‘The electric state’ est le film le plus coûteux jamais financé par Netflix (on parle de près de 300 millions dollars. Quand je pense qu’il y a cinq ou six ans, je trouvais complètement fou qu’une “plateforme de streaming” tape 100 millions de dollars dans l’inepte polar Heroic-Fantasy ‘Bright’). Pourtant, il est basé sur un bouquin, c’est de la SF dystopique, il y a des stars dedans,...alors, qu’est ce qui pourrait bien ne pas fonctionner, hein ? D’ailleurs, si on en reste aux apparences, ‘The electric state’ n’est pas complètement loupé, avec ses années 90 uchroniques dans lesquelles l’IA et la réalité virtuelle se seraient développées prématurément à la suite d’un conflit entre les humains et les robots (eux-mêmes fonctionnels dès les années 60, dans une sorte d’ersatz du Discovery World made in Disney). D’ailleurs, on ne boudera pas son plaisir en posant les yeux sur cette gigantesque parade de machines mécaniques pensantes, avec leur look vintage et amical : dans d’autres superproductions, le bestiaire est composé d’Aliens ou de créatures magiques : ici, ce sont des droïdes-facteurs ou des chaises de coiffeur automatisées. Etant donné que la forme reste relativement réussie (ce qui ne veut pas dire qu’on repère avec certitude où sont passés les trois cent millions de biftons), vous vous doutez que je serai moins aimable sur le fond. Ah, évidemment, le fond. On a déjà à peu près tout dit sur les robots, l’Intelligence Artificielle et le Virtuel, depuis le film de Spielberg de 2001 jusqu’à son ‘Ready Player one’ de 2018, sans oublier un bon millier de productions américaines et internationales, blockbusterisées ou plus auteurisantes, qui brassent des thématiques similaires. Comme on a déjà tout dit, ‘The electric state’ n’essaye même pas de rajouter quelque chose. Si je parle de tonton Steven, c’est que le film des frères Russo joue dans la même catégorie, celle d’un film à grand spectacle familial et conçu pour divertir…moins l’émotion et la réflexion que Spielberg parvient à injecter quasiment à chaque fois dans ses productions maison. ‘The electric state’ est un film à gros budget vide et désincarné, qui balance quelques généralités sur les machines qui sont parfois peut-être plus “humaines” que leurs concepteurs et se contente d’accumuler les scènes et les poncifs dans l’ordre selon lequel on les attend (la fuite, l’apprivoisement mutuel, les révélations, la capture, etc…). Le plus surprenant, c’est que, bien que les Russo Bros. soient parvenus à brillamment assurer la partition d’un film-choral avec des surhommes bouffis d’égo (les deux derniers ‘Avengers’), cette fois, ils n’arrivent même pas à faire fonctionner leur duo-vedette : Millie Bobby Brown est insupportable, ce n’est pas nouveau mais avec Chris Pratt, la déception est plus sensible. Évidemment, le savoir-faire est tout de même là, en surface, et les enfants apprécieront les petites touches d’humour et l’émotion facile. Les adultes aussi, sans doute un peu moins, mais ‘The Electric state’ ne provoque pas suffisamment d’énervement et de dégoût pour qu’on se lève et qu’on aille éteindre la télé séance tenante…surtout qu’il suffit simplement d’avoir un peu de patience : comme toute production Netflix, il partira directement à la corbeille mémorielle en fin de séance.