Après une mise en place laborieuse, il faut attendre que le train se mette en marche pour que "Shanghai Express" démarre. Ce qui fait la beauté du film, malgré ses défauts, c'est une tension continue entre la comédie, portée par une galerie de personnages secondaires particulièrement attachants, et le drame, provoqué par la trame amoureuse. À ce propos, ce n'est pas tant la rivalité simpliste entre Henry Chang (Warner Oland) et Harvey (Clive Brook) qui intéresse, mais la relation passée entre Harvey et Shanghai Lily, dont le hors-champ relaye l'émotion grâce à une écriture précise et subtile et une interprétation de haute volée. Si les moments de pur romantisme sont magnifiques et donnent au film un caractère aérien, tel le premier baiser entre les deux personnages principaux, "Shanghai Express" se révèle boiteux dans la façon dont sa narration est conduite, quelque peu déséquilibré par un manque de fluidité dans les transitions de certaines scènes, en particulier les plus sombres. Josef von Sternberg aura en tout cas livré une proposition de cinéma singulière et aura surtout filmé avec un désir criant la sublime Marlène Dietrich, à la fois impériale et fragile en objet aimé au cœur brisé.
Je me méfie des vieux films des années 30 Je trouve qu'ils portent souvent les traces du cinéma muet : des éclairages surexposés, des mimiques outrées, des scénarios hachés. J'ai longtemps cru qu'avant Citizen Kane, le cinéma n'avait pas grand intérêt. Shanghai Express m'a d'autant plus frappé qu'il date de 1932. Alors qu'à la même époque, Jean Vigo - qu'il est de bon goût de porter aux nues - peine à dégager le cinéma français du XIXème siècle, Josef von Sternberg filme Marlène Dietrich, sa muse, avec une étonnante modernité. Jouant le rôle d'une demi-mondaine, elle voyage à bord d'un train entre Pékin et Shanghai en compagnie d'une brochette d'individus caricaturaux : un médecin anglais dont elle fut jadis amoureuse, un prêtre, un trafiquant d'opium allemand, un officier français rayé des cadres. Le train est intercepté par les forces rebelles qui menacent d'exécuter le médecin. L'intrigue est théâtrale : un seul lieu (le wagon de chemin de fer), une demi-douzaine de personnages, une action linéaire. Pas un instant à retirer des 80 minutes que dure le film. Une Chine de pacotille, tournée en studio par un réalisateur qui n'y avait jamais mis les pieds. Mais une Chine où tous les travestissements, toutes les aventures deviennent possibles (comme la première Guerre mondiale qui constituait le cadre de "Agent X27") Et surtout une Marlène Dietrich sublimissime, follement élégante, merveilleusement éclairée (chaque gros plan ressemble à une photo du studio Harcourt) et terriblement amoureuse. Une Star avec un grand S (mais pas deux)
Le film n'est pas sans défaut : L'intrigue est très faible (et peu crédible), Clive Brook qui tient le premier rôle masculin n'est pas à la hauteur. La galerie de personnages secondaires (les voyageurs) ne vole vraiment pas très haut. On ne peut par ailleurs s'empêcher de penser à "Boule de Suif" de Maupassant, mais ce dernier contrairement à Sternberg ne s'encombrait pas d'une "morale chrétienne" lourdingue et pénible. D'un autre côté, le film est un hommage à Marlène, rayonnante, impériale, superbement photographiée et faisant preuve d'un professionnalisme étonnant. Et puis il y a aussi ces travellings de folie qui donnent le tournis avec l'utilisation judicieuse de la géométrie des trains de voyageurs et cette reconstitution des mouvements de foule qui est magistrale. (quoique la scène où les soldats sont fusillés, soit ratée). Un assez bon film possédant des qualités certaines, mais qu'il convient de ne pas surestimer.
Un huis clos qui se révèle dès les premières minutes très prenant grâce à une intrigue où les rebondissements sont nombreux et la galerie de personnages haute en couleur toute comme les acteurs qu'ils les incarnent. Les poncifs sur les chinois sont bien sûr présents dans ce film mais sont beaucoup moins nombreux que je ne l'aurais imaginé. Mais «Shanghaï Express» est surtout un film Josef von Sternberg-Marlene Dietrich. Avec une photographie en noir et blanc d'une beauté à couper le souffle, le réalisateur utilise à merveille la photogénie de son actrice fétiche et franchement je n'exagère pas quand j'écris que certains plans d'elle dans ce film sont des véritables oeuvres d'art. Jamais un cinéaste n'a jamais autant sublimé une actrice. Rien que pour cette raison, ce film doit être absolument vu.
Chacun des sept films que Josef Von Sternberg tourna avec Marlène Dietrich devenue sa muse après qu'il fut allé la dénicher sur la scène berlinoise pour le tournage de "L'Ange Bleu" (1930) constitue un écrin dédié à la beauté terriblement sexuée d'une femme dont l'émancipation est totale même lorsqu'elle se soumet à un homme ou se dévoue à une cause. L'univers de Sternberg d'apparence exotique et baroque se révèle néanmoins empreint des préoccupations d'un homme étroitement lié à son époque. Que ce soit les empires vacillants d'avant la Grande Guerre ("Agent X27", "L'impératrice rouge"), l'aventure colonialiste ("Morocco", "Shanghaï Express"), ou le Berlin décadent annonciateur du nazisme ("L'Ange Bleu"), la femme incarnée par Dietrich qu'elle soit chanteuse de beuglant, ancienne prostituée, espionne ou future impératrice, occupe un rôle majeur, rappelant que des deux sexes, le plus faible n'est pas obligatoirement celui désigné par les livres sacrés et les pratiques usuelles. La sublimation de sa star par une esthétique savamment étudiée se nourrit pleinement du cadre choisi pour les intrigues et inversement. L'ensemble étant teinté en sous-texte de la relation très compliquée qu'entretenait de toute évidence le réalisateur avec son actrice. Les personnages masculins de ces sept objets artistiques uniques qui font face à Marlène depuis Emil Jannings jusqu'à Lionel Atwill, en passant par Adolphe Menjou, Clive Brook, Herbert Marshall sont des incarnations à gros traits du réalisateur. Amants ou maris frustrés de ne jamais pouvoir réellement posséder une femme qui ne se donne jamais complètement, sans doute soucieuse de ne jamais perdre le contrôle. "Shanghai Express" où Marlène Dietrich se dépare d'une partie de son assurance un peu bravache, révèle une fragilité et une sensibilité jusqu'alors peu entrevues. Sans doute parce que Sternberg y met en scène à travers le personnage du médecin militaire distant, hautain mais aussi maladroit incarné par Clive Brook le fantasme d'être à nouveau désiré par celle qu'il a guidée vers la gloire et qui s'est très vite émancipée de son Pygmalion. Pendant le long huis clos que sera ce voyage conduisant de Pékin à Shanghai un aréopage assez peu reluisant de la faune colonialiste, la demi-mondaine dénommée Shanghai Lily va tenter de réparer la rupture qu'elle a elle-même provoquée d'une idylle vieille de quatre ans après avoir abuser de son pouvoir de séduction. Toujours avide d’éprouver l'amour du docteur en lui faisant endurer le supplice de la jalousie. Programme réjouissant qui se soldera après bien des péripéties par la seule fin réellement optimiste du cycle entamé en 1930 à Berlin. Cette déclaration d'amour qui ne porte pas son nom est somptueusement éclairée par Lee Garmes, le chef opérateur favori de Sternberg qui récoltera pour l'occasion un Oscar. Les plans en clair-obscur montrant Shanghai Lily en train de prier dans son compartiment pour son amour prisonnier des révolutionnaires chinois sont restés les plus célèbres de l'actrice à son summum. Sans oublier ce plan saisissant de l'énorme cheval de fer se mouvant avec délicatesse dans les quartiers populaires de Pékin, frôlant les frêles habitations avant de laisser le passage à un bœuf récalcitrant. Si le film accède incontestablement au rang de chef d'œuvre pour ses qualités esthétiques renversantes, difficile malgré tout d'établir une hiérarchie entre ces sept films qui éclairent chacun sous un angle différent les nombreuses facettes d'une Marlène Dietrich rendue à jamais insaisissable et inaccessible par le talent et l'amour inassouvi de Josef Von Sternberg. Un Josef Von Sternberg qui après cette expérience émotionnellement très intense et artistiquement incomparable ne retrouvera plus jamais pleinement le goût d’exercer son art.
Le problème de MD est qu'elle ne donne pas l'impression d'être folle amoureuse. Et ravie de le retrouver. Il est vrai que son jeu très élégant mais peu amène ne nous donne pas cette impression. Il y a une distance entre les deux qui nous fait douter. En cela j'ai trouvé l'histoire moyenne et le voyage en train passablement long.
Ode à la beauté froide de Marlene Dietrich, ce drame la met en valeur tant par d'extravagants costumes que par l'élégance de la photographie. Cependant, pudeur ne signifie pas détachement, et ses dialogues emplis d'amour nostalgique ne distillent aucune passion - alors que Clive Brook réussit à transmettre l'orgueil blessé, le feu souffrant, le scepticisme inquiet. Du côté des seconds rôles, l'on trouve une touche d'humour sarcastique pertinente, permettant de peindre de faux stéréotypes, plus crédibles voire attachants qu'au premier abord, notamment le touchant français ou le fin théologien (qui rappelle qu'amour ni religion ne peuvent durer sans foi sincère). Pour raviver la romance, le scénario se sert de la guerre civile chinoise pour user d'une trame politique moins aboutie, entre facilités (coïncidence des otages, vieille dette de la geisha...) et invraisemblances (aucun révolutionnaire ne remarque le meurtre?!). Un express pour la force du désir sentimental...
Un homme, ex-amant déçu, et une femme, aux moeurs réputées légères, réapprennent à s'aimer au cours d'un voyage en train, dans un pays en proie à la guerre civile...Pour le scénario, c'est à peu prés tout. L'histoire, le cadre (une Chine de carton-pâte) n'existent que pour servir d'écrin à la plus belle des déclarations d'amour qu'un pygmalion ait pu faire à son égérie. Ce film est la 4ème collaboration entre Josef Von Sternberg et Marlène Dietrich et le cinéaste sait toujours aussi bien jouer sur les clairs-obscurs pour mettre en valeur son actrice fétiche. Il livre ainsi quelques unes des plus belles images de l'histoire du cinéma. Von Sternberg a certes fait Dietrich mais, à l'égal des grandes muses, c'est également Dietrich qui a fait Von Sternberg...
Shanghai Express est un film plutôt bon. Contrairement à d'autres films de Josef von Sternberg (dont je ne suis pas un grand fan), j'ai trouvé qu'il se passait vraiment des choses dans celui-ci. Marlene Dietrich est toujours impeccable, son charme est indéniable et personne ne peut vraiment rester de marbre devant son charisme. Clive Brook constitue de son côté un bon partenaire masculin. L'histoire m'a pas mal accroché. Outre la romance entre les deux personnages principaux bien écrite (pleine de sentiments cachés et de non-dits), la narration est soumise à des évènements extérieurs (la guerre civile chinoise et les tensions géopolitiques entre les nations) qui donne plus de dimensions à l'histoire. Un bon film, à voir. Si vous n'avez jamais vu de film avec Marlene Dietrich, je vous recommande celui-ci.
Le cadre romanesque, confiné, est intéressant : un train, des gares. Une promiscuité qui avive les tensions et dévoile les personnages tels qu'ils sont et non tels qu'ils paraissent être. Une vraie traversée des apparences : un des hommes à bord s'avère être le chef des rebelles chinois ; le passager allemand avoue ses activités de trafiquant d'opium ; le général français continue d'afficher ses décorations alors qu'il a été démis de ses fonctions ; et la belle aventurière est en fait une amoureuse passionnée, prête à tous les sacrifices. Le contraire d'une femme fatale. Ce jeu sur les faux-semblants trouve son expression visuelle entre ombre et lumière, dans une atmosphère fantasmée. La photo, superbe, a rapporté un Oscar au chef op' Lee Garmes. Au cours d'une célèbre scène de prière, Marlene Dietrich, dans un halo, semble touchée par la grâce divine. Tout le film est à sa gloire et enrichit son mythe. C'est le plus gros succès commercial du tandem Dietrich-Sternberg. En France, à l'époque de sa sortie, la critique a fait la fine bouche, à l'exception de Jean Cocteau qui s'est enflammé et a entraîné le public dans les salles.
Un thriller/espionnage qui vaut plus pour ses qualités esthétiques que pour son suspens. Le film alterne bien les genres avec notamment un aspect comédie lié à ses personnages secondaires qui fonctionne bien. L aspect amour passé fait forcément penser à Casablanca avec aussi sa toile de fond historique ici la guerre civile chinoise. Le film peine à se mettre en place mais reste une très belle découverte à faire, grâce notamment au charisme intemporel de Marlène Dietrich.
Voyage tumultueux à bord du Shanghai Express en pleine guerre civile chinoise, terni par un récit laborieux, mais le clair-obscur autour de la divine Marlene assure l’essentiel. 2,75
Une très belle prestation de Marlène Dietrich, pour un film envoutant. Von Sternerg a son apogée, une réalisation au Top, classieuse et expressioniste. Femme fatale qui retrouve un ancien amour , militaire de carrière. Voyage en train interrompu par des rebelles , une sorte de huis clos, mais aussi une modernité dans al façon de décrire les personnages, avec beaucoup d'humanité.
Pour la prestance et la beauté inouïe de Marlene Dietrich, pour la grande classe de Clive Brook, pour la mise en scène jolie et soignée. Sinon pour ma part c'est un film vite oublié et pas forcément incontournable.
Un grand classique du cinéma d'avant guerre, un de plus allez-vous me dire. Il fait partie de ces films dont il est difficile de dire quoi que ce soit, puisque tout a déjà été dit. Mais, en ce qui me concerne, et croyez bien que je le regrette, il m'est impossible de lui donner les 5 étoiles que bien d'autres lui ont décerné. Ce n'est pas sa mise en scène ou son esthétique qui me posent problème, tant d'années après, elles restent toujours un émerveillement pour les yeux. Ce qui me bloque est bien plus simple. Son histoire me parle tout simplement moins que celle d'un "Ange bleu" ou d'un "Agent X27" et le passage avec les révolutionnaires chinois est trop long. Sur un film de 2 heures, ça n'aurait aucune importance, mais sur un film d'1h20 à peine, ça se ressent. Pour ce qui est de Marlene, je serai toujours intarissable. Bien d'autres grandes et classieuses actrices sont venues après elle, mais aucune n'a jamais pu l'égaler. Et si elle ne fut pas la plus belle et expressive des femmes, son magnétisme n'a trouvé d'équivalent qu'une seule fois et c'était un homme qui lui disputait : Marlon Brando.