Ce film n'est pas un film mais une expérience...et pas n'importe laquelle ! Ce qui m'a poussé à faire une petite critique c'est que Gaspard Noé est resté fidèle à lui-même. Mais il a été encore plus loin, pas forcément dans la cruauté des scènes (aucun de ses films n'ira au-dessus du choc visuel et psychologique que procure les scènes de l'extincteur et du viol sous le tunnel dans Irréversible, je pense) mais plutôt dans l'ambiance et le décor utilisés pendant tout le film. En effet, au fil de la séance on attend toujours ce moment où la caméra va se mettre à l'envers pour nous faire voir un peu de sang mais c'est une erreur car déjà vu. Bien sûr, il faut que ce genre de plans soit présent car ils sont sont la marque de Gaspard Noé, et ils le seront toujours au sein de ces œuvres mais ce n'est pas ça qu'il faut absolument attendre d'un nouveau Noé. Par contre, le fait d'avoir des nausées sur le chemin du retour de la séance quand on se repasse les images de cet univers qui déborde de couleurs et de vices, ça c'est inattendu ! Oui, là il s'agit plutôt d'une scène hypnotisante qui dure une heure et demi et non pas juste d'un film avec une scène barbare par-ci, par-là. Bon, l'auteur nous livre ici l'histoire d'une soirée qui devait être une sorte de tournage/entraînement d'artistes tous autant différents les uns que les autres mais ayant ce point commun qui est la danse, avec un bon apéro à la fin qui devait virer un peu en club détente. Seulement, tout ne se passe pas comme prévu, forcément...et on assiste à une hystérie générale qui déborde de substances psychotropes, de violence et de sexe. Comment cela est-ce possible, surtout dans ce milieu artistique ? Une personne se serait amusé à mettre un produit dans la Sangria, d'accord mais qui ? Cette fille qui semble assez solitaire ? Et pourquoi pas Gaspard Noé ? Au final, ce n'est pas la question la plus importante, ce qui nous intéresse le plus c'est les changements de personnalités qui se révèlent au fil de la soirée. C'est le sujet du film, que veulent dire ces mots alors: naître, vivre et mourir ? Quelle valeur ont-ils en réalité et comment sont-ils mis en marche ? N'étant pas dans la tête du réalisateur, je ne peux que donner mon avis mais pas instaurer arbitrairement une réflexion personnelle et prétendre qu'elle serait exactement ce que le film veut laisser paraître. Étant donné qu'au sein d'une vie, naître et mourir sont des choses inévitables et que vivre est un entre-deux assez intense auquel on peut choisir de mettre fin à n'importe quel moment, s'exprimer à travers la danse c'est quoi ? Il y a deux réponses, visions possibles de ce film. En effet, Noé nous laisse en réflexion et en plus, dans un état de malaise pendant quelques heures vu que tout le film se passe dans un seul endroit (qui semble juste bizarre au début et qui devient malsain par la suite), c'est comme si on avait aussi été invité à cette "fête". [C'est ce qui procure d’ailleurs ce malaise en sortant du cinéma et pas pendant la séance.] Alors, soit on est positif est on voit la danse comme le moyen de naître et de mourir, ce qu'il y a de plus propre et de plus fort en nous, ce qui est fatal et pur ! On commence à faire un pas, puis l'autre et à se laisser aller...on se donne naissance. Ensuite, on goûte à tout ce qu'il y a de mauvais dans la société en pensant aller mieux, de ce fait on vit dans la perdition mais ce n'est que fugitif. Enfin, on se rend compte qu'on fait n'importe quoi, qu'on n'est plus nous-mêmes et on revient vers la danse dans un sale état, on pleure, on crie. On danse mais on meurt. Éloge du milieu artistique (on pourrait même dire éloge de sa propre œuvre "Climax" en ce qui concerne le réalisateur, massage caché ?) et critique de ce qui nous est proposé dans notre monde actuel, ce à quoi on veut échapper à travers l'Art. Soit, on est pessimiste, et on voit l'inverse. La danse n'est qu'un moyen de se rassurer de soi-même et de vivre des instants de pleine confiance en soi pour ne pas voir le vrai visage des gens, ce qui ne dure jamais vraiment longtemps. Juste avant de découvrir cette activité, nous sommes nés d'une mère et on a sûrement eu quelques problèmes d'enfance, alors on danse pour se sentir libre dès qu'on le peut. Enfin, on est fatigué de se donner corporellement et on touche aux passions dangereuses de la vie, c'est là que revient notre vraie personnalité, on voit les autres à travers la haine et non le partage, on se souvient que la vie n'est pas si simple. On détruit son cercle social (celui qu'on a construit à travers la danse), on boit et on se drogue pour ne pas faire face à la réalité qu'on ne voyait plus trop à travers la danse. On meurt. Et finalement, ici, il y a aucune issue vers le bonheur dans ce cas-là vu que naître et mourir sont des sortes d'états naturels inévitables pendant lesquels ont ressent du dégoût, et que vivre (danser) est un plaisir qui ne dure pas et qui nous faire redescendre encore plus bas, une fois qu'on à plus de force. Voilà, c'est compliqué à comprendre mais au moins, l'expérience est là et on n'en sort pas indemne. Un petit plus pour l'enfant qui joue vraiment le rôle le moins important à l'image mais qui, en réalité, est l'un des plus important. Noé se sert de lui comme une allégorie de la vie et des ses trois temps qu'elle contient (naissance, vie, mort). Il est présent tout le film mais on l'oublie et c'est seulement après qu'on s'en souvient. En effet, en une seule soirée, il est né, il a vécu, il est mort. Ce film est une expérience de vie, qui nous fait réfléchir sur notre propre vie. Finalement, Gaspard Noé nous raconte pas un film, il nous fait vivre le tournage de son film, en quelques sortes. Une réussite !