Bon, on va pas se mentir:
quand le meilleur moment du film est au début le fauteuil I-max et à la fin, le générique
, c'est peut-être qu'il y a un problème. Surtout quand pas un rire n'a fusé de la salle qui avait tout d'une chambre funéraire. Bon, on n'était que 7 dans la crypte, apparemment. Sauf que dans une vraie chambre funéraire, on n'espère pas un réveil. Là, on l'attend 90 minutes.
En vain; l'électrocardiogramme, l'électroencéphalogramme l'émotionograme et le nerf zygomatique restent en coma dépassé
Entre les deux meilleurs moments sus-cités
, une histoire peu vraisemblable (on est dans la BD après tout, donc on ne va pas s'arrêter à ça, ça pourrait être un style, et de Broca, Lautner, Spielberg Mr Bean et Zemeckis ne diront pas le contraire), mais l'ensemble est raconté par
un gimmick narratif de voix off particulièrement poussif auquel répondent les personnages,(n'est pas Will Ferrel qui veut, dans son film cela avait du sens, c'était un dialogue avec la personne qui l'avait créé, lui, personnage de fiction, et contre lequel il se rebellait)
.
Afin de donner une bonne conscience politique à l'héroïne un peu trop d'un autre âge de Walthéry, et un alibi à l'hashtag-public-post-me-too, les auteurs en font des caisses et chaussent des sabots lourdissimes sur le patriarcat des années 60 (au passage des incohérences sur Roissy I, inauguré en 1974 alors que nous sommes en période Yéyé, dix ans plus tôt, mais on s'en fout, non?), et un scénario, que Philipe Clair ou Max Pecas n'auraient jamais voulu signer.
Bref, on en regrette Banzai de Claude Zidi - ce qui en soit n'est pas son meilleur film non plus malgré ses 3,8 millions d'entrées.
On se prend à rêver à un remake féminin du trépidant "homme de Rio" (ou ce que la team d'OSS 117, Coline Sereau ou Alain Chabat ou Phoebe Waller-Bridge auraient pu en faire). Natacha était une marque, un ton, un personnage fort, presqu'un multiverse avec ses dictateurs sud-américains, ses pétromonarques, ses agents secrets en mode "les barbouzes" mâtinés de San Antonio. L'occasion de nous faire réfléchir sur les conneries des 60's que nous payons encore aujourd'hui, au lieu de montrer cette époque comme un moyen-âge dont nous avons heureusement tourné la page enluminée; en clair, de refuser le défi de cette histoire.
En effet, faire de Natacha une "presque" hôtesse de l'air, c'est déjà proférer un non-sens et rater la cible - et ce, dès le titre. A quand "Astérix presque Gaulois, Lucky Luke presque Cow-boy, Lara Croft presqu'aventurière, Yoko Tsuno presqu'ingénieure, ou Dracula édenté?)
L'hôtesse éponyme est de sortie (de secours) et ne travaille qu'à son épreuve de sélection (en mode "quand ye veux ye peux" alors que pendant ses années de tentatives infructueuses elle aurait pu devenir archéologue ou pilote en ouvrant la voix pour l'exemple. Pourquoi ne pas la montrer hôtesse de lair parce que d'autres portes lui étaient fermées, mais qu'elle va, avec son uniforme, avoir les qualités de Bruce Lee, de Mac Gaver et de Chuck Norris? On se prend à rêver à ce que Kathryn Bigelow aurait fait du personnage. . Pourquoi ne pas la montrer au taf, en plein danger à 12 000 pieds? Les exemples de héros dangers aériens cinématographiques célèbres (et bien trop masculin, de Wesley Snipe à Liam Neeson (en passant par Harrison Ford) ne manquaient pourtant pas. Mettre Nattacha en sauveteuse d'un jet en déroute auraient eu le mérite de rayer le presque du titre de ce -presque - film.
Bon, on comprend que le capitalisme et le low-cost ont sérieusement déglamourisé le tourisme aérien, mais Natacha ne passe que
les 3 dernières minutes du film
en avion. Etait-ce pour laisser le champ libre à de nombreuses sequels? Cette chance semble apparemment compromise, malgré de belles intrigues exploitables dans les albums BD originaux. En clair, à force de vouloir déconstruire le personnage, le voilà tout bonnement détruit. Barbie, malgré certaines lourdeurs, émanait d'un récit autrement mieux ficelé et n'avait pas commis cette erreur : la protagoniste assumait d'être Barbie - jusqu'à la révolte. Ici, de Barbie, point, mais une barbante à coup sûr.
Bon, en lot de consolation pour les déçus de la BD, du film d'aventure ou du film parodique, (le film parvient à décevoir les 3) restent des décors naturels et des intérieurs aux petits oignons,
Un certain stylisme en clin d'oeil aux classiques d'époque (on pense au bureau du Grand Blond avec une Chaussure Noire) , des véhicules (hydravion, Riva, side-car, trains, etc,) et des enchaînements improbables qui apportent un certain charme désuet à l'ensemble et rappellent, parfois l'univers Natachesque original).
On regrette aussi que l'aspect yéyé ne soit joué que le temps d'une montée en voiture, alors qu'il y avait beaucoup à jouer dans cette gamme sur l'époque (avec une vraie star de la chanson d'aujourd'hui se parodiant au passage).
Tiens, l'époque? Si on en parlait? De Gaulle, toujours nommé, aurait pu et dû apparaître en caméo (Tchekov l'avait bien dit: ne mentionne pas une arme au premier acte si tu ne t'en sers pas avant le rideau final), et la géopolitique de l'époque (Guerre froide, dictatures bananiers soutenues par l'oncle sam, ancien nazis,tensions atomiques) méritait un filigrane. mais le film veut faire moderne, exercice toujours périlleux : en l'occurence, c'est la piste de l'anachronisme prophétique qui est choisie ici, mais confiée au mauvais personnage: en l'occurence…
un complotiste du nom de BFM (gag) qui annonce l'arrivée de la pilule et de la pandémie, rendant, pour le prix d'un gag vite oublié, l'urgence de l'enjeu dramaturgique négligeable (imaginez dans "Titanic" un passager qui prédirait le réchauffement climatique)
.
Dommage: on est passé à côté d'un Forrest Gump en Courrèges (Natacha, donc), qui aurait pu espérer et prédire en vraie tête de gondole, ce qu'ici seul un personnage secondaire dépeint comme crétin paranoïaque éructe dans sa barbe.
Un dernier mot sur les dialogue avec des expressions bien trop contemporaines ("hype"r) et pas du tout travaillés avec les expressions de l'époque (bath, épatant, ça biche, etc.). La vraie modernité, c'était celle d'une Natacha badass avec 60 ansés d'avance sur ses consoeurs d'aujourd'hui. C'était à elle d'être un prophète afin de tisser une complicité avec le spectateur au lieu que ce soit l'idiot utile de service, discrédité par l"héroïne (qui du coup parait niaise) qui ne le fasse.
Côté Comédiens, Camille Lou, avec son faux air de Françoise Dorléac, fait le job du mieux qu'elle peut, et l'effort est louable : sa partition est injouable et elle s'en tire pas si mal, avec une forme de sincérité qui force l'empathie. Les autres (mention spéciale à Bourdon et Adjani pour un cabotinage de club Marmara qui pique autant les yeux que les oreilles) et viennent clairement cachetoner en monnayant leur présence à l'affiche, en en rajoutant force louches pour faire bonne mesure à leurs deux registres de comédie; le comique de répétition…. et le comique de répétition.
Certes la BD de Walthéry en usait parfois jusqu'à l'bus. mais n'oublions pas que, parue en épisodes feuilletonnants d'un périodique, elle visait à fidéliser un lecteur ravi de retrouver ses marques. Un film d'une heure 30 n'a pas les mêmes contraintes.
Bon, c'est la fin des 90 minutes. Le générique de fin tant attendu. On espère que la cantine et l'ambiance de tournage étaient bonnes (ce qui semble le cas à en juger par les sympathiques remerciements à l'écran).
Pour le reste, on se demande ce qui a pris une pléthore de décideurs (TF1, région ile de France, Pathé, Sofia et consorts) de dépenser leur argent sur foi de quoi? Ont-iils été cru à la martingale Barbie rencontre OSS 11"7? Mais ont-ils seulement lu le scénario? Sur la foi de quoi s'est jouée leur décision? Si c'était l'espoir d'une franchise, il s'est sérieusement amenuisé. Bon, on peut encore espérer un reboot.
On regrette que pareille "aille pie" comme on dit aujourd'hui et son potentiel si riche se voie creuser une tombe pour le moins abyssale.
RIP.
Qui tollis peccata Natacha Mundi Miserere nobis.