19ème film Compétition Cannes 2000 : Changement de registre pour Haneke qui quitte son Autriche natale où il a ausculté la violence de la société à travers 4 films différents, dont le dernier, Funny Games, avait choqué Cannes en 1997, pour tourner hors de son pays, essentiellement en France, ce récit choral, patchwork de plusieurs histoires, mode de narration déjà utilisé dans 71 fragments.. Le réalisateur a indiqué s'être intéressé aux histoires de migrants, en perpétuel exil pour fuir un chez soi invivable et qui peine à trouver une terre d'accueil, dans des sociétés devenues cosmopolites avec leurs difficultés à assumer cet état de fait. Pour autant, ce qui tient plus de fil rouge serait plutôt l'incommunicabilité entre les êtres, donc bien sûr entre autochtones et étrangers. On suit alors le récit de pans de vie d'une actrice incarnée par Juliette Binoche, compagne d'un reporter de guerre entre deux missions entre le Kosovo et l'Afghanistan et dont le frère est en conflit avec son père et souhaite quitter la ferme familiale pour la capitale parisienne, mais également un jeune malien professeur de percussion dans un centre pour sourd-muet, relativement intégré mais victime de racisme ou de délit de faciès et sa famille nombreuse (une des soeurs également muette, petit frère victime de harcèlement scolaire, père âgé travailleur précaire, mère angoissée adepte des conseils de marabouts) ou une migrante roumaine sans papiers contrainte à faire la manche, en perpétuel transit entre expulsion de France, voyage clandestin pour quitter la Roumanie et retour dans l'Hexagone pour gagner quelques sous même sous la honte de la mendicité). Ces petites tranches de vie commune alternent successivement, coupées parfois de manière abrupte, mais sont la suite d'une scène d'ouverture assez magistrale regroupant elle l'ensemble des protagonistes, où le racisme, le mépris de classe et l'incommunicabilité sont là parfaitement intriqués. Quant aux nombreuses saynètes, elles sont d'un intérêt inégal mais le malaise demeure pour certaines scènes (agression verbale dans le métro, dispute au supermarché, impossibilité de trouver une place pour exercer la mendicité..) qui rehausse la qualité du film, qui pourrait être uniquement théorique et totalement glacial. L'harmonie d'un groupe de percussionniste sourds vient apporter une petite touche d'espoir de concorde, qui tranche avec le constat nihiliste et misanthrope des films précédents du réalisateur viennois qui cherche toujours à déchiffrer les codes inconnus qui pourraient empêcher les relations humaines de se détruire.
Le seul problème véritable c'est que l'Europe est solidaire, dans son style et dans sa propension aux massacres, ce qui est sans doute une seule et même chose. Et malines sont les visions qui ressemblent à des éclats de verre car le langage de l'enfant, privé de miroir, demeurera pour nous le langage de l'enfant. Il est le premier fragment d'une vision du monde qui se rêve époustouflante. Et quelle puissance dans le récit et quel sens à nouveau de l'abstraction. Delaunay avez-vous dit ? Oui c'est d'avant-garde dont il est ici question puisqu'il n'y avait sans doute pas meilleure manière pour ouvrir le siècle que de se souvenir que les nations ne savent plus se regarder. Haneke démontre avec ingénuité que la grande figure abstraite du XXème siècle c'est l'Europe, cette demoiselle inapte à se reconnaître et à se mirer à travers une altérité. Sans doute le film le plus politique de l'année 2000. Voilà ce qu'on dirait, sans doute, si nous étions aveugles. Car ce cortège de compliments, le film l'implore. Il parvient pourtant à étonner lors des premières séquences lorsque nous sommes encore vierges de ses ressorts : le point de rupture entre le plan séquence initial et les photos de Luc Delahaye en Yougoslavie entend accueillir un fantôme qui nous viendrait de l'imaginaire godardien. Mais posture que tout cela : la liberté formelle que s'octroie Haneke est le ferment d'un système narratif bien trop sûr de ses droits. Je dynamiterai tout ce qui s'apprête à vivre. Voilà ce que rabâche inlassablement chaque cut au noir. C'est le mot d'ordre des Etats européens en Yougoslavie et la mécanique esthétique installée par le cinéaste reproduit cette perspective autoritaire. Oui il y a de la puissance chez Haneke mais c'est une puissance solitaire car elle ne nous est jamais rendue, pas plus au dévouement admirable des comédiens qu'à nous, spectateurs de destins irréparables. Les images ont du pouvoir sur les autres mais elles ne sont pas à égalité, ni entre elles ni par rapport à nous et il n'est pas plus permis au fragment de vivre sa vie de fragment, qu'au secret de se contempler comme secret. Cette vieille idée que la signification doit être enterrée, comment la croire lorsque Haneke s'arroge tous les pouvoirs ? De quel inconnu parlons-nous ici ? Ce secret confié à l'enfant n'a plus rien à voir avec ce que se chuchotent l'ombre et la lumière dans les meilleurs films de Fritz Lang ou avec ce que le vent dérobe au silence qui sépare Elena Kouzima et le soldat allemand dans le Okraina de Barnet. Ici tout est falsifié car ce prétendu "code inconnu" n'est que la façade d'une aspiration à dominer et à asservir. Le film peut fasciner mais quelle faiblesse représente alors cette fascination. Haneke ne devrait pas pouvoir être seul prophète en son pays. " Récit incomplet de divers voyages" nous dit-on mais la mendiante n'a jamais voyagé, pas plus que la fiction n'a essayé de naviguer en terres documentaires. Et il n'a d'ailleurs rarement été aussi impossible de voyager qu'à travers ce temps vaincu pourtant possédé par la passion de vaincre. Le moralisme cérébral d'Haneke a-t-il seulement daigné interroger la pitié du cadre à l'égard du cadré ? Puisque après tout c'est de cadres de vie dont il est ici question : un adolescent fugue sa ferme natale pour trouver sa voie, une réfugiée roumaine cherche sa place sur la terre, un reporter de guerre peine à trouver une image du bonheur. Mais ce n'est pas ce qui intéresse le cadre et l'écrasante somme de prouesses techniques qu'exhibe la caméra d'Haneke se trouve tout à fait étrangère à quelque existence que ce soit. Quelle est la valeur d'un plan-séquence lorsqu'il ne sait que se regarder lui-même avant de songer qu'il est l'organe d'une détresse ? Nous ne demandons pas des victimes, bien au contraire. C'est d'équité dont il s'agit. Et de justesse. Haneke fait semblant de se démarquer car son style est soumis aux puissances uniformes qui fleurissent aux quatre coins de l'Europe et qui ne se posent qu'une seule et même question : moi, moi, moi. La publicité aussi n'a qu'un objet mais elle, au moins, n'attend guère qu'on la félicite car elle se sait méprisée des esthètes.
Existe-il seulement encore des objections ? Il semblerait que le temps retrouvé n'est jamais voulu du temps perdu : il nous est passé sous le nez, pressé de filer vers sa conclusion aporétique et lâchement sybilline. Code inconnu est un film qui entend innover sans jamais prendre en compte qu'innover peut vouloir dire quelque chose. La misère n'a jamais eu le sentiment de sa misère et les catastrophes sont des appuis dont se sert Haneke pour nous transmettre son austérité. Une image de marque et rien de plus. Mais nous devons reconnaître néanmoins qu'au regard de son jumeau* et de la décennie 2010 du cinéaste ce médiocre pensum demeure un film presque remarquable.
Le choix artistique dont fait souvent preuve Michael Haneke dans la mise en scène de ses films peut rebuter. Pour son cinquième long-métrage, sorti en 2000, c’est clairement rédhibitoire. Sa dénonciation des travers de notre société, en l’occurrence la difficulté de communication, se retrouve clairement contrecarrée par la limite de son style, à savoir clinique et austère. L’enchainement de saynètes découpées à la hache ne procure aucune émotion. A force de regarder son nombril, le réalisateur autrichien en oublie le spectateur. Du coup, son propos devient inintéressant et ne touche jamais sa cible. Bref, une œuvre insipide et ennuyeuse.
Avec "Code inconnu : Récit incomplet de divers voyages", Michael Haneke explore les problèmes de communication à travers les portraits d'individus confrontés aux barrières linguistiques et aux codes sociaux. Ce film mosaïque, qui tisse plusieurs intrigues, est effectivement incomplet et donne l'impression d'un brouillon aux allures triviales. Il faut accepter une narration qui se termine brusquement en pleine action ou au milieu d'une phrase. À notre avis, cela le rend pénible et particulièrement alambiqué.
Premier film de Michael Haneke réalisé en France, Code inconnu (2000) a été tourné entre les sulfureux Funny game et La pianiste. Il paraît beaucoup moins polémique que ces deux-là, même s’il aborde de front certaines thématiques compliquées, que l’on retrouvera notamment dans son remarquable Caché (le rapport complexe à l’immigration, le racisme, la relation aux images, à la réalité et à la fiction…). Reprenant son dispositif de 71 fragments d’une chronologie du hasard, le film est une succession de plan-séquences, parfois coupés au beau milieu d’une conversation, dans lesquels on retrouve différents personnages au fil de l’intrigue, un peu à la manière d’un puzzle. Un bel exercice de style, qui préfigurait certaines obsessions des sociétés occidentales dans les années suivantes.
On constate vite que le récit est un peu vain, dans le sens où il n'y a pas d'intrigues, pas de réelles évolutions des choses ou des personnages et très vite l'ennui s'installe. Le pire reste sans doute un montage à la serpe qui accentue la sensation de sketchs et qui souligne le fait qu'aucun segment ne semble lier à l'autre. Comme tout film à segments un décalage s'ouvre entre les parties réussies et les autres, les séquences qui amènent à un minimum d'émotions et celles qui laissent un sentiment de néant. Dans les meilleures scènes on peut citer le jeune homme qui tente d'expliquer l'humiliation gratuite d'une SDF par un ado, la fillette devant sa classe qui s'avère être composée de sourd-muets ou la passagère du métro qui se fait cracher dessus. A contrario certains passages sont grotesques voir invraisemblables comme l'intervention des policiers qui tient du fantasme ou de la caricature, ou des passages un peu trop redondants comme le tournage. En conclusion Haneke signe un film qui n'a pas grand chose à dire, l'ironie du sort pour un film sur le manque de communication. La première déception pour un Haneke. Site : Selenie.fr
Une suite de plan-séquences racontant autour d’un incident commun avec une mendiante, criant de justesse, les parcours des différents protagonistes. Beaucoup de scènes parfaitement réussies : le repas père taiseux/fils ingrat (?), le repassage troublé, le dragueur-racaille du métro… mais quelques autres sont plus confuses, en Roumanie par exemple. Un film sur la nature humaine, avec ses faiblesses et ses coups d’éclat, ses moments de vie et de déprime. La fin ambigüe est à l’image du reste.
Voici un film qui ressuscite un temple du cinéma des années 90: le kinopanorama à La Motte-Picquet, Paris 15ème!!!! Dans cette longue et dernière partie sans paroles, censée donner le code final de ce film choral totalement vide et abscons. Une sorte de Babel triste, gris et déprimant. Les gens ne se rencontreront pas. Le code n’est pas celui qui va les réunir car il ne se partage pas.
Autant le début est exceptionnel, autant le reste beaucoup moins.
Il est difficile d’avoir un avis sur Code inconnu tant il agit comme une accumulation de dizaines de scènes indépendantes, presque un film à sketches. On est loin du récit chorale dont il a l’air. Et donc on peut très bien accrocher à certaines séquences comme beaucoup moins à d’autres. Ainsi il est difficile à juger dans sa globalité.
Les premiers instants sont excellents donc puis progressivement tout se perd. L’absence de sous-titres aux langues étrangères n’aide pas. Ça tourne en rond. On constate une idée et un dispositif intéressants mais pas de quoi captiver durant deux heures.
Nouvelle tentative pour moi avec le cinéma d’Haneke et c’est une nouvelle déception. Je dirais même un échec dans ce cas précis. Code inconnu veut parler de la difficulté de communication entre des personnages repliés sur eux et leurs propres aspirations et du coup de l’incompréhension et du conflit que cela engendre. Problème il parle tout seul, il fait son exposé de manière didactique sans jamais inviter le spectateur à le rejoindre. Non seulement c’est barbant mais cela fini par être repoussant.
Haneke pose un regard cynique sur les déviances et l’indifférence d’une société individualiste, terni par un récit trop décousu de plusieurs destins qui s’entrecroisent, hormis quelques scènes percutantes.