Je commence à en avoir un peu marre de me faire avoir film après film par Jordan Peele.
J'entends les critiques sociales. J'entends les métaphores et les grilles de lecture. J'entends l'engagement politique (timide) de l'auteur. Mais à force de vouloir mélanger systématiquement satire et film de genre, on finit par se retrouver devant des œuvres qui ne s'assument jamais, et usent du fantastique comme d'un prétexte, au risque de nous faire sans cesse sortir de leur univers.
Au final, comme pour Get Out et Us, j'ai l'impression d'assister à des demi-films qui ne transforment jamais l'essai. De bonnes idées par-ci par-là jamais vraiment assumées, qui font retomber la tension pourtant durement construite par des scènes explicatives à souhait. Show. Don't tell. Une base pourtant élémentaire de la narration.
Nope n'échappe pas à cette critique. Quelques minutes du film sont haletantes et terriblement angoissantes, mais le reste est bien trop sage et en contradiction totale avec le ton sombre et désoeuvré des-dites minutes. Une sorte de film jenga qui ne cesse de s'effondrer sitôt que les pièces du puzzle s'agencent les unes sur les autres.
Et pendant ce temps, le prix des places à Paris flirte avec les 20 euros, interdisant ainsi l'accès aux foyers les plus modestes.
Pour le fond, un fermier et sa sœur travaillant dans un ranch à Hollywood sont les témoins de phénomènes extraordinaires. Les chevaux réagissent étrangement, des cris retentissent au loin, et la tension monte de jour en jour, au fur et à mesure de l'intensité croissante de ces manifestations étranges.
Au-delà de ce pitch classique, une belle leçon malgré tout de mise en scène, mention spéciale à la lumière du film. Ce n'est pas un secret, Jordan Peele excelle dans la façon de représenter les peaux foncées au cinéma. Le rendu est bluffant de justesse dans les plans serrés, et le film est un régal visuellement (les mêmes qualités que dans Get Out et Us d'ailleurs).
Malheureusement, l'effet quantique Jordan Peele survient et parvient à retirer toute la tension de son histoire au fur et à mesure qu'il nous la révèle. C'est souvent grotesque, agaçant même, et beaucoup trop long.
Le héros est calme et réfléchi. L'héroïne sur excitée et impulsive. Les personnages secondaires semblent ne pas avoir été écrits ni caractérisés. Et plus le temps file, plus je soupire.
La critique des médias est sacrément éculée, bien trop facile et évidente, pour qu'elle puisse être qualifiée d'intelligente, ni même de maligne. Mais il paraît qu'il faut applaudir des deux mains, parce qu'il s'agirait avant tout d'oeuvres politiques. Dommage que Jordan Peele ne se concentre pas sur ses récits et leur cohérence.
D'autant que, vous voulez des films grandioses et éminemment politiques ? Prenez Nomadland de Chloé Zhao. Démineurs de Kathryn Bigelow. The Power of the Dog de Jane Campion. Des films courageux qui osent briser le mythe des héros de l'histoire américaine. Qui présentent la démesure et la violence des hommes (avec un petit "h") sans concession. De ce côté, il y a matière à voir.
Bref. Le talent comique de Jordan Peele qui me régale sketch après sketch ne me touche pas un instant au travers de ses longs métrages. Il est temps que j'arrête d'espérer et d'en attendre quoi que ce soit.
PS : les Canadiens ont traduit le titre "Nope" par Ben Non, et rien que pour ça, je les en remercie.