Edouard Baer (notre maître de cérémonie au prochain Festival de Cannes) est maître es ‘rien du tout’ dans ce film, qu’il joue superbement. Sa compagne dans le film Leïla Bekhti est également maître mais en vrai (avocate), quoiqu'elle ne maîtrise pas les choses plus que lui. Les deux forment une sorte de couple magnifique et infernal, dans le sens où ils sont passionnés par ce à quoi ils croient, pas menteurs, authentiques tous les deux, mais authentiquement ordinaires voire idiots (même si l'un a fait des études et l'autre pas). Le titre nous fait croire d’abord qu’il s’agit d’un film ennuyeux sur la lutte des classes (au sens marxiste du travail qui s’oppose au capital). Donc titre très mauvais. Le synopsis du film nous fait croire ensuite qu’il s’agit d’un jeu de mots sur l’école (école publique, école privée). Et les critiques s’engouffrent là-dedans : l’école serait ‘le symbole de la fracture nationale’ ; le réalisateur s’interrogerait sur ‘la mixité sociale’, dont le film en serait une ‘gentille chronique’… L’essentiel est ailleurs et plus simple –mais c’est peut-être difficile à voir, comme toutes les choses simples : ce couple incarne à merveille la bêtise de notre temps, où les gens passent de la passion au dogme sans s’en rendre compte, manipulés qu’ils sont en tout, pouvant aller jusqu’à devenir le contraire de ce qu’ils affichent. Oui, l’école est le révélateur de cet état de choses (dans ce film-là) mais ce n’est pas le sujet principal. Ce qui est montré, et grave, c’est d’être à la fois mou et borné dans sa tête, d’avoir des valeurs mais de ne plus trop les connaître. Tout cela mènerait une personne solitaire à l’ennui ou à la violence. Heureusement, dans le film, ils sont deux, sans compter la brochette de personnages avec qui ils communiquent, et ça sauve tout le monde (c’est du moins comme ça dans le film). Plus heureusement encore, et c’est la première qualité du film, c’est une vraie comédie. C’est désopilant (à commencer par le père plutôt looser ou la mère plutôt winneuse). Même si c’est moins désopilant de s’aviser qu’on rit de nous-mêmes, dans ce qu’on a de plus authentique... C’est du Molière. Le ton est donné dès la première seconde (on y parle immobilier), où l'on "rit" ouvertement du "dogmatisme" (hallucinant, du père). A.G.