Le maire de Lyon n’a plus de ressort, plus d’allant, plus de “carburant à idées” : l’oeil vide et les épaules voûtées, il subit aujourd’hui ce qui fut autrefois sa vocation cardinale, Un concours de circonstances lui fait recruter une jeune philosophe, qui devient bien vite sa conseillère particulière et sa confidente, en charge de lui redonner le goût de la chose publique. Pour essayer de comprendre ce qu’est ‘Alice et le maire’, il faudrait déjà comprendre ce qu’il n’est pas. Il n’est pas un récit de cinéma, il est une réflexion sur la manière dont, en politique, on peut construire et déconstruire les récits. Il n’est pas une banale relation de mentorat à double-sens, qui évoluerait vers la romance, entre un homme âgé et une femme plus jeune. Il n’est pas à proprement parler une comédie : pourtant, on ne peut s’empêcher de sourire quand on observe cet homme de pouvoir chercher désespérément matière à réfléchir sur le long terme, sans toutefois parvenir à s’empêcher d’essayer d’en tirer des solutions politiques applicables instantanément. Le principe même de ‘Alice et le maire’” repose sur un échange de points de vue qui peinent à se rencontrer, et souligne la nécessité de l’action permanente sur laquelle repose toute la politique moderne, au détriment d’un impossible temps de réflexion. On apprécie aussi de découvrir le fonctionnement interne de la mairie d’une grande ville, qui n’est finalement rien d’autres que la version agrandie du panier de crabes qu’on retrouve dans toute institution publique ou privée, avec ses querelles de pouvoir, ses conflits d’intérêt et ses communicants qui s’intéresse plus à la formule qu’à la transmission des idées et des décisions. De même, ‘Alice et le maire’ n’est pas une leçon de politique ni, du reste, une oeuvre poujadiste qui chercherait à démontrer la corruption intrinsèque du pouvoir. On n’y trouve pas (tout à fait) la fascination pour l’action politique en tant que telle qui animait un Pierre Schoeller dans un film comme ‘L’exercice de l’état’...et pourtant, au passage, ‘Alice et le maire’ jette un regard intéressant sur les paradoxes d’un engagement politique, et plus précisément d’un engagement politique de gauche : ce sentiment d’impuissance qu’on s’efforce de tempérer par une agitation parfois vaine ou ces convictions, plus fermes qu’on ne le croit, mais soumises en permanence à l’épreuve de la réalité, du compromis et de la stratégie. Film inclassable, aux intentions floues, qui prospecte dans toutes les directions et se contente d’exposer le fruit de ses recherches sans chercher à établir la moindre conclusion définitive, ‘Alice et le maire’ séduit justement par cette approche hors-cadre, qui se contente d’observer son sujet avec bienveillance mais sans oublier de s’amuser de ses contradictions