Impossible de savoir où "Paris, Texas" va nous emmener en assistant à sa magnifique introduction. Le désert s’étend, immense et aride, et Travis y marche avec peine mais en silence. Il faudra attendre avant de l’entendre parler pour la première fois, mais que faire de paroles quand la douleur et le manque envahissent tout ? La musique et le silence remplacent souvent les mots, mais ils expriment la même chose. Les images réussissent d’ailleurs là où les discours échouent, puisque ce sont des souvenirs filmés en Super 8 qui vont rapprocher Hunter et son père. À partir de ces instants magiques qui savent durer de façon appropriée, c’est une quête bouleversante qui se met en place. Travis est physiquement présent, mais il est en même temps ailleurs, le regard perdu au loin ou observant les avions dans le ciel. Il sait profiter de la richesse du moment présent tout en rêvant à d’autres horizons, à la ville de Paris, Texas, par exemple, ou bien à l’endroit où il retrouvera son épouse. Hunter, quant à lui, essaye de suivre son père, de le comprendre et de réagir à sa douleur. Il sait que la tâche n’est pas aisée, mais il fait de son mieux et garde espoir en toutes choses, même en la possibilité d’avoir deux pères et deux mères.
Enfin vient le plus beau moment du film, ce dialogue long et bouleversant entre deux êtres séparés depuis quatre ans. Wim Wenders joue avec brio sur les lumières, les émotions et les visages. La conversation s’étire, les yeux brillent, les lèvres frémissent, les cœurs palpitent, jusqu’au moment où le reflet de l’un se confond avec l’image de l’autre. La barrière qui sépare les deux amoureux disparaît alors, et c’est en toute simplicité que naît l’émotion, pure et belle comme ce chef-d’œuvre.