Everybody knows
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anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 13 mai 2018
Décevant. La tentative boiteuse d’un chef iranien pour concocter une paëlla made-in-Spain. Asghar Farhadi nous sert un plat très inégal, assez factice, dont la fadeur serait extrême s’il n’était garni d’une brochette d’acteurs talentueux. Peu inspiré, peu travaillé, mêlant de façon maladroite la mécanique du whodunit et les ressorts du mélodrame, « Everybody knows » a des allures de téléfilm bâtard tourné à la va-vite. On subodore que le mélange des genres était censé se faire fluide et dynamique grâce à l’entrée oblique et graduelle dans la socio-psychologie des personnages et de leur environnement (familial, villageois). Cette formule aurait pu d’ailleurs fonctionner : un enlèvement avec demande de rançon, les proches suspectés au premier chef, l’urgence pécuniaire qui pousse à dire ou faire hâtivement des choses lourdes de sens, à trahir des promesses, à lever des tabous, à réveiller de vieilles blessures, à raviver de sourdes animosités, à faire du rapt une trappe d’où l’entourage de la victime ne peut plus s’extirper sans s’automutiler dans ce qu’il a de plus intime. Cependant, il y a hélas de la lourdeur dans la manière dont Farhadi essaie de nous mener de l’événement à l’arrière-plan, de la surface aux profondeurs, de l’aspect souriant des apparences à la conflictualité du tableau moral sous-jacent, avec par exemple une mise en question trop explicite, parfois trop dialoguée, des fondements de la propriété (Antonio vs. les villageois ; Antonio vs. Paco) et de la « vraie » paternité (Paco vs. Alejandro). Malgré tout, le personnage de Paco permet à Farhadi de jouer sur l’analogie intéressante entre deux rôles séminaux (géniteur / cultivateur). Paco est celui qui enfante, mais ses droits lui sont déniés ou contestés, et en définitive il ne les fait valoir que sur le mode du sacrifice, en renonçant à son domaine pour sauver l’enfant auquel on l’a jadis, à son insu, fait renoncer. Au bout du compte, il est victime d’une double spoliation. En effet, d’une part, en lui cédant ses terres à faible prix, Laura avait sans doute inconsciemment cherché à compenser sa spoliation en tant que père non informé de sa paternité ; d’autre part, en vendant seize ans plus tard ces mêmes terres (désormais mises en valeur) pour payer la rançon, Paco sauve son enfant mais ne recouvre pas ses droits de père. Il a alors perdu tout à la fois sa fille et son équivalent symbolique (i.e. les vignes). Et lorsque Alejandro dit à Paco qu’il lui rendra l’argent de la rançon, on devine la véritable signification de cette vaine promesse : « je ne te rendrai jamais ta fille ». Les deux plus belles scènes du film, fugaces mais lumineuses, sont celles où l’on voit en Paco se dessiner la figure pure de l’amour oblatif : d’une part, la scène des retrouvailles avec Irene, et d’autre part, le moment où Paco, allongé sur son lit avec les yeux dans le vide, sourit béatement alors qu’il vient de perdre tout ce qu’il avait…
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 13 mai 2018
Vu en avant-première en raison d’une bande-annonce et d’un casting alléchants, ainsi que de quelques critiques dithyrambiques... Et le résultat est plutôt décevant. Certes, les acteurs sont quasiment tous excellents (surtout J. Bardem), la vie et les rancœurs d’un petit village au cœur d’un vignoble espagnol sont bien dépeints et le spectateur est tenu en haleine (Irene, kidnappée lors du mariage va-t-elle être retrouvée saine et sauve?) mais il manque un « petit quelque chose » pour en faire un grand film : certaines situations sont improbables (difficile de penser que les parents ne contactent jamais la police, la rançon est trop vite rassemblée...) et surtout, le secret principal du film que « tout le monde sait » - pourquoi ce titre en anglais? - est un ressort trop classique et éculé. Restent un beau jeu d’acteurs, du suspense et le portrait d’une famille qui semblait unie uniquement en surface..
blacktide
blacktide

79 abonnés 795 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 mai 2018
Place publique et maux croisés...

Aller au cinéma, c’est aussi accepter une perte. Celle qui à chaque lever de rideau, et à chaque éclat de lumières sur le retour, se cueille pour que nous ne soyons jamais vraiment les mêmes. Se lever du siège, c’est encore abandonner une partie de soi dans la salle de cinéma. Puis aller de l’avant, tracer sa route, faire que cette perte ait un sens. Perdre, c’est briser le mur des apparences. Se dévoiler, écorcher notre écorce, pour y démasquer cette Piel que Habito, ce dénuement tout en fulgurances. Perdre son épiderme pour n’y laisser qu’un être face à soi-même, face à ses sentiments, face à l’écran de sa vie. Car nous allons au cinéma pour voir ce que notre vie n’est pas. Ou plutôt ce que notre vie pourrait être. S’abandonner l’espace de quelques instants à cette vie inconnue, de fantasmes et d’imprévus, puis l’oublier, la mettre de côté et passer à autre chose, cette vie couverte d’avant et d’après. « Comme les chansons qui meurent, aussitôt qu’on les oublie. »

Everybody Knows fait probablement partie de ces films qui sont parfois voués à l’oubli. Un oubli pour se souvenir. Jusqu’à réapparaître un jour, et nous rappeler à nous-mêmes, à ce temps passé et les séquelles qu’on en garde. Oui, le temps détruit tout. Mais, cette perte n’est-elle pas une nécessité ? Puisque dans chaque histoire, dans chaque relation, subsiste un éclat. Celui d’un premier amour, d’initiales gravées dans une pierre, et la poussière de son logis. Un clocher, et le vertige du temps. Puisque Everybody Knows s’ouvre sur cette mécanique du cœur : la vie, cette horloge abîmée par les années, qui pourtant continue de sonner. Tout est là, dans le silence, dans les engrenages rouillés de l’horloge, et dans les battements d’ailes d’un temps en effet papillon.

Et alors que les aiguilles Farhadiennes se calibrent à la seconde près, le temps fonctionne comme un artifice, une tombe que l’on remplirait de terre pour y dissimuler des secrets, des mensonges, des inavoués. Everybody Knows en serait presque un vin à maturation : écraser le raisin et le laisser mûrir, un peu comme une vérité que l’on garderait en soi avant de déguster, de dévoiler, et avant que la rancœur ne contamine la grappe. Et pourtant, todos lo saben. Car le propos de Farhadi n’est pas tant de cultiver le mystère, mais plutôt de l’exposer aux yeux de tous. Lui, et sa « conscience aiguë du passage du temps ». Tout est dans ce compte à rebours ou à venir, dans cette attente du passé, ce postulat simple et évident que nos actes et nos choix agissent sur le temps, comme le passé contamine le présent. Quand frapperas-tu ? Une énigme sans mystère en définitive, puisque nous en sommes constamment la victime, à chaque instant de notre existence.

Au-delà de ce travail d’horloger, et de ces vendanges temporelles, l’œuvre de Farhadi est avant tout une œuvre de « complication », de mise en situation et de basculement, notion qui une fois de plus renvoie inévitablement à la temporalité. Car, de cette souriante exposition sous le signe des amours de jeunesse, la tragédie est bien là, muette, dans ce mouvement, dans cette ébullition incessante qui ne demande qu’à être stoppée. Les verres se rapprochent, les corps aussi, des regards et des rires s’échangent, des baisers et des liens aussi. Tout nous rapproche pour mieux nous éloigner, du mariage à la disparition immédiate de l’innocence, de l’amour, et d’un bonheur qui n’était qu’une illusion.

Fête de trop ? Seulement le verre. Car dans cette maison des illusions, se chassent secrets, et blessures humaines. D’une disparition, seule subsiste une dénaturation par l’imprévu : celle de l’Homme qui se dévoile, se dénude pour mieux survivre à la déflagration. Quitte à désunir des êtres, et rompre le lien familial. Des personnages qui se querellent en faisant resurgir les conflits passés : oui, tout n’est qu’une question de conflit de génération et de gestion du passé. Des personnages piégés dans leur écriture, qui parviennent à s’en libérer par l’épreuve de la torture émotionnelle. Parce que le drame est partout. Même dans l’enchaînement d'événements aussi convenus qu’ils paraissent caricaturaux.

N’empêche que le grotesque de certaines révélations, et les facilités du secret et de la prévision, peuvent parfois faire passer ce drame familial pour un vulgaire épisode des Feux de l’amour, le casting et la réalisation en plus. Et là où les mots du maître de cérémonie côtoyaient les étoiles à l’improviste, ceux de Farhadi choisissent l’artificialité et les facilités du préparé. Et pourtant, même si certains moments se révèlent excessifs et démonstratifs, d’autres touchent au sublime. Des instants parmi tant d’autres, des regards énamourés ou envenimés, et des disputes émotives qui ne fonctionnent que dans cette perte. Pour une révélation qui n’en est pas une, et un prétexte pour des batailles sans fortune.

Tout revient finalement à nettoyer son passé en place publique. Mais les tâches restent. Ou plutôt, elles ont toujours existé. Ce qui nous lie, ce sont ces souvenirs, ce passé de perte et d’amour, de perte dans l’amour et d’amour dans la perte. Car, vieillir, au fond, c’est perdre ce risque, cette intensité, pour n’y voir qu’un refoulement, et une vérité introvertie. Comme une femme au bord de la crise de nerfs, cette mater dolorosa, incarnée avec pathos et larmes d’appui, par la sublime Penelope Cruz, faisant face à son mari dans la vie et spoiler: amant perdu sur l’écran
, Javier Bardem, tout aussi impressionnant, si ce n’est plus. Farhadi n’est pas cet hidalgo, Lost In la Mancha. Il capte au contraire, avec intensité (et dans le mélange des genres), ces êtres perdus dans les non-dits, et d’une œuvre solaire, la transforme en un film ténébreux, intimiste et profondément humain ; l’humain avec ses failles, ses blessures, ses imperfections mais aussi sa grâce dans la fragilité.

Laborieux, aucunement. Le digérer. Absolument. Une enquête. A moitié. Etiré. Peut-être. Mais qu’importe. L’évidence est là. Un peu comme dans la vie au final. Une tragédie de chaque instant, qui même lorsqu’elle tourne à vide, se pare d’étreintes brisées par le temps. Ou peut-être me fallait-il les paroles envolées d’un Edouard Baer pour magnifier cette perte, cette lenteur, de vide et de grotesque, qui pourtant me touche autant que je l’oublie. Des Fautes d’amours en êtres nus, Everybody Knows est un métronome, faisant de son basculement, du manque de subtilité en émotionnelle intensité, le parfait équilibre pour la résurgence, au risque de tout perdre. Car toute relation se bâtît sur une prise de risque. Triste constat, qu’au fond, tout sourire cache des pleurs. Un peu comme les moulins de mon cœur. Ou comme le chantait une douce Jeannette, là où sous les promesses d’amour, « s’endormiront toutes les choses qui resteront à dire ».

Me olvidarás, me olvidarás
Se dormirán todas las cosas
Que quedaron por decir se dormirán
Junto a las manillas de un reloj esperarán
Todas las horas que quedaron por vivir, esperarán.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 9 mai 2018
Excellent film qui raconte une histoire saisissante et vous tient en suspens jusqu’à la fin. Tourné dans un style réaliste, il nous plonge au sein d’une famille espagnole et de sa vie villageoise par l’intermédiaire notamment d’un mariage. C’est tellement bien tourné et les acteurs sont si naturels qu’on a l’impression de faire partie de la famille et d’assister nous mêmes à cet événement. Ce qui suivra nous marquera d’autant plus parce qu’on s’est attaché aux personnages...
Mais le fait divers qui met en mouvement l’histoire du film n’est finalement qu’un prétexte pour raconter le passé de cette famille et révéler progressivement les maints conflits qui se cachent sous la surface et n’attendent qu’une tragédie pour resurgir. Et c’est là que se trouve la vraie force du film : dans sa manière d’aborder les thèmes de la famille, de la trahison, de la jalousie, de l’argent... même si l’aspect « thriller » est bien présent et est très efficace.
Les seules choses que je reprocherais à ce film est sa longueur et le fait qu’on passe un peu trop de temps sur les états d’âme de certains personnages, sans que cela fasse avancer l’histoire.
En somme, un très bon film qui mérite d’être vu.
Yvette F.
Yvette F.

9 abonnés 32 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 9 mai 2018
Excellent film, plein de suspens, d'émotions (elles y sont toutes ... la joie, la peur, la tristesse et la colère pour les principales. Remarquables interprétations de ces émotions de la part de Pénélope et Javier et tous car pas de faux pas.
Splendides paysages, tout y est pour passer un moment qui nous tient éveiller.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 8 mai 2018
Excellent casting et très bonne réalisation !! Interprétation de tous très réaliste. Y aller les yeux fermés
1008cent99
1008cent99

52 abonnés 180 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 11 mai 2018
C'est pas mal... Mais je reste tout de même un peu déçu. Le début du film est très bien, l'ambiance est donné et j'ai tout de suite était dedans. La réalisation est très bonne, ils arrivent a nous faire suspecter un tel ou non, appuyer par un très bon casting d'ailleurs ! Le film est très bien de façon général, il soulève pas mal de question et ont ne peut s’empêcher d'avoir de l’empathie d'un coté pour le personnage de Pénélope Cruz mais aussi pour celui de Ricardo Darin. Le sujet est très délicat et chacun pourra en débattre après le film donc rien que pour ça chapeau. Maintenant malheureusement le film comporte à mon sens certaines longueurs parfois qui vont nous faire un peu décrocher. Les intrigues sont très bien amenées mais le dénouement tombe de façon brutal sans que ce soit très surprenant. De plus la présentation des nombreux personnages est flou, c'est un peu fouillis et compliqué de retrouver qui et qui pour les personnages secondaires. Donc voilà, néanmoins le film vaut le coup d’œil, essayez de le voir en VO, je l'ai vue en VF car je n'avais pas le choix par rapport à mon cinéma (VF pas ouf d'ailleurs).
Yves 4.
Yves 4.

123 abonnés 642 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 10 mai 2018
Bon film tenu par 2 bons acteurs J.Bardem et P. Cruz.
Pendant un mariage familial dans un village X en Espagne , la disparition d'une jeune fille de la famille.
Demande de rançon et secret de famille au programme , bon thriller.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 16 mai 2018
Un excellent film dense et intriguant. Le jeux des acteurs est impressionnant. Un très bon moment passé.
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