Ce qui est étonnant avec un cinéaste aussi chevronné que Marco Bellocchio (80 ans en novembre, 54 années d'activité et 26 longs-métrages), c'est que le meilleur de sa filmographie se trouve dans la période la plus récente, avec notamment Vincere et Fais de beaux rêves. Et Le traître n'est pas loin de les valoir, alors qu'il s'agit d'un énième portrait d'un mafioso, en l'occurrence, palermitain. Le film, entre Rosi et Scorsese, est une évocation magnifique d'un "homme d'honneur", du moins se définissait-il comme tel, qui ne se considéra jamais comme un repenti malgré ses révélations au célèbre juge Falcone. Sa vie a été on ne peut plus romanesque, tout au long d'un parcours où, en bon sicilien, il s'évertua à protéger sa famille et à essayer de mourir paisiblement dans son lit. Au-delà des épisodes violents, et il y en a de nombreux dans Le traître, qui appartiennent au registre de la tragédie, ce sont les scènes de procès qui impressionnent le plus par leur théâtralité baroque, à ranger dans la catégorie Comedia dell'arte. Ces moments d'affrontement verbaux entre parrains du crime organisé sont filmés de manière limpide et fluide, donnant lieu à des échanges de haute volée, riches en ironie et en humour. Bellocchio ne perd jamais de vue son sens de l'équilibre entre l'intime, le politique et le social, accélérant quand c'est nécessaire à l'action, ralentissant le reste du temps, nous immergeant totalement dans l'existence tumultueuse de son personnage principal. Directeur d'acteur hors pair, le cinéaste trouve en Pierfrancesco Favino l'interprète idéal, sobre mais expressif, capable de rendre toutes les ambigüités d'un individu complexe, rusé comme un renard, sans chercher à le rendre sympathique ou antipathique mais simplement humain.