WOW !
C'était une de mes très grosses attentes de l'année, et que ça fait du bien de voir un film aussi singulier, audacieux et maîtrisé formellement dans le paysage "blockbusteresque" américain.
Car oui, avec Nope, Peele prend un virage vis-à-vis de ses 2 précédents films (qui avaient des budgets bien rikiki en comparaison), pour finalement accoucher d'un métrage beaucoup plus ample et impressionnant, mais qui conserve totalement la patte de son auteur.
Ainsi, Jordan fait son film d'OVNI à lui, véritable déclaration d'amour à Spielberg et Carpenter, tout en étant une relecture finalement bien originale du concept (et clairement je n'en dévoilerai pas plus sur les tenants et aboutissants).
Plus encore que Rencontres du 3e Type, l'influence majeure est Jaws, alors que le réalisateur imagine le ciel comme un terrain de jeu filmique pour à la fois nours émerveiller et également nous terrifier.
Ici pas d'océan ni de requin, mais des nuages et une mystérieuse menace qui arrive mêmeà intervalles réguliers à nous filer une tension pas possible à la simple vue de quelque chose d'aussi anodin.
Un superbe exploit pour ma part (et qui pour le coup est totalement inédit au cinéma en terme de ressenti), que l'on doit forcément à un Jordan Peele plus talentueux que jamais (qui avec de plus gros moyens, sait en tirer parti), mais aussi au chef op' Hoyte van Hoytema (Interstellar, Her, Tenet, Ad Astra, Dunkirk...) qui livre une photographie absolument somptueuse.
Via un setting franchement inspiré du western (mais surtout de l'imaginaire propre à l'americana), on oscille entre plans larges de toute beauté, steadycam ultra immersive (pour des plans subjectifs ou séquence motorisée) et visuels nocturnes absolument saisissants (sans déconner, il y a ptet parmi les plus belles scènes de nuit capturées, et ce sans source lumineuse flagrante avec des acteurs à la peau noire donc je veux savoir comment Hoyte a fait).
De plus, si on est pas sur du film à 200M (sans doute 60 max),Nope est franchement impressionnant tant dans son utilisation de l'IMAX que dans la gestion de ses effets visuels. Si on ajoute par-dessous une 3e BO (et 3e collab) plutôt merveilleuse de Michael Abels (avec une ptite influence de Morricone pour un certain thème), on tient là un film à la fabrication complètement exemplaire.
Et pourtant il y a plein d'autres choses à en dire, tels que le casting qui est encore une fois impecc. Daniel Kaluuya retrouve Peele en incarnant OJ, dresseur de chevaux taiseux et zen (une vraie force tranquille), en partageant une superbe alchimie avec Keke Palmer (qui vole la vedette) en Emerald, sa soeur au tempérament beaucoup plus explosif. Si rien que ces 2 là portent le film, le nouveau Brandon Perrera complète merveilleusement le trio en incarnant un comic relief également techguy courageux. Michael Wincott reste peu présent, mais amène son charisme rugueux tout en étant même un avatar du directeur de la photo.
Ce qui nous amène aux divers sous-textes de Nope, qui ne sont pas aussi prépondérants et centraux que dans un Get Out ou Us, mais néanmoins bien présents. On pourra avant tout parler d'un regard critique sur la médiatisation, la capitalisme, la recherche du sensationnalisme ou encore de la culture de l'image (le film n'est pas si éloigné d''un King Kong ou un Jurassic Park en terme de fond).
On trouve aussi un regard sans fard sur l'appropriation culturelle et la traite minoritaire (l'ancêtre des Haywood était un afro-américain dont le nom n'avait jamais été cité malgré qu'il s'agisse du premier homme filmé), représenté par le personnage de Ricky Park (joué par Steven Yeun).
Un personnage bien caractérisé (et avec une backstory faisant froid dans le dos) mais dont j'aurai aimé avoir un peu + de matière à l'écran finalement (c'est mon principal reproche).
Au final,si le fameux arc "Gordy" semble un peu déconnecté du reste, tout fait finalement bien sens via les thèmes sous-tendus par Nope.
Pour conclure, on pourrait parler de l'exercice extrêmement compliqué de faire cohabiter humour ("nope" est dit plusieurs fois dans le film par divers personnages) et horreur sans jamais nuire à chacun. Et Peele réussit totalement cela (là où c'était peut-être moins symbiotique dans Us),en arrivant même à proposer quelques vraies scènes de frayeur bienvenues.
Bref, un des meilleurs films de l'année en ce qui me concerne, un "film d'OVNI" qui comptera. Diablement bien mis en scène, drôle, terrifiant et tendu à d'autres instants,très bien interprêté et narré (le film prend son temps au début mais de manière toujours intelligente) , en plus d'être original
C'est très très bon et c'est ça que le cinéma US de genre devrait nous fournir !