Une sacrée superproduction : 320 millions de dollars, dont la répartition doit s'être faite principalement dans les cachets monstrueux des vedettes (outre Millie Bobby Brown et Chris Pratt, n'oublions pas Woody Harrelson, Giancarlo Esposito, Stanley Tucci... Beaucoup de gens qui viennent chercher leur chèque, donc il faut allonger le blé), ainsi que dans les effets spéciaux très propres (on peut bien lui accorder cela). Mais une super-déception, aussi. On comprend vite que The Electric State est un film pour enfants quand les adultes soupirent à chaque phrase pré-enregistrée complètement niaiseuse du robot-frangin (insupportable), quand l'humour est très simplet et les combats ne montrent pas une égratignure. L'intrigue pompe tout sur la SF d'anticipation la plus basique (vous allez avoir des relents de déjà-vu toutes les cinq minutes), dont on ne doute jamais de la fin (et l'on ne se trompe pas), le film enfonçant des portes ouvertes sans aucune imagination. Tout est tiède, sans émotion, sans discours sur l'IA et la domotique, alors que l'ouverture du film regorgeait de sujets : que sont devenus les humains remplacés au travail par ces robots infatigables ? Que devient la société à long terme avec ces casques aliénants sur la tête ? On voit bien une petite seconde
un couple d'humains qui a "oublié de vivre" avec leur casque vissé sur la tête
, mais comme l'image dure une seconde et demi (il ne faudrait surtout pas traumatiser les petits de 5 ans et moins), l'idée est jetée dans la fosse (pour ceux qui l'auront chopée au passage) mais on n'en fait absolument rien. Et l'ouverture balaye en une phrase le fait que les robots ont développé une intelligence propre, un joli "Chut, c'est magique" assez désagréable. D'accord, on est dans un film de SF pour enfants, mais n'aborder jamais la question de leur développement depuis le Rumba qui tape dans les murs jusqu'au Monsieur Peanut qui débat avec vigueur (on ne demande même pas d'aborder les détails, on laisse cela à Asimov) revient à creuser un peu plus le néant de contexte qu'instaure ce The Electric State bien pauvre. On aurait aussi pu rêver d'un brin d'émotions et de tensions en changeant un détail dès le départ : on aurait fait du robot jaune le dernier refuge de l'esprit du frangin (plutôt qu'un jouet dirigé à distance, ce qui signifie que le frangin est vivant ailleurs), on aurait tremblé à chaque accident qui arrive au robot, on aurait eu peur pour lui comme si c'était le petit frère, mais la dynamique "simple duplicata" enlève tout enjeu de survie, tout suspens. Comment croire alors à la
fausse fin "dramatique"
que le film peine à mettre en place, et l'on n'est encore une fois pas surpris par la dernière image du film (pas une égratignure, rappelez-vous). Les acteurs sont là ouvertement pour toucher leur chèque, les effets numériques sont très soignés (à ce prix-là, encore heureux), et l'histoire est d'une linéarité et prévisibilité affligeante, réservant ce film à un public vraiment jeune et patient (bon courage pour les 2h05, les enfants).