Une femme, professeur universitaire en littérature, deux enfants, divorcée, un amant opportuniste, en psychothérapie. Une femme, belle, belle encore, juste un peu fânée comme tout un chacun à 50 ans ou plus, tout un chacun qui recourt à peu d’artifice, sinon aucun, pour paraître ce qu’il n’est plus, jeune, voire beau-belle, sans que cela porte nécessairement à conséquence, sans que cela interdise toute possibilité de séduction, tout moment de bonheur amoureux, même si la société et sa division genrée rendent la pratique plus difficile pour une femme qu’elle soit sans beauté ou encore belle. Cette femme aurait préféré rester jeune et tout à fait belle. Mais, plutôt qu’une simple possibilité physique, physiologique, générationnelle, que cherche-t-elle vraiment? Vitalité, enthousiasme des premières expériences, fusion des corps, des esprits dans une illusoire éternité. Comme un retour cyclique, une réparation narcissique, un refus de la mort. Sa vie banale dans un milieu social favorisé - enfants, cours, amis - est parcourue par une sensation d’abandon. Son désir structurant: qu’on la touche, qu’on la caresse, qu’on la choie physiquement, qu’on lui procure la sensation d’exister dans son corps, sa personne. Dans le même temps, elle pose d’emblée l’impossibilité de la satisfaction du désir. Aussi, invente-t-elle des histoires avec un jeune homme qui n’aboutissent jamais qu’à la disparition de l’un ou de l’autre. Avec lui, elle triche sur elle-même, un peu ou beaucoup, et dans le même temps se livre dans une certaine vérité. Ou encore, elle ne triche pas, juste par omission. Elle invente des solutions qui n’aboutissent qu’au maintien de son vertige existentiel. La psychothérapie ne la guérit pas; au moins aide-t-elle la psychothérapeute, reflet, trou noir face à la patiente, toutes deux partageant la condition de femme de 50 ans socialement favorisées, qui lui confie qu’elle lui a redonné une chose qu’elle avait eu en elle mais qu’elle avait perdu. Quoi sinon le refus du renoncement à donner un sens à sa vie. La psychothérapeute appliquera sans doute avec succès cette découverte à sa propre vie pour la rendre meilleure, alors que sa patiente se maintiendra dans un monde fantasmatique faute de pouvoir accepter le principe de réalité. Le temps ne se récupère pas. Les actes ne s’effacent pas, pas plus que n’adviennent les actes qui n’ont pas eu lieu qu’on aurait aimé voir advenir. Seul compte le temps présent.
Plusieurs problématiques: le vieillissement et la capacité de séduction, la psychothérapie, la critique de son efficacité pour la patiente et son effet sur la thérapeute, la névrose et l’imaginaire, les nouvelles technologies de la communication, la possibilité qu’elles peuvent procurer de se doter d’une vie de remplacement, la création littéraire, la manipulation, celle de l’héroïne et plus largement celle du réalisateur. Film sur la vérité de soi, celle qu’on accepte, celle qu’on invente pour soi, pour les autres. Un début simple, évident, qui va se complexifiant jusqu’au renversement final, jusqu’à la découverte de la manipulation.