Celle que vous croyez de Safy Nebbou
Ce film est absolument à voir, pour de multiples raisons.
Les deux actrices, Nicole Garcia, marmoréenne, puissante et pleine de maturité, et surtout Juliette Binoche absolument irrésistible, dans la joie et la peine, dans son métier de prof et son désespoir de femme dans la cinquantaine. Bouleversante.
Les liaisons numériques dangereuses pourrait être le titre de ce film d'une modernité, d'une singularité et d'une rare maitrise. Nous suivons l'usage très complexe qui est fait de ces échanges, naïfs et bon enfants, qui évoluent de façon très envahissante, complexe, perverse, entre des êtres qui, pour se rencontrer, ont recours aux réseaux sot-sot. Pour une fois, les écrans, téléphones et portables, sont admirablement intégrés au récit et aux images du film. Une superbe réussite.
Le scénario est parfaitement construit, et d'une grande complexité, paradoxalement très lisible.
Et la fin de l'histoire est tout simplement imprévisible, une absolue surprise en plusieurs actes. Un vrai tour de force.
Il faut aussi souligner la qualité extrême des plans de ces deux femmes, filmées de très près, sans filtre, ce qui nous donne à voir chaque détail de leur visage en beauté ou en chagrin. Une belle merveille visuelle. Il y a une séance de photo qui laisse rêveur, tant les images magnifient l'actrice.
Sans spoiler, il est permis de dire que Juliette Binoche enseigne à l'université, et nous l'entendons durant quelques belles et courtes séquences, exposer, à ses étudiants, certains aspects de l’œuvre de Pierre Ambroise Choderlos de Laclos. Un pure régal qui propose des clés pour le film, tout en accentuant la modernité de celui-ci, au regard de l'éternelle constance de ce que Les liaisons dangereuses suscitent chez ses lecteurs.
Le réalisateur n'en est pas à son coup d'essai, et sa propension à opposer deux fortes personnalités permet, une nouvelle fois, une brillante démonstration. De lui, je n'ai vu que Dans les forêts de Sibérie, un film singulier et remarquablement interprété, maîtrisé malgré l'extrême audace de la mise en œuvre.
Au delà de l'immense plaisir que ce récent film suscite, il y a une profonde réflexion à nourrir quant à cette façon étrange, mais tellement banalisée, d'entrer en relation via ce qui, à mes yeux, les rend impossibles : l'omniprésence des moyens de communications numériques avec image.
Les fake news les plus délétères ne sont pas toujours celles que vous croyez.