé que pour tailler Marion Cotillard que je n'aime vraiment pas et ....j'ai pas été déçu!!! Avec ce drame fantastique, la réalisatrice Lucile Hadzihalilovic réussit une chose : nous ennuyer. Quelle prétention, quel nombrilisme, quelle caricature du cinéma d’auteur ! Dans les années 1970, Jeanne (Clara Pacini) fugue de son foyer de haute montagne pour rejoindre la ville. Dans le lieu où elle se réfugie, elle tombe sous le charme de Cristina (Marion Cotillard), la mystérieuse vedette du film « La Reine des Neiges », son conte de chevet. Une troublante relation s’instaure entre la star et Jeanne. Marion Cotillard frôle le ridicule dans ce pénible long métrage. À croire que l’héroïne de « La Môme » ne lit pas vraiment les scénarios qu’elle reçoit. Tout est froid et sans intérêt dans cette production, présentée au dernier Festival de Berlin. Une histoire qui vous laissera vraiment de glace…
N'en déplaise aux contempteurs systématiques du cinéma français, il existe toujours des cinéastes qui aiment emprunter des sentiers non battus, dans une veine personnelle qui parvient à toucher un public ouvert à la fascination. Au même titre que Bertrand Mandico, mais il y en a bien d'autres, et dans un style différent, quoique parfois La tour de glace le rejoint dans sa fantaisie, Lucile Hadžihalilović en fait assurément partie. Son dernier long métrage est l'un des plus lisibles de sa carrière, et aussi parmi les plus somptueux, en termes d'images, dans cette singulière réécriture de la Reine des neiges, qui illustre aussi, à sa manière, l'emprise du cinéma et de ses stars sur le commun des mortels. Les deux héroïnes de La tour de glace, l'une blanche comme neige, l'autre nettement moins, jouent une partition sur la perte de l'innocence et sur l'emprise, thèmes vus souvent sur grand écran, mais que le conte de la réalisatrice noie sous une avalanche de beauté et de poésie, car l'aspect formel du film prend largement le pas sur le fond, sans surprise. D'ailleurs, les scènes plus réalistes captivent peu avec un côté contemplatif et inabouti dans leur signification qui laisse penser qu'elles ne sont là que pour préparer aux moments bien plus peaufinés, dans l'empire magique de l'onirisme et du fantastique.
Bonne nouvelle, il ne va pas falloir attendre un long moment avant de voir un nouveau film de Lucile Hadžihalilović. Le magnifique Earwig était sorti en 2021 et, oh surprise, cette Tour de glace débarque sur les écrans en 2025. Pas mal pour une réalisatrice qui nous avez habitué à un long moment entre la sortie de ses films (depuis son premier, Innocence, qui date de 2004, elle n’a fait que 4 films !). La tour de glace est la rencontre entre Jeanne (Clara Pacini), une jeune femme fascinée par La reine des neiges (celle du conte d’Andersen) et l’actrice et star Christina (Marion Cotillard) qui interprète le rôle de La reine des neiges dans un film basé sur le fameux conte. Au premier abord, on peut être légèrement déçu par rapport à son précédent film, Earwig. Celui-ci, bien qu’il soit assez hermétique, nous sidérait par son imagerie hors norme (impossible d’oublier ce plan de train fonçant dans la brume). La Tour de glace apparaît comme beaucoup plus limpide : une relation de manipulation et vampirique entre les 2 femmes, la jeune fan qui tombe sous le charme de la diva, bref un thème qui a souvent été traité au cinéma. Malgré tout, La tour de glace ne nous laisse pas froid. Lucile Hadžihalilović a le don de créer des plans marquants (chapeau au chef op’ et à l’équipe déco) et on se laisse prendre par le jeu des 2 actrices : Clara Pacini est une merveilleuse révélation et cela fait longtemps que Marion Cotillard ne nous avait pas touché à ce point (sa mort dans Batman est déjà oubliée !) ; ajoutons également une participation musicale envoutante. La tour de glace se laisse voir sans ennui (assez rare par les temps qui courent). Earwig n’avait pas tellement marché en salle (quel dommage !) souhaitons un dénouement plus heureux pour cette Tour de glace qui mérite d’être vu impérativement sur grand écran !
Lucile Hadzihalilovic livre un conte cruel et envoûtant qui puise autant dans l’imaginaire des contes que dans l’esthétique froide des animations soviétiques. Clara Pacini bouleverse en jeune fille en quête de repères, projetant son désir d’amour filial sur Christina, incarnée par une Marion Cotillard vampirique et prédatrice. Entre elles, s’installe un lien toxique où se confondent besoin d’affection et domination, dans un ballet de fascination morbide. La mise en scène, hypnotique et picturale, privilégie le silence, l’ambiance et la lenteur, pour mieux piéger le spectateur dans une tension sourde. August Diehl apporte une respiration fragile dans cet univers dominé par des figures féminines dévastatrices. Plus qu’un drame, le film devient une expérience sensorielle qui brouille folie et réalité, hantant longtemps l’esprit par sa beauté vénéneuse.
Lucile Hadzihalilovic sera de retour sur nos écrans le 17 septembre et c'est une formidable nouvelle. Car si j'ai pu être très sévère envers elle c'est indéniablement l'une de nos cinéastes les plus singulières et qui n'aura jamais cédé aux sirènes du mainstream. Donc cette fois encore, et ce même si vous entendez parler de "La Reine des Neiges" et de Marion Cotillard, l'objet est certes un conte mais radical, sans compromis. Comme tout cinéma entièrement basé sur l'atmosphère - Oubliez le scénario qui n'est pas très épais - on peut être soit exclu soit happé. Ceux qui auront la chance de se trouver comme moi dans la seconde catégorie passeront deux heures de tension, envoûtés par ces plans renversants de beauté, par ce travail phénoménal sur le son, s'attendant en permanence à ce que le pire advienne, que ce soit dans le rêve ou dans la plus sombre des réalités, dont on peut d'ailleurs se demander si elle en est une.
On devrait reparler de la jeune Clara Pacini, véritable révélation, et qui dit Lucile Hadzihalilovic dit Gaspar Noé, et c'est aussi un bonheur de le voir en tant qu'acteur.