La Mule
Note moyenne
4,0
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824 critiques spectateurs

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Moorhuhn
Moorhuhn

167 abonnés 579 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 mars 2019
Après une série de trois films complexes plus ou moins controversés sur l’Amérique et le rapport maladif qu’elle entretient avec ses héros, Clint Eastwood renoue ici avec une certaine forme de simplicité qui a souvent fait sa force. Simplicité à la fois thématique, narrative et formelle qui s’éloigne radicalement d’un 15h17 pour Paris aux teintes plus expérimentales qui a dérouté pas mal de monde tout en étant malheureusement très incompris dans ses intentions. La Mule est un projet plus fédérateur sur le papier avec notamment le retour du grand Clint devant la caméra, ce qui fait écho à son succès commercial et critique Gran Torino dont on pensait clairement à l’époque qu’il s’agirait de son dernier rôle au cinéma. Dix ans après, la recette Eastwood derrière et devant la caméra fonctionne-t-elle encore aussi bien ?

Nous suivons ici les aventures d’un vieil homme, Earl Stone (incarné par Mister Eastwood himself donc), qui va arrondir ses fins de mois en convoyant de la drogue pour le compte d’un cartel mexicain. Ce qui marque d’entrée de jeu, c’est ce sens de l’écriture qui va dérouter assez subtilement le spectateur dans un univers qui paraît si familier au cinéma. En effet lorsque l'on parle de cartels et de trafiquants de drogue sur grand écran, nous avons régulièrement le droit aux clichés des gros durs tatoués qui froncent les sourcils et sont bien méchants. Dans la Mule nous les retrouvons bien mais ils nous auront rarement paru aussi humains.

Au fur et à mesure que les missions s’accumulent, les liens entre les gangsters et le vieil homme se tissent et s’étoffent de manière parfaitement naturelle. C’est aussi ce qui rend ce film si attachant en fin de compte, le fait de voir des personnages aux caractéristiques simples mais évolutives et finalement assez surprenantes. Pas de manichéisme primaire donc, ce qui est réellement appréciable. D'autant plus que ces relations atypiques pleines de légèreté contrastent avec les relations délicates que le personnage entretient avec des personnes bien plus proches, à savoir les membres de sa famille.

Thématique régulièrement présente dans la filmographie d’Eastwood, et souvent représentée de manière complexe, le thème de la famille aura rarement été traité de façon aussi introspective chez le cinéaste. Et pour cause, la fille du personnage délaissée par son paternel n’est autre que la fille de Clint Eastwood dans la vraie vie. Cette teinte autobiographique ajoute une autre profondeur à ce thème souvent évoqué et limite éculé au cinéma, d’autant plus que la sobriété du traitement rend le relation crédible. On pourra d’ailleurs dresser un parallèle avec **Les Pleins Pouvoirs** sorti une vingtaine d’années plus tôt et qui traite d'une relation père-fille similaire en filigrane. Et c’est en voyant La Mule qu’on comprend finalement encore plus le sens que donne Eastwood à la représentation familiale dans son cinéma.

Outre les relations familiales compliquées, il y a cette confrontation à distance entre la mule et l’agent du FBI incarné par **Bradley Cooper** qui a une obligation de résultats dans la guerre menée face aux cartels. Confrontation intéressante entre deux personnages qui se croiseront sans se connaître et développeront un lien respectueux intrigant à suivre pour le spectateur, ce qui est finalement dans la continuité de chaque relation que l’on verra apparaître à l’écran. Et c’est une des grandes forces de La Mule, le fait que chaque personnage existe suffisamment à l’écran pour qu’on s’y attache et qu’on ressente de l’empathie. Le vieil Earl est bourré de défauts. Il a délaissé sa famille pour le boulot, est un peu raciste sur les bords sans le faire exprès et a sa propre morale pas exempte de tout reproche mais qu’est-ce qu’on s’y attache. Idem pour son ex-femme et sa fille, idem pour le chef du cartel et le protégé de ce dernier, idem pour les gangsters du garage. Une écriture de personnages toute simple mais terriblement efficace et qui ne les limite pas à de vulgaires stéréotypes.

Le film dans l’ensemble mêle habilement les séquences légères et humoristiques aux scènes plus dures et plus tendues, du fait notamment de la persévérance et de l’obstination du vieil Earl qui fait là un job comme un autre avec la même liberté que sa précédente activité de chef d’entreprise. Ce qui ne manquera pas d’énerver plus d’une fois les membres du cartel et de dérouter plus d’une fois ceux du FBI. Après les missions ont tendance à se dérouler assez rapidement et sont représentées de façon peu périlleuses, ce qui est ma petite déception. Pas de quoi bouder son plaisir non plus tant le film est bien rythmé et mis en scène avec une efficacité redoutable. J'ai toujours l'impression qu'on a tendance à l'oublier mais Eastwood reste un très bon formaliste avec une esthétique reconnaissable entre mille.

Et sur un plan personnel, je dois bien dire que le film apporte son lot d’émotions. Non seulement par son histoire et son sujet mais aussi par la présence à l’écran d’un Clint Eastwood qui n’a jamais été filmé aussi âgé. Je trouve sa présence particulièrement émouvante tant c’est un acteur pour qui j’ai toujours eu de l’admiration et que j’ai vu évoluer au fil des âges dans des films souvent marquants. Et le voir là, en pleine forme mais marqué par les stigmates de la vie à 88 ans, c’est vraiment quelque chose de spécial.

Mais si on enlève cette parenthèse, il s’agit bien là d’un film aussi simple que touchant, dans la lignée de son magnifique **Honkytonk Man** (qui traite d'une relation familiale, tiens tiens). Nous n’assisterons pas au film le plus audacieux ni le plus original du monde mais nous assistons tout simplement à un beau petit morceau de cinéma très agréable et tout en sobriété. En tout cas ça confirme le retour en force opéré par Eastwood depuis 5 ans après une série de films anodins et insipides (coucou **Invictus**). Et on espère que ce bon vieux Clint a encore quelques idées derrière la tête pour continuer à nous sortir des films de ce calibre.
Ashitaka3
Ashitaka3

129 abonnés 1 233 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 25 décembre 2020
Une oeuvre bien sombre, comme sait le faire Clint Eastwood. Le film révèle quelques bonnes surprises et le rythme intéressant. La conclusion se révèle un peu facile. Pas vraiment décevant mais il n'y aucun vrai second rôle captivant. Clint a du mal à porter le film à lui tout seul, l'âge avançant. Il se révèle quand même excellent réalisateur toujours.
Selingues G
Selingues G

96 abonnés 995 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 1 août 2019
Le dernier film de Clint Eastwood est plus sage, et il sonne comme une sorte de bilan de ces années passées derrière et devant la caméra. Le résultat est juste excellent.
On suit le parcours tiré d'une histoire vraie de la plus vieille mule des Etats-Unis.

Comme à son habitue, Clint Eastwood nous offre une performance magistrale à l'écran et on peut aborder même la patie plus personnelle de l'acteur comme s'il faisait une autocritique de ses dernières années de vie.

La mule deviendra rapidement un classique.
Emmanuel Cockpit
Emmanuel Cockpit

90 abonnés 1 460 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 6 février 2019
Autour du repentir et de la rédemption, ce road-movie sonne comme un ultime message que Clint Eastwood souhaite délivrer, en nous expliquant que les choses ne sont pas toujours comme on les voit. Au-delà de ses 88 ans et au-delà du fait qu’il est devant et derrière la caméra, le cow-boy a bien évolué et continue néanmoins à nous captiver par sa vision têtue et aussi ses fêlures, en mélangeant émotion et certitudes.
Paul B
Paul B

89 abonnés 1 506 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 9 novembre 2021
Un vieillard attachant se retrouve mêlé à un trafic de drogues par manque d'argent, des personnages attachants, une enquête complexe mais facile à suivre...

Une réussite complète.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 24 mars 2019
J'ai l'habitude d'être en désaccord avec les critiques press, mais je me retrouve souvent dans l'avis général des spectateurs qui évaluent le divertissement sans complaisance ni préjugé.
Concernant ce film, je ne m'attendais pas à une évaluation faussée en mode fanbase.
J'étais heureux, moi aussi, de retrouver Clint, devant et surtout derrière l'écran.
Mais soyons objectifs, ce film est raté et la qualité des acteurs ne relève en rien sa médiocrité.
Le réalisateur nous a habitué à un réalisme brutal de ses récits, peuplés de personnages complexes et criants de vérité.
Ici c'est tout l'inverse, une histoire inintéressante et attendue, et des personnages improbables et caricaturaux.
Je note sévèrement, car je ne cautionne pas la note globale actuelle (> 4), qui ne reflète pas la qualité de cette réalisation.
garnierix

306 abonnés 593 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 26 janvier 2019
Clint Eastwood a le cinéma dans le sang. Il parvient à fabriquer un héros à partir d’un vrai salopard –attention, pas un méchant, juste un hédoniste qui n’a pensé qu’à son plaisir toute sa vie, et qui ne s’est jamais trop soucié de moralité. Un certain type d’américain ultralibéral, pas un criminel –d’autres penseront que si. D’ailleurs, s’il trouve une sorte de rédemption à la fin, c’est plutôt grâce aux circonstances, et pas grâce à lui. Ce héros made in Eastwood a forcément quelque chose de sympathique. Il fustige à longueur de temps tout ce qui vient d’internet et des mobiles, ça amuse. Un de ses plaisirs est de cultiver les daylilies, de belles grosses fleurs qui fanent le soir même (son nom en français, hémérocalle, fait plutôt penser à une maladie grave). Il adore les chansons de country, qu’il chante en voiture et qu’il danse dès qu’il peut, comme “A Day To Say Thank You�, “Cat In The Hat�. Il sait où se procurer les meilleurs sandwichs de porc effiloché du Midwest, même s’il doit faire un crochet pour s’y rendre, indépendamment de ses engagements. Et pas seulement les meilleurs sandwichs, les femmes aussi. Avec tout ça, fait-il le bête ? est-il réellement inconscient ? Il faut savoir que l’histoire est tirée d’une histoire vraie (Leo Sharp) pour croire à sa vraisemblance. Mais l’intérêt du film n’est pas juste le personnage, même s’il est incarné par Eastwood aux soixante ans d’expérience, son élégante nonchalance, son charme, sa complexité, ses idées discutables. L’intérêt est aussi la mise en scène, son art d’accorder (contraster, assouplir, colorer) le personnage avec les paysages, le soleil, les intérieurs, y ajouter la dose optimale d’humour ou de brutalité –une recette qui ne s’enseigne pas. Car Eastwood, à 88 ans, joue et dirige –il ne l’avait pas fait depuis 10 ans. Un exploit qui est double. Le chanteur de country Toby Keith a fait la chanson du générique de fin “I Just Don’t Let The Old Man In� (je laisse pas le pouvoir au vieil homme), qui est précisément, paraît-il, ce que Eastwood lui aurait répondu, avant de se lancer dans le film, quand Keith lui avait demandé “How do you do it, man?� (mais comment tu fais ?)
rogerwaters
rogerwaters

168 abonnés 1 089 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 4 février 2019
De retour devant la caméra après une longue interruption, Clint Eastwood se réserve un rôle en or où il fait preuve encore une fois de sa capacité à incarner un personnage différent de celui qu’on lui attribue généralement. Il est ici plus souriant et moins mutique, même si la problématique familiale revient sur le devant de la scène. A une époque où les Républicains sont au pouvoir, il livre une vision assez sombre des Etats-Unis où il ne fait pas bon faire partie des minorités ethniques. Le film s’inscrit donc dans la veine plus progressiste de ce républicain déclaré, mais qui visiblement n’apprécie pas beaucoup Trump. Si le film est un petit peu répétitif dans son versant polar, il est par contre émouvant et particulièrement pertinent dans l’évolution psychologique de cet homme à l’heure du bilan de fin de vie. On peut toutefois trouver le revirement final de sa fille un peu brusque et finalement peu crédible, uniquement pour pouvoir fournir un happy end au personnage principal. Les intentions sont parfois un peu trop soulignées dans des dialogues explicites et ce manque de finesse tempère donc notre enthousiasme.
ATHMOS.ONER
ATHMOS.ONER

166 abonnés 259 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 janvier 2019
Repas de famille dans une petite ville des USA, c’est un peu un évènement ; le grand père est présent. Il se fait de plus en plus rare et depuis son divorce, il s’est mis à dos presque tous ses proches, à l’exception de sa petite fille qui semble capable de lui pardonner beaucoup. Il faut dire que le bougre est attachant, son humour est daté, il parle « sans filtre » comme il aime à le dire, mais son charme naturel mêlé à son passé d’ancien combattant font qu’on lui excuse son franc parlé provocateur. Mais ça n’est pas tout : il cultive les paradoxes ! S’il fait pousser avec passion de sublimes et délicats iris, il est pourtant un fichu conservateur qui défend des valeurs devenues obsolètes.
A force de franc parler, de maladresses, ses choix de vies finissent par l’isoler totalement. A vouloir faire passer son travail avant la famille, à vouloir briller et donner le meilleur dans son club d’anciens combattants plutôt qu’à la maison, il finit par se retrouver seul et en faillite.
Acculé, rejeté, il choisit alors la facilité apparente : devenir une « mule » pour des trafiquants de drogue…
Clint Eastwood revient une nouvelle fois derrière la caméra alors qu’il avait fait son testament dans « Gran Torino » (et joué depuis dans « une nouvelle chance »). S’il revient contre toute attente, c’est peut-être pour se faire pardonner le ratage absolu de son précédent film (15h17 pour Paris). Peu importe la raison, c’est toujours un plaisir de pouvoir apprécier son panache et son charisme même s’il a logiquement bien vieilli.
Ce film n’est pas son meilleur mais tel notre grand père, on lui pardonne volontiers et on savoure sa compagnie qui est à la fois rare et qui peut, à tout moment, devenir la dernière entrevue.
Lui qui est le dernier des grands, il ose pourtant se montrer tel qu’il est, torse nu, fripé, séducteur, qui regrette son manque d’investissement familial, nostalgique d’une belle époque révolue, provocateur (comme lorsqu’il soutient Trump) avec un humour et un franc parler qui peuvent faire crisser des dents. Avec sa magie habituelle, bien qu’un peu en roue libre, il parvient encore à nous faire rire puis nous toucher profondément.
A la fin du film, l’homme tire les conséquences de ses actes et assume enfin ses erreurs en acceptant d’en payer le prix. L’acteur/réalisateur, si friand du thème de l’apprentissage, semble se confesser à la fois auprès de ses proches (d’ailleurs sa fille joue dans le film) et auprès du public.
Le temps commence à être compté et il est temps d’agir différemment sans manquer d’auto dérision ! Merci Clint et vivement le prochain film.
Marjolaine A.
Marjolaine A.

160 abonnés 520 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 novembre 2019
Film très émouvant de et avec Clint Eastwood.
Le script est formidable, Eastwood est génial dans ce rôle et la partie mélo est très réussie.
J'avais trouvé certains de ses films précédents assez mauvais, il faut croire qu'il en a encore sous le pied.
Respect de mon chapeau bas.
axelle J.
axelle J.

129 abonnés 501 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 29 janvier 2019
Moi qui visionne beaucoup de films par an, je peux dire que c'est l'un des meilleurs de ces dernières années.
Un véritable chef d'oeuvre aux ressorts dramatiques.
Et puis non ce film n'est pas mou du tout, ce sont ceux qui n'ont pas aimé qui le trouvent mou.
C'est un film dramatique et psychologique mais il n'est pas mou, grande nuance.
Les films dramatiques et psychologiques ne sont pas des films d'action, donc si on apprécie pas ce genre, vaut mieux s'abstenir de le voir.
Je mets la note maximale 5/5 pour un film sensationnel.
FaRem

10 571 abonnés 11 456 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 26 mars 2019
Un dernier pour la route ? Après "The 15:17 to Paris" qui était vraiment décevant et peu intéressant, Clint Eastwood revient avec un nouveau film pour peut-être partir en beauté, ce que son personnage très gourmand n'arrive pas à faire. Le réalisateur qui repasse devant la caméra pour la première fois depuis de nombreuses années incarne un homme seul et fauché qui va travailler comme mule pour un cartel de la drogue. Personne ne pourrait imaginer qu'un papi décontracté transporte dans son camion plusieurs dizaines même parfois centaines de kilos de cocaïne. Une couverture parfaite qui va autant profiter à lui qu'à ses employés. Clint Eastwood dresse le portrait d'un vieil homme qui a consacré sa vie à son métier au point de délaisser sa famille. Ce n'est pas quelqu'un de méchant, il est même plutôt généreux comme on le remarque plusieurs fois seulement, il aurait dû revoir ses priorités. Désormais seul, il tente de se racheter avec ces nombreux voyages qui lui rapportent de l'argent facile. La première partie du film est consacrée à ces nombreux aller-retour. Le ton est plutôt léger avec des scènes amusantes qui surfent sur le fait que l'homme n'est pas dans son élément naturel. Le contraste entre les personnages est drôle et le passage où il rencontre son boss est assez fou. Par la suite, l'histoire devient plus sérieuse et se recentre sur l'essentiel à savoir les relations que Earl entretient avec les siens, mais aussi ceux qui l'entourent dans cette vie dangereuse. Si cette histoire est basée sur des faits réels, Nick Schenk, le scénariste de "Gran Torino" a créé toute une histoire autour qui permet de parler de regret et du temps qui passe. L'histoire est bien équilibrée avec en plus l'enquête de la DEA menée par Bradley Cooper qui tente de coincer cette mule qui bat tous les records. Dans l'ensemble, ça reste très classique, mais Clint Eastwood sait toujours y faire et livre un film efficace qui amuse, touche et divertit à la fois. En somme, une histoire de rédemption portée par un Clint Eastwood toujours aussi charismatique.
cylon86

2 834 abonnés 4 430 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 24 janvier 2019
Il y a quelque chose de touchant à voir Clint Eastwood de retour devant la caméra. Bien qu'ayant tourné dans "Une nouvelle chance" en 2012, l'homme avait surtout laissé un grand souvenir en 2008 avec "Gran Torino" dans ce qui semblait être un chant du cygne, un film crépusculaire où le légendaire Clint rangeait les armes. Près de dix ans plus tard, on constate qu'il n'en est rien, que Eastwood cinéaste tourne toujours près d'un film par an, parfois sur un mode mineur ("Le 15h17 pour Paris" est l'un de ses moins bons films) parfois sur un mode plus inspiré ("Sully" et sa belle dissertation sur l'héroïsme) et qu'en plus il est de retour pour un nouveau rôle, sorte de condensé de tous les personnages qu'il a incarné au cours de sa carrière. Cet Earl Stone, nonagénaire encore en forme malgré les rides et le poids des années, est en effet un homme comme on n'en fait plus qui a trop longtemps privilégié sa carrière au détriment de sa famille, qui reste charmeur malgré les âges, qui ne comprend pas les nouvelles générations, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds quand on l'ennuie et qui est un peu dépassé par l'évolution des mœurs. Un type comme Eastwood les aime, lui que l'on sent si proche de son personnage que l'on pourrait déjà qualifier "La Mule" de très beau chant du cygne. Sauf que connaissant le bonhomme, il vaudrait mieux ne pas l'enterrer trop vite. Il y a d'ailleurs quelque chose de très touchant à voir Eastwood continuer à tourner à 88 ans avec toujours la même envie de cinéma, lui qui a désormais 60 ans de carrière et qui semble sans cesse trouver des histoires à raconter. "La Mule" se montre cohérent avec le restant de sa carrière de cinéaste mais on lui trouve cette fois moins de noirceur (la photographie lumineuse a été confiée à Yves Bélanger) et une légèreté qu'on n'avait pas retrouvée chez lui depuis longtemps. A travers le personnage d'Earl Stone, horticulteur en difficulté financière acceptant sans le savoir de faire la mule pour un cartel mexicain, le cinéaste distille en effet une bonne dose d'humour et de recul sur lui-même, sur la figure qu'il a souvent incarné au cinéma. D'ailleurs, cette histoire de mule cultive un faux suspense dont Eastwood se moque éperdument (les scènes à la DEA ne sont là que pour faire joli) tant il s'intéresse avant tout à l'homme qu'est Earl Stone qui apprend tardivement l'importance de prendre soin de sa famille plutôt que sa carrière. Une leçon de vie quasi-autobiographique qu'Eastwood embrasse avec émotion. Simple dans ses grandes lignes, souvent amusant (la soirée chez le chef du cartel campé par le trop rare Andy Garcia) et toujours lucide, "La Mule" fait certes office de concentré de la carrière de son acteur-réalisateur et n'a pas la saveur de ses chefs-d’œuvre mais n'en est pas moins profondément humain, fidèle aux thématiques sans cesse travaillées par le dernier des géants hollywoodiens qui s'offre ici une ballade qui lui ressemble et qu'il porte à merveille sur ses épaules à peine fatiguées.
Redzing

1 450 abonnés 4 912 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 11 août 2019
A près de 90 ans a compteur, Clint Eastwood ne ralentit pas sa cadence de réalisateur, et nous livre une fois de plus une adaptation de fait divers. Et pour l'occasion, il fait son retour devant la caméra ! L'acteur réalisateur incarne ici Earl Stone, un horticulteur octogénaire mis sur la paille par l'essor d'internet, sans le sous, et rejeté par une famille qu'il a trop délaissé. Il n'aura alors d'autre solution que de transporter de la drogue pour un cartel peu recommandable, travail dangereux mais lucratif où il se révèlera très à l'aise... Un pitch risible s'il n'était pas tiré d'une histoire vraie ! Si Eastwood profite de cette histoire pour se moquer gentiment de la génération web 2.0, adepte des smartphones et des tutoriels, il garde son drame à hauteur d'homme, sans égratigner le traitement des personnes âgées aux USA. Ici, il s'agit d'un homme amené à comprendre ses erreurs, et qui tente de se faire accepter par sa famille alors qu'il commence à fréquenter des personnages inquiétants. Clint Eastwood convient bien à ce rôle de vieux retraité "sans filtre" à bond fond. Il sera secondé par quelques têtes charismatiques (Bradley Cooper, Andy García). L'intrigue est plutôt bien amenée, et bien rythmée, avec quelques touches d'humour. On regrettera simplement que les séquences "policières" soient répétitives et un peu artificielles (elles ne semblent être là que pour donner un tempo), et que visuellement l'ensemble soit professionnel mais assez sage. Néanmoins, "The Mule" est un bon drame, et serait une sortie honorable pour Clint Eastwood.
Malevolent Reviews

1 104 abonnés 3 207 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 21 mars 2019
Il avait dit il y a dix ans que Gran Torino serait son dernier film face caméra. Mais Clint Eastwood a encore quelque chose à raconter avant de partir et La Mule est ce qui peut s'apparenter à un film testamentaire. Pour qui connait le personnage haut en couleurs que fut Clint Eastwood, son 36ème long-métrage est un incroyable reflet de l'acteur-réalisateur, un film quasi-autobiographique où, à travers le personnage de Earl Stone, on retrouve les défauts de jeunesse de la star mais aussi ses qualités, méconnues ou nouvelles. Eastwood n'a jamais caché son franc-parler, ni ses idées patriotiques. Et ce n'est pas aujourd'hui que ça va changer, il va seulement les présenter d'une autre manière, plus sincère et plus humoristique. Gran Torino était un film crépusculaire, sombre et exécutif. La Mule en est tout le contraire : c'est un film lumineux, entrainant et particulièrement drôle (on a rarement autant ri dans un film d'Eastwood). La mise en scène est terriblement soignée tandis que face caméra, Clint n'a jamais été aussi drôle et touchant. On oublie finalement rapidement cette histoire d'octogénaire transportant de la coke pour des cartels mexicains pour s'intéresser à la rédemption d'un vieillard qui est passé à côté de sa vie et de sa famille. Quiconque connait un minimum la vie de Clint Eastwood sera doublement surpris par ce parti-pris audacieux et inattendu. Difficile ainsi de croire qu'à 88 ans et après sept décennies de cinéma, l'inoubliable Inspecteur Harry nous livre l'un de ses plus beaux films, enterrant une riche carrière et une longue vie mouvementée avec lui.
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